‹ Recueil des textes authentiques des programmes et engagements électoraux des députés proclamés élus à la suite des élections générales du 17 juin 1951Chapitre 238 sur 244 · SAINT-PIERRE ET MIQUELON · texte numérisé non relu

SAINT-PIERRE ET MIQUELON

M. Français Savary (S;F;I,0.).

Aux Electeurs et Eleclrices du territoire de Saint-Pierre et Miquelon, %

Il y a quatre ans, je vous disais :

« Certains ont pensé que j’étais apte à mettre fin aux polémiques et luttes stériles et à réaliser Uunion des bonnes volontés. C’est dans cet esprit que j’ai accepté de poser ma candidature, )>

Aujourd'hui, c'est dans ce même esprit que je me présente à nouveau à vos suffrages avec, cette fois, la certitude que mon appel sincère à T union des bonnes volontés a trouvé parmi vous une large audience et correspond au désir de la majorité de la population.

La vie parlementaire m'a amené à mieux connaître le Sénateur Henri Claireaux et le Père Gervain, Conseiller de l’Union française. Avec ces hommes respectés tant au Parlement que dans l'Administration pour leurs qualités morales et la façon ferme, courtoise et intelligente avec lesquelles ils ont constamment défendu les intérêts du territoire, un accord était naturel sur le plan des intérêts moraux, sociaux et économiques du territoire Cette entente conclue avec loyauté et confiance au-deîà des diversités doit assurer une majorité durable débordant le cadre des anciennes querelles.

Cette entente également dépasse le cadre des partis politiques* Comme je vous le disais il y a quatre ans, on ne peut et on ne doit susciter à Saint-Pierre les divisions politiques métropolitaines.

Au Gouvernement depuis 1944, M . R . P , , socialistes, radicaux, U.D*S,R. et indépendants ont partagé les responsabilités. On a voulu attaquer en moi le socialiste, mais n'est-il pas vrai qu'à Saint-Pierre la même union entre démocrates et républicains puisse s'établir sur un programme économique et social?

Si j’ai tenu à placer cette élection au-dessus des partis, c’est parce que je ne veux pas que ma candidature soit une candidature partisane. Je ne suis pas venu ici pour faire triompher une doct ine, mais pour réaliser l'union dans le respect des libertés de chacun, sans exclusive et sans esprit de revanche.

Mon programme n’a pas varié et malheureusement il me faut reprendre ce que je vou& proposais eu 1947 car depuis quatre ans on n'a pas doté le territoire des moyens de travail qu'il mérite.

Développer la pêche.

Des mesures ont été prises sur le plan local pour encourager les pêcheurs à continuer leur activité malgré les difficultés présentes. Ces palliatifs doivent subsister conjointement

à une politique de grande envergure qui se concrétisera par la réalisation du projet de frigorifique du Sénateur Glaireaux,

La pêche des Iles Saint-Pierre et Miquelon est une production française qui doit être protégée au même titre que les autres productions françaises. Dans la métropole, le blé, la betterave, les oléagineux, sont aidés et protégés. II doit en être de même pour la pêche à 3a morue.

Le pêcheur doit avoir la garantie que la morue qu’il réussit, après de durs efforts, à mettre dans sa saline, sera vendue à l'automne et payée avant le début de la campagne suivante.

Pour cela il faut un prix minimum garanti et de larges facilités de crédit.

Enfin, les pensions de la Caisse des invalides et de la Caisse de prévoyance doivent être mises en harmonie avec le coût de la vie de façon que les retraités ne soient pas astreints à un travail qui trop souvent excède leurs forces.

Développer la production.

Les industries annexes de la pêche et notamment la préparation du cap élan doivent recevoir l'appui qu’elles méritent.

L’élevage du renard argenté doit bénéficier des encouragements pratiques attendus par les producteurs, c’est-à-dire que les fourrures de Saint-Pierre doivent trouver sur le marché français la place privilégiée qui leur est due en tant que produit français.

Il faut encourager également les petits fermiers et agriculteurs ainsi que toutes les entreprises artisanales indispensables au territoire.

Améliorer le port.

Des travaux conservatoires ont été faits avec les moyens du bord. Ils prouvent le savoirfaire des entreprises locales.

Ces travaux doivent être complétés par le réaménagent complet du Bara chois, suivant des plans qui devront être approuvés par vos Assemblées, et la réfection de la digue.

Les entreprises locales doivent elre aidées pour participer aux travaux du frigorifique.

Un beau port est inutile s’il ne vient pas de bateaux, mais les bateaux ne viendront que

si le port peut les recevoir.

Normaliser les communications,

1° Le Miquelon représente un progrès sur ce qui existait avant. Mais tout le monde est d’accord pour. demander un bâtiment plus grand, plus confortable, capable d’assurer éventuellement une liaison rentable avec la Métropole ou avec les Antilles.

Ge que fout 3es marins du territoire avec le Miquelon montre ce qu ils seront capables de faire demain si on leur confie un plus grand navire ;

. 2° La liaison aérienne peut être facilitée par ^amélioration de la piste d atterrissage. Il s’agit là d’une dépense d’investissement qui doit être financée par le f .LD.K.S.

En effet, si nous voulons développer le tourisme source de profit pour le territoire et l’entrée de devises, il faut tendre à la régularité des horaires, au confort et à la sécurité des passagers.

