PROCLAMATION DE M.THIERS AUX HABITANTS DE PARIS
Paris, le 4 7 mars 4874.
Habitants de Paris,
Nous nous adressons encore à vous, à votre raison et à votre patriotisme, et nous espérons que nous serons écoutés.
Votre grande cité, qui ne peut vivre que par Tordre, est profondément troublée dans quelques quartiers; et le trouble de ces quartiers* sans se propager dans les autres, suflSt cependant pour y empêcher le retour du travail et de Taisance.
Depuis quelque temps, des hommes malintentionnés, sous prétexte de résister aux Prussiens^ qui ne sont plus dans vos murs, se sont constitué les maîtres d'une partie de la ville, y ont élevé des retranchements, y montent la garde, vous forcent à la monter avec eux, par ordre d'un comité occulte qui prétend commander seul à une partie de la garde nationale, méconnaît ainsi Tautoritédu général d'Aurelles, si digne d'être à votre tête, et veut former un gouvernement en opposition au gouvernement légal, institué par le suffrage universel.
Ces hommes qui vous ont causé déjà tant de mal, que vous avez dispersés vous-mêmes au 31 octobre, aflBchent la prétention de vous défendre contre les Prussiens, qui n'ont fait queparaîtredans vosmurs et dont ces désordres retardent ledépart définitif, braquent des canons qui, s'ils faisaient feu, ne foudroieraient que vos maisons, vos enfants et vous-mêmes; enfin, compromettent la République au lieu de la dé fendre; car, s'il s'établissait dans l'opinion de la France que la République est la compagne nécessaire du désordre, la République serait perdue. Ne les croyez pais, écoutez la vérité que nous vous disons en toute sincérité!
Le Gouvernement institué par la nation tout entière aurait déjà pu réprendre ces canons dérobés à TÉtat, et qui, en ce moment, ne menacent que vous, enlever ces retranchements ridicules qui n'arrétent que le commerce, et mettre sous la main de la justice les criminels qui ne craindraient pas de faire succéder la guerre civile à la guerre étrangère; mais il a voulu donner aux hommes trompés le temps de se séparer de ceux qui les tromjpent.
Cependant le temps qu'on a accordé aux hommes de bonne foi pour se séparer des hommes de mauvaise foi est pris sur votre repos, sur votre bien-être; sur le bien-être de la France tout entière. Il faut donc ne pas le prolonger indéfiniment. Tant que dure cet état de choses, le commerce est arrêté^ vos boutiques sont désertes, les commandes qui viendraient de toutes parts sont suspendues, vos bras sont oisifs, le crédit ne renaît pas, les capitaux dont le Gouvernement a besoin pour délivrer le territoire de la présence de l'ennemi, hésitent à se présenter. Dans votre intérêt même, dans celui de votre cité, comme dans celui de la France, le Gouvernement est résolu à agir. Les coupables qui ont prétendu instituer un gouvernement à eux vont être livrés à la justice régulière. Les canons dérobés à l'État vont être rétablis dans les arsenaux, et, pour exécuter cet acte urgent de justice et de raison, le Gouvernement compte sur votre concours. Que les bons citoyens se séparent des mauvais; qu'ils aident à la force publique au lieu de lui résister. Us hâteront ainsi le retour de l'aisance dans la cité, et rendront service à la République elle-même, que le désordre ruinerait dans l'opinion de la France.
Parisiens, nous vous tenons ce langage parce que nous estimons votre bon sens, votre sagesse, votre patriotisme; mais, cet avertissement donné, vous nous approuverez de recourir à la force, car il faut à tout prix, et sans un jour de retard, que l'ordre, condition de votre bien-être, renaisse entier, immédiat, inaltérable.
Paris, le 47 mars 4S74.
iSt^ : Thiers,
Président du Conseil^ chef du Pouvoir exécutif de la République .
DuFAURE, ministre de la justice; — Pigari), ministre de l'intérieur; — Pouter-Quertier, ministre des finances; — Juus Favbe, ministre des affaires étrangères ; — Général Ls Flo, ministre de la guerre ; — Jules Simon , ministre de l'instruction publique ; — de Larcy, minisdes travaux publics ; — Lambreght, ministre du commerce.
AUCB. DIFL. 1873. — I. ^
^^ DOCUMRNTS DIPLOMATIQUSS