‹ Recueil des traites, conventions, actes, notes, capitulations et pieces diplomatiques concernant la guerre franco-allemandeChapitre 16 sur 89 · W HC · texte numérisé non relu

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DISCOURS DE l'empereur GUILLAUME A l'OUVERTURE DU PREMISA

REIGH8TAG IMPISRIAL.

Berlin, le 24 mars 4874.

Honorés Messieurs,

Après la lutte glorieuse, mais sanglante, que l'Allemagne a soutenue victorieusement pour son indépendance, je vois pour la première fois le Reichstag allemand réuni autour de moi. J'éprouve, avant tout, le vif désir d'exprimer ma reconnaissance envers Dieu pour les grands succès historiques par lesquels sa grâce a béni la fidèle concorde des confédérés allemands, l'héroïsme et la discipline de nos armées, ainsi que le dévouement absolu du peuple allemand.

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Nous avons atteint le but auquel rAIlemagne a aspiré depuis le temps de nos aïeux : son unité et sa formation organique^ la sécurité de ses frontières, Tindépendance de son développement national.

Bien qu'obscurcie, la conscience de son unité était toujours vivante dans le peupler allemand ; mais elle s*est retrouvée dans l'enthousiasme avec lequel toute la nation s'est levée pour la défense de la patrie menacée et pour inscrire en lettres indélébiles sur les champs de bataille a volonté d'être un peuple uni et de le rester. L'esprit qui anime le peuple allemand et qui pénètre sa civilisation et ses mœurs, nOn moins que la constitution de l'empire et Torganisation militaire, préserveront FAllemagne, au milieu de ses succès, de toute tentation d'abuser de la force acquise par son unité.

L'estime que l'Allemagne revendique pour sa propre indépendance elle la reconnaît volontiers aux autres peuples et Ëtats^ petits ai grands.

La nouvelle Allemagne, telle qu'elle est sortie de l'épreuve de la guerre actuelle, sera une garantie certaine de la paix européennei parce que TAIlemagne est assez forte et confiante en elle-même pour sauvegarder, comme un héritage exclusif mais suffisant, le soin de ses propres affaires.

C'a été pour moi une satisfaction particulière, au milieu de la guerre sanglante que nous soutenions, de faire valoir la voix de l'Allemagne dans les négociations qui, à la Conférence de Londres, amenée par les efforts de mon ministre des affaires étrangères, ont abouti k une conclusion satisfaisante.

Les projets de loi qui vous seront soumis se rapportent| en conséquence, directement à une nouvelle organisation de l'Allemagne.

Les stipulations constitutionnelles citées dans les traités de novembre 1870 seront réunies dans une rédaction nouvelle et régulière.

La participation des divers États aux affaires courantes de l'empire devra être r^lée par voie législative.

Votre coopération vous sera demandée pour rintroduction des lois de l'Allemagne du Nord en Bavière (introduction projetée par le gou* vemement bavarois).

L^emploi de l'indemnité de guerre à payer par la France sera fixé, avec votre approbation, selon les besoins de l'empire et les besoins de ses membres.

On vous tiendra compte des sommes employées pour la guenoe aussi promptement que les circonstances le permettront.

Votre concours sera également demandé pour une loi sur les pensions des officiers et soldats de l'armée allemande et but les mesures à prendre pour secourir leurs familles.

Que le rétablissement de l'empire allemand puisse être le symbole d'une nouvelle grandeur.

Puisse la guerre, que nous avons faite si glorieusement, être suivie d'une paix non moins glorieuse, et permettre au peuple allemand de se montrer dorénavant vainqueur dans la lutte pour les bienfaits de la paix.

Voici l'adresse du Reichstag allemand en réponse au discours du trône :

Sire,

Conduites par la grâce de Dieu, Votre Majesté et la nation réunie tout entière autour d'elle sont parvenues à réaliser ce qui était l'aspiration de nos devanciers et l'espérance de la génération présente. Sur des bases plus solides que jamais^ l'empire allemand a été rétabli, et là nation est résolue à le maintenir dans la plénitude de' sa force, à en poursuivre le développement dans l^s voies de la liberté et de la paix.

Que Votre Majesté daigne recevoir ,1e remerctment qui est dû par la nation tout entière à l'auguste chef, à l'héroïsme et au dévouement de l'armée allemande, le remerciment pour les hauts faits accomplis, auxquels nous devrons, non-seulement que le danger présent ait été écarté, mais que l'avenir soit assuré contre le retour de semblables périls. Car la nouvelle force donnée à nos frontières, plus encore que les défaites essuyées par notre voisin, modérera celui-ci à notre égard et lui fera une loi de la prudence.

Les cruelles souffrances que la France supporte aujourd'hui, en outre les maux causés par la guerre^ confirment cette vérité, souvent méconnue, jamais impunément pourtant, que, dans la société des peuples civilisés, la nation même la plus modérée ne peut rester sûrement à Tabri de graves perturbations qu^en se restreignant avec sagesse au complet développement de son existence intérieure. L'Allemagne^ aussi elle, dans les siècles passés^ lorsque ses souverains suivaient des traditions d'origine étrangère, — a trouvé les germes de sa ruine en s'immisçant dans la vie d'autres nations.

Le nouvel empire est issu de l'esprit même du peuple, qui, n'étant armé que pour sa défense, est uniquement et toujours adonné aux œuvres de la paix. Dans ses relations avec les autres peuples, l'Allemagne ne demande rien de plus pour ses citoyens que le respect de ce que leur garantissent le droit et la coutume, et, sans se laisser égarer par l'antipathie ou l'amitié, elle accorde à toute nation de trouver, à sa manière, les voies de son unification, à tout État la

forme de son organisation. Les temps de Timmixtion dans la vie des autres peuples ne reviendront plus, nous Tespérons, sous aucun prétexte, aucune forme.

Nous apportons avec joie notre concours à Votre Majesté, pour accomplir les tâches urgentes que nous impose la guerre qui vient de finir, et les travaux permanents que réclame de nous la constitution de Tempire. Toutes nos forces seront d'abord consacrées à guérir les blessures faites par la guerre et à remplir le devoir de la patrie envers ceux qui, pour sa défense, ont sacrifié leur vie ou leur santé. Tous les projets qui nous seront présentés nous trouveront prêts à y coopérer avec zèle. Nous ne sommes point surpris des retards que la guerre a fait subir aux travaux préparatoires de la législation ordinaire, et nous n'en espérons pas moins que la législation de l'empire sera tout aussi féconde que celle de la Confédération de l'Allemagne du Nord.

L'introduction générale des lois allemandes du nord dans les États de TAUemagne du Sud augmente la confiance où nous sommes que Faction de tous les membres de l'empire, celle aussi des origines qui ont mission de représenter les différents États en particulier, se concertera et s'unira dans un ensemble harmonieux.

Nous avons été satisfaits d'entendre que l'indemnité de guerre serait employée à satisfaire d'abord les besoins de l'empire, puis les réclamations légitimes de ses membres.

Pour le bien des territoires que l'Allemagne vient de recouvrer, le peuple allemand est rempli des plus vifs sentiments de sympathie fraternelle. Les plus beaux monuments de la culture intellectuelle allemande, de la vie populaire allemande, rappellent le passé allemand de l'Alsace et de la Lorraine. Une longue domination étrangère a fait disparaître maintes traces, en ces pays, de leur histoire allemande, qui compte une dizaine de siècles; cependant la majeure partie du peuple y conserve encore notre langue et nos mœurs. Puisse la législation et l'action administrative concourir à y renouer partout le présent au passé, à y seconder la renaissance de l'esprit allemand et à resserrer, par la réconciliation des sentiments, les liens qui unissent de nouveau ces belles provinces au reste de l'Allemagne. C'est dans cet esprit que nous nous attacherons aux travaux qui doivent créer ou étendre les bases du nouvel ordre de choses.

Sire,

A la satisfaction de l'Allemagne^ à la sûreté de l'Europe manquait jusqu'ici Tunité de l'empire allemand. Aujourd'hui cette unité est conquise et l'empire allemand se trouve sûrement établi sous la garde de son empereur, sous la souveraineté de sa Constitution et des lois.

82 DOCUMBirre DIPLOHATIQtIBS

MaintenaDt, l'Allemagne ne connaît pas de vœu plus ëlevé que celui de remporter la victoire dans la lutte pour les biens de la liberté et de la paix.

De Votre Majesté impériale les fidèles sujets,

Le Reichtag allemand.

N* ii69.

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