Martens, N. R., t. I, p
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L'on se met toujours dans son tort, quand on veut porter en compte ù quelqu'un des services rendus. Si j'avais cru trouver dans vos remarques cette intention, ou bien le soupçon injuste de ne pas suffisamment apprécier le caractère élevé de la nation et la politique éclairée et amicale du Cabinet britannique, pendant le cours de la guerre, je n'y eusse pas répondu. Mais nous avons à discuter l'avenir, et pour cela il est naturel de bien s'expliquer sur le passé. La réponse au Mémorandum vous démontrera que toutes les acquisitions que j'ai faites jusqu'à présent, n'ont eu de valeur que strictement sous le rapport défensif, îl suffira donc ici de vous adresser la question suivante ; Si dans la lutte à mort que j'ai soutenue au cœur de mes États, je n'avais pas été tranquille du côté des Turks, aurais-je pu mettre dans la continuation de la guerre les grands moyens que j'y ai consacrés, et l'Europe eût-elle été affranchie?
Vous me faites entendre que l'Angleterre n'a consenti à l'acquisition de la Norvège, en faveur de la Suède, que pour me garantir l'acquisition antérieure de la Finlande. Pour moi j'étais parti d'un principe plus généreux, et en sollicitant l'Angleterre à concourir à la garantie de la Norvège, je voulais procurer un allié de plus à notre cause. Je ne pouvais perdre de vue les grands avantages maritimes que la Norvège donnait à la Suède contre moi. Cependant, tout compensé, ma capitale était devenue inattaquable, tandis que la Suède mieux concentrée n'avait plus rien à redouter. De cette façon on gagnait de part et d'autre en sûreté, et toutes les raisons de discussions et d'alarmes étaient écartées. Si les règles de l'équilibre ne se trouvent point là, j'ignore où il faudra les chercher.
Vous voyez, mylord, que je n'ai pas méconnu le véritable sens dans lequel vous m'avez rappelé quelques actes de la politique de votre Cabinet, et que je suis loin d'en vouloir dimi-nuer le mérite.
Sans doute que de l'issue du présent congrès dépend le sort futur des Etats européens, et tous mes efTorts, tous mes sacrifices ont eu pour objet de voir les membres de notre union récupérer ou acquérir des dimensions capables de maintenir l'équilibre général. J'ignore donc comment, avec de pareils principes, le congrès pourrait devenir un foyer d'intrigues et
iiw lin minf— ^—wtittawwm— wi^— ww
ANNEE lOU. 615
de haine, une scène d'efforts iniques pour acquérir du pouvoir. Je me défends de tourner cette phrase contre aucun de mes alhés, quelque extraordinaire qu'il ait dû me paraître de la trouver daps votre lettre. C'est au monde qui a vu mes principes, depuis le passage de la Vistule jusqu'à celui de la Seine, à juger si le désir d'acquérir un million d'âmes de plus de population, ou celui de m'assurer une prépondérance quelconque, était capable de m'animer et de guider aucune de mes démarches.
La pureté de mes intentions me rend fort; si je tiens à l'ordre de choses que je voudrais établir en Pologne, c'est parce que j'ai dans ma conscience l'intime conviction que ce serait agir en faveur de l'avantage général, plus encore que par mon intérêt personnel. Cette politique morale, quelque nuance que vous cherchiez à lui donner, trouverait peut-être des appréciateurs chez les nations oh tout ce qui est désintéressé et bienveillant est accueilli.
Au surplus, les détails et les raisonnements contenus dans la réponse au Mémorandum serviront, je me flatte, à vous calmer sur le sinistre avenir que vous voulez présager pour les puissances auxquelles me lie tout ce que l'amitié et la confiance ont de plus indissoluble. Je compte de leur part sur un retour parfait. Quand de pareils éléments existent on ne doit pas craindre, quelque soient les brandons de discorde qu'on cherchera à jeter parmi eux, qu'il ne résulte du congrès un état de choses honorable pour chacun et tranquillisant pour tous.
