RELATIFS A LA (GUERRE FRANCO-ALLEMANDE
(Suite)
M. BAMOaort A M. HAIIII.TON FISB.
BerUn,leS3MvTier1871.
Sir, l'espoir d'une paix immédiate continue , quoique le moment décisif soit attendu non sans quelque inquiétude; les troupes sont en mouvement, de manière à faire face aux événements.
Afin de comprendre la situation de la France, il est seulement nécessaire de noter les événements militaires à l'aide desquels Gambetta espérait établir sa dictature au mois de janvier.
Le général Roye, avec son corps d'armée, soutenu par les troupes du Havre, devait chasser les Allemands de Rouen.
Akoi. Bin» 1873. ~ Tow i. t
Le général Faidherbe devait couper les communications des Allemands dans le Nord-Est et dans l'Est.
Bourbaki et Garibaldi, en menaçant Belfort, devaient attirer vers eux l'armée du prince Frédéric-Charles, et, de cette manière^ la route était ouverte au ^énérul Ghunzy pour, du Mans, aller délivrer Paris.
Mais le général Roye à été repoussé avec une perte de 13,000 hommes faits prisonniers ; le général Faidherbe avec une perte de 11,000 ; Ghansy, 24,000 ; Bourbaki, 30,000, et plus de 80,000 entrés en Suisse.
En tués et blessés, les pertes de ces armées, y comprises celles des sorties de Paris^ s'élèvent à 41 ,000 hommes; de sorte que, en dehors des pertes de Garibaldi et des francs-tireurs, la France a perdu environ 200,000 hommes d'armée active en dehors de Paris, durant le mois de janvier seulement. Ajoutez à cela ISO^OOO hommes qui se sont rendus lors de la capitulation de Paris, sans compter la garde nationale, et Ton voit que dans le mois de janvier les forces effectives de la France ont été diminuées d'au moins 350,000 hommes. En regard, les pertes des Allemands s'élèvent à environ 10,000 hommes.
G'est ainsi que fut mis fin à la dictature de Gambetta et que la
France a été forcée à la nécessité d'accepter des conditions de paix
qui sont presqu'une capitulation.
Je suiSf etc*
Signé : Bangroft.
No IHL
LE COMTE DE GEANVILLE A LOED A. L0FTU8, A BERLIN.
Foreign-office, le Si février 4874.
Mylord, le Gouvernement de la Reine, quoique n'étant pas informé des autres condùions proposées pour la paix, a compris de ce que lui a dit l'ambassadeur de France que Tindenmité de guerre demandée par l'Allemagne était de six milliards de francs, à payer presque immédiatement, sauf quelques diminutions non encore arrêtées.
Son Excellence a représenté au Gouvernement de la Reine qu'il serait impossible pour le Gouvernement français de payer une pareille somme, et qu'il y aurait déloyauté de sa part à prendre un engagement qu'il savait être absolument au delà de ses forces de remplir, et il demande au Gouvernement de Sa Migesté d'exposer au Gouver-
BOGUHSNTS DIPI^OMATIQUEd 3
nement allemand l'impossibilité dans laquelle il se trouva de payer une semblable somme.
he Gouvernement de la Reine ressent la situation difficile que lui crée son ignorance des offres faites par la France, et il n*oublie pas que TAngleterre ne compte que comme une unité parmi les puis» sances neutres qui sont toutes liées par des obligations d'amitié envers les deux parties.
Néanmoins, le Gouvernement de Sa Majesté est disposé, en oonsi* dération de Turgence extrême, à ne pas perdre de temps k faire des représentations à TAllemagne au sujet du montant de cette indemnité et à employer ses bons offices dans un esprit d'amitié envers les deux parties, convaincu qu'il est de l'intérêt de l'Allemagne, aussi bien que de la Francei que le montant de l'indemnité ne soit pas plus élevé que celui dont l'on peut vraisemblablement attendre le paiement.
Recevez, etc.
Signé ; GfUNviLt^B.
LU COMTE DB GEANVILLB ▲ tORp LYON 8.
Foreign-offlce, le S5 février 4S74.
Hylord, je vous adresse, sous ce pli, copie d'une lettre de M, Jule» Favre au sujet de la nomination du duc de Broglie comoie ambassa*deur de France à cette cour, que Son Excellence m'a reniise entre les mains.
J'ai exprimé à l'ambassadeur de France mes remerclments pour la teneur amicale de cette communication ; mais j'ai fait observe? qu'il s'y trouvait une phrase que je ne pouvais de mon côté admettre, celle qui, tout en rappelant les relations amicales qui ont existé de* puis si longtemps entre l'Angleterre et la France, impliquait un cer» tain désappointement de ce qu'au jour de semblables épreuvesi l'An* gleterre se fût abstenue de lui donner son aide. Je comprenais parfais tement que la France eût ressenti quelque irritation, raisonnable ou non, de ce qu'un vieil allié ne vint pas d'une façon active k son aide } mais nous avions adopté la neutralité comme étant la ligne de cou* duite que ce pays était tenu de suivre dans le conflit que nous nous étions efforcés de prévenir. Toutefois, dans cette neptralité, nau9 avQni
été dirigés par les sentiments les plus amicaux, compatibles avec les devoirs d'impartialité.
Le duc de Broglie m'a répondu que la France trouvait que notre conduite était froide, qu'elle avait éprouvé du désappointement à propos de la non-reconnaissance de la République et de notre indififérence aux souffrances de la France; mais que toutes les questions de cette nature étaient maintenant du domaine du passé, et qu'il désirait seulement me parler du présent et de l'avenir.
On a dit au Gouvernement de la Reine que M. Jules Favre connaissait les conditions de la paix; cela n'était pas exact, a dit le duc^ H. Jules Favre ne les connaissait pas au moment où cela a été rapporté.
Le duc me dit qu'il n'était pas bien renseigné à cet égard. Il avait vu H. Thiers après sa première entrevue avec le comte de Bismarck, cette semaine. Il n'avait été question que de la prolongation de l'armistice, qui était absolument nécessaire et qu'il a fallu arracher de l'Empereur et de son ministre. Il avait encore vu M. Thiers après sa .seconde entrevue. M. Thiers avait cru devoir être très-réservé avec lui sur les questions de politique et de territoire, mais il lui avait mentionné la demande de cinq milliards, et lui avait parlé de l'impossibilité absolue d'y satisfaire, ajoutant qu'il ne serait pas honnête de promettre ce qu'on ne pourrait tenir. ^
Le duc de Broglie dit, dans ces circonstances, que, malgré l'abandon des anciens principes du droit européen, le Gouvernement français pensait avoir le droit de demander à l'Angleterre si elle n'avait pas de proposition à faire. Des discours avaient été prononcés dans le Parlement pour déclarer que le Gouvernement de la Reine ne négligerait aucune occasion favorable pour amener une paix durable, et le temps pressait.
Il se r^ervait le droit de nous soumettre les questions territoriales et politiqucMS, mais la question financière était toute simple et un fait avéré. Pourrions-nous ne rien faire?
J'expliquai au duc de Broglie les diflScultés de la situation; je lui fis remarquer que la non-reconnaissance par nous du Gouvernement provenait du fait du dernier Gouvernement, qui avait refusé de convoquer une Assemblée susceptible de lui donner une sanction, refus que, je le savais, M. Thiers avait désapprouvé.
U y a, en outre, un manque d'entente parmi toutes les puissances de l'Europe, même pour examiner toute proposition que la France pourrait faire, et nous n'étions pas en mesure d'employer un langage plus énergique que celui auquel nous avions l'intention de nous tenir ; que, individuellement, je me demandais si un avis amical, que les
Allemands ne seraient pas disposés à recevoir, n^affaiblirait pas tel parti qui pourrait se trouver à Versailles en faveur de la modération; qu'en ce qui concernait les propositions que le duc de Broglie pourrait faire, je n'hésitais pas à lui répondre qu'elles seraient examinées par mes collègues dans un esprit très-amical et avec le vif désir de faire tout ce qui serait pratiquement utile.
Je priai Son Excellence de me dire en quoi il pensait que nous pourrions assister la France dans la question financière.
Le duc de Broglie me répondit que ce qu'il nous demandait de faire, c'était d'obtenir de TAUemagne que l'armistice fût prolongé, afin que les négociations ne fussent pas écartées de la connaissance de l'Europe, et que, en second lieu, nous offrissions un arbitrage sur le montant de l'indemnité, laquelle était un objet d'importance pour les vainqueurs et les vaincus et une question d'un grand intérêt pour tous les pays commerciaux, auxquels la perturbation financière occasionnée par une somme excessive pourrait porter un grand préjudice.
Je lui promis de soumettre la question à mes collègues et le duc de Broglie se réserva le droit d'en appeler à nous au sujet des conditions territoriales et politiques.
Votre Excellence sait déjà qu'un conseil a été immédiatement convoqué au sujet des communications que m'avait faites le duc de Broglie. J*ai informé celui-ci qu'en ce qui regarde la première proposition , que le Gouvernement de la Reine pressât TAIlemagne de prolonger l'armistice dans le but déclaré par Son Excellence, le Ga* binet était d'avis qu'une pareille démarche n'atteindrait pas le but que Son Excellence avait en vue; mais que le Gouvernement de la Reine, par une dépèche à lord A. Loftus (dont j'ai communiqué copie à Votre Excellence et au duc), avait donné la substance de la seconde proposition que nous avait faite l'ambassadeur de France , à l'effet d'arriver à un arrangement satisfaisant pour le montant de l'indemnité à payer par la France.
J*ai ensuite fait remarquer au duc de Broglie, qu'en chargeant notre ambassadeur à Berlin d'adresser des représentations à l'Allemagne au sujet du montant de l'indemnité demandée à la France et d'offrir nos bons offices dans un esprit amical envers les deux parties, le Gouvernement de Jla Reine avait été guidé par le désir que Son Excellence avait si fortement exprimé de la part du Gouvernement français ; et j'ajoutai qu'en outre, dans la soirée du 24, j'avais prié le comte de Bemstorff de faire connaître, comme je l'avais fait moi-même à M. Odo Russell, à Versailles, par télégraphe, la substance de ma dépêche à lord A. Loftus.
J'ajoutai aussi un mot de réponse à une observation qui m'avait été
6 DO(2tJMtNT0 DlPLCMATtQtJEg
ftiite suir rimportfttice du temps. Gomme Son Eioellence était arrivée fteulement le S4 au matin ; comme je Pavais vue à dix heures et l'avais présentée à la Reine & une heure et demie; comme^ ensuite, il était devenu nécessaire pour moi de consulter mes collègues» dans un conseil convoqué à cet effet, sur les sujets qu'il avait traités et enfin, comme à la suite de ce conseil j'avais immédiatement pris des mesures pour faire une représentation au cabinet allemand^ j'ajoutai, dis-je, que je considérais que j'avais ainsi prouvé combien le Gouvernement, non moins que Son Excellence, comprenait parfaitement l'importance d'agir sans retard. Réceves, etc.
Signé t (hiAimus.
CONVENTION POUR L^OGGUPATION t>'uNB PARTtB Dti ^ARIS PAR LKS