Des assouplissements doivent être apportés aux formalités que rencontrent les touristes canadiens et américains.

Développer lr commerce.

Le développement de la production et l’amélioration du port et des moyens de communication doivent contribuer à développer le commerce de l’archipel.

Il est toutefois absolument nécessaire

1° d'assurer une répartition équitable des devises et en corrélation avec le développement de la production, augmenter le montant de la somme allouée au territoire; d’assouplir la réglementation des changes.

Dans ce domaine comme dans celui de la réglementation douanière, il faut tenir compte de la situation géographique particulière du territoire et adopter les règles générales aux réalités économiques originales*

Fonds de compensation.

Celui-ci a le grand mérite d’exister, il faut le maintenir en le perfectionnant si possible* D'accord avec ses promoteurs, avec les Assemblées locales et avec les services compétents des Ministères et de la Caisse centrale, j’étudierai les moyens de remédier aux inconvénients qui peuvent subsister*

Assurer a tous des conditions décentes d’existence*

Salaires et traitements* — Ouvriers I Je m’emploierai à faire adopter ici l'échelle mobile qui vous garantit contre les hausses brutales du coût de la vie en mettant vos salaires au niveau des prix.

Camionneurs ; Votre activité est essentielle pour le ravitaillement du territoire et pour garantir aux navires nationaux et étrangers qu’ils pourront utiliser le port* s’y ravitailler ou débarquer de la marchandise dans les meilleures conditions. Votre tâche doit en être facilitée*

Fonctionnaires : Votre recîassament n'a pas été ce qu’il aurait dû être. Je reprendrai la question en liaison avec vos syndicats* 11 en sera de meme pour les auxiliaires.

Retraités et veuves : Vos pensions comme celle des marins et comme la retraite du combattant doivent faire l’objet d’un réaménagement*

Impôts : Ma conviction demeure que l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les traitements et salaires constituent une erreur et pour beaucoup une injustice*

11 ne peut être question de supprimer tous les impôts mais de remplacer un système qui ne peut fonctionner de façon rationnelle par une fiscalité plus souple et plus équitable.

J’ai l’intention de soumettre aux Assemblées locales le principe d’une réforme qui s’impose.

Sécurité sociale : Les allocations familiales doivent suivre les fluctuations du coût de la vie*

II y aura lieu, également, en accord avec la Caisse de compensation et le conseil général c)e développer progressivement le régime des assurances sociales.

Droits de douane : Un nouveau tarif douanier sortira incessamment. Il consacre les errements antérieurs avec en plus un bon lot de formalités qui en contrarieront l’application .

Il faut voir les choses telles qu’elles sont ; les recettes douanières sont un appoint au budget mais les formalités tracassières sont un obstacle au commerce, une perte de temps et d’argent.

Je compte intervenir au Ministère des Finances pour que le conseil général soit autorisé à délibérer un texte d'appl ica lion plus facile*

D'autre part* la question de la création d’une zone franche qui rencontre des obstacles d’ordre administratif bien plus que d'ordre public devra être étudiée en détail par les services compétenLs du département. D’ores et déjà, le problème ne semble pas insoluble.

Conseil général : L'assemblée locale est un rouage essentiel de la vie publique. Ses prérogatives doivent être préservées et étendues. Un conseil général représentatif de la

nouvelle majorité sociale travaillera harmonieusement avec la représentation parlementaire,

Développer l'enseignement ,

Tous les moyens nécessaires doivent être accordées aux écoles de T archipel. Il y a quatre ans, jTai eu l'occasion de rappeler à la radio ce qu’était l'esprit de tolérance comme j'avais eu l’occasion de le montrer en pratique il y a neuf ans lorsque j'étais Chef du territoire,

La politique que j'ai moi-même amorcée, qui a été suivie par mes successeurs et par le conseil général, doit continuer.

Le' nombre des enfants augmente, il faut agrandir les bâtiments scolaires en les modernisant; donner à renseignement professionnel les locaux et le matériel qu'il mérite ; multiplier les bourses et notamment les bourses d'apprentissage,

À Miquelon , — On ne peut que déplorer les retards apportés à 1* électrification et un effort immédiat s'impose.

Il faut commencer les travaux d'adduction d'eau , améliorer Tétai des routes, re Taire une école qui corresponde aux effectifs scolaires plus nombreux et construire le dispensaire.

A ITIe-aux-Marins. — Le programme immédiat doit comporter l'électrification.

S'il est clair que la reprise économique du territoire est conditionnée par l'activité de la pêche et du port, activité qui donne au commerce l'impulsion nécessaire, il faut, d autre part, entreprendre et poursuivre tous efforts concernant l'amélioration de Thôpital-hospiceorphelinat, la construction de logements, l'aménagement de la radiodiffusion.

Il y a devant nous des années de dur travail pour assurer le redressement.

La reprise économique doit profiter à tous, elle dépend de notre union.

Tout le crédit, toutes les connaissances que des années de vie administrative et publique m'ont permis d'acquérir sont à la disposition du territoire pour cette œuvre commune.

Vivent Saint-Pierre et Miquelon I

Vive la République!

Vive la France 1

Vive TlJnion française !

#àlajk SÂVARY

Chevalier de la Légion d'honneur. — Compagnon de la Libération. Croii de guerre. Commissaire honoraire de la République. — Conseiller de i1 Union française.

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