Quant à ce qui concerne les soins que je dois à mes propres sujets, et mes devoirs envers eux c'est à moi i les connaître, et il n'y a que la droiture de vos motifs qui ont pu me faire revenir sur les premières impressions qu'a produites en moi la lecture de ce passage de votre lettre.
Du reste ma réponse et ma confiance dans cette occasion, vous prouvent, mylord, que mes sentiments sincères pour vous n'ont pas changé. Alexandre.
Mémorandum annexé à la Réponse de l'Empereur Alexandre.
L'auteur du Mémorandum ne pouvait assurément point faire une chose plu3 analogue aux circoDstances qu'ea iatroduisaot sa pièce par le préambule de ce
.; glg POLOGNE.
■i traité de Kalisz ,où les maximes d'État et les principes de l'Empereur de toutes
i* les Russies se trouvent dans leur vrai jour. C'est le premier lien auquel s'est
il rattachée l'indépendance de tous les États. C'est la Russie qui a été au-devant
1 d'eux, après avoir exterminé les forces françaises, qui avaient dévasté ses pro-
li' vinces, et qui a voulu que ses anciens alliés reprissent toute leur puissance.
"'^ L'Empereur y a consacré des moyens extraordinaires; et ni Moskou en cen-
dres, ni ses villes, ni ses campagnes désolées, n'ont pu l'arrêter dans cette grande et généreuse entreprise, à laquelle sa modération attirait tant de 'i , moyens. Mais ce ne sont point là les conclusions que l'auteur du Mcmorandum
'ij veut proiiuire. Il veut prouver que l'Empereur s'écarte de ses premiers pria-
it cipes, qu'il méconnaît la foi des traités, qu'il menace la sûreté de ses
voisins.
Sa Majesté a lu avec calme d'aussi étranges inculpations, quoi qu'il ne s'y attendisse point de la personne qui est entrée en lice.
Mais sa conduite les a réfutées d'avance , et cette réponse servira, elle l'espère, à calmer toutes les alarmes et à rendre superHues de nouvelles remon- ,. trances de ce genre.
• [ Pour appuyer son raisonnement, l'auteur du Mcmorandum cite lextuellelî ment l'article 2 du traité de Kalisz; de là il passe à la convention du 27 juin i' et en rappelle les stipulations, c'est-à-dire celle qui concernent. le duché de
Varsovie et les acquisitions en faveur de l'Autriche et de la Prusse. Fmalement il rapporte les conditions du premier article secret du traité d'alliance du
' 9 septembre 1813.
:' Il en infère que « d'après le sens de ces différents engagements , il n est nulle
1, part supposé que l'Empereur s'envisageait comme autorisé à disposer de tout
I le duché de Varsovie avec ses forteresses, par la raison qu'il en avait fait la
i conquête avec ses seules armes; et que ce n'est que par forme de grâce et de
,,1- faveur qu'il est intentionné d'assigner à la Prusse la ville et le territoire de
, ':' Dantzig . ainsi que les districts nécessaires pour lier l'ancienne Prusse avec les
1 autres territoires prussiens. » L'auteur du Mémorandum ajoute qu'entre cela
• I • il est entendu que du reste du duché de Varsovie , l'Empereur créera une mo-
■.»i; narchie séparée, pour, de concert avec ses autres provinces polonaises, être
^■.] administrée par Sa Majesté Impériale en qualité de roi de Pologne; que cette
i détermination est annoncée comme fondée sur le devoir moral d'améliorer le
Ij sort des anciens sujets polonais de l'Empereur, comme celui des habiUnts du
i^lt duché. ■
! il Citons nous-mêmes les actes allégués. L'article 2 du traité du 27 , dit :
• '■'. 2° La dissolution du duché de Varsovie et le partage des provinces qui le '' ' forment, entre la Russie, l'Autriche et la Prusse;
3° L'agrandissement de la Prusse en suite de ce partage et par Ja cession de ' ! la tille et du territoire de Dantzig;
k' La restitution des provinces Illyriennes à l'Autriche , etc. , etc.
Voilà la substance d'un traité purement éventuel, et tellement éventuel que
i ',: ni l'Autriche ni la Prusse n'eussent atteint cet étonnant accroissement de puis-
; ,' sance, de territoire, d'inOuence et de considération, si la poursuite de li
' l'iji guerre n'avait amené d'autres conquêtes plus considérables. Dès lors les prc-
'' mières stipulations n'étaient plus applicables aux résultats et devaient suivre
d'autres proportions. A mesure que l'Autriche ainsi que la Prusse acquerraient
; la perspective d'immenses acquisitions, la Russie acquerrait aussi le droit do
; prétendre à des dédommagements moins restreints. Les puissances alliées ont
si bien senti la vérité de ce fait que dans le traité du 9 septembre il n'est plus, question d'autre chose sinon d'un arrangement amiable entre les trois cours de Russie , d'Autriche et de Prusse sur le sort futur du duché de Varsovie.
Ou la rédaction de cet article est incidieuse, ou l'on y reconnaît évidemment les droits proportionnellement acquis par la Russie; mais dans tous les cas il est subvers de l'article du traite éventuel de Reichenbach.
Donnons donc à celui du 9 septembre toute sa force d'intention et d'application, et voyons si ses conditions sont bien remplies. Au moment où Dantzig fut tombé, l'Empereur, d'un mouvement spontané remet cette place avec son territoire à Sa Majesté prussienne.
L'Autriche a récupéré la possession entière et les mines de Wiéliczka, le faubourg et le rayon de Krakovie. Le pays à céder à la Prusse pour lier ses anciennes provinces, est un des plus populeux et des plus riches du duché; le plus avancé dans la civilisation , l'agriculture et l'industrie , et rempli de manufactures qui manquent au reste du pays.
C'est-à-dire, en résumé, que l'Autriche reprend au delà de trois millions de florins d'Allemagne de revenu net, un territoire riche en mines de charbon et de soufre, un rayon sans lequel Krakovie n'est rien. Ou, pour être plus précis encore , c'est-à-dire que la Russie renonce dans le duché à un quart de sa population et à un tiers de ses richesses et de ses revenus; et qu'elle n'acquiert en dernière analyse que 2 200000 âmes d'une population dont le maximum n'a jamais dépassé 3 300000 et environ 8 000 000 de florins d'Allemagne de revenu.
Or, l'arrangement le plus défavorable, pourrait-il restreindre davantage le lot de la Russie? Et cette acquisition, on le demande à touthomme impartial, peut-elle s'appeler immense, comme le qunlifie le Mcmorandum anglais. Peutelle seulement s'appeler considérable ou même équitable en comparaison des proportions réservées à l'Autriche et à la Prusse; dans les contrées les plus favorisées de la nature, et où abondent toutes les sources de production et de richesse? Si à cette considéralion, l'auteur du Mcmorandum veut joindre le tableau de la situation intérieure du duché, ruiné par la guerre, la famine, les maladies contagieuses, les émigrations, à quoi se réduiront ses chaleureuses déclamations contre l'immensiléde cette acquisition.
Considérons maintenant la question sous ses rapports militaires, et détruisons également les exagérations du Mémorandum, qui montrent encore une conséquence inexécutable de la réunion d'une partie du duché de Varsovie, tous les maux politiques qui doivent assaillir l'Europe.
Pour donner quelque poids à ses remarques à cet égard, l'auteur du Mémorandum est obligé de recourir à une ressource à laquelle on ne s'attendait assurément poini. Il montre la Russie devenue colossale par l'acquisition de la Finlande suédoise, d'une partie de la Bessarabie et par la frontière qu'elle a obtenue en Perse.
Puis, donnant au duché de Varsovie une latitude toute nouvellle, il montre la puissance russe établie par là dans le cœur de l'Allemagne.
Quand un raisonnement donne dans l'extrême ,il cesse de persuader. Il suffit d'ailleurs de peu de remarques pour l'anéantir. Après que la Russie eut acquis la Finlande suédoise , elle fut la première à travailler à obtenir un dédommagement en faveur de la Suède, mais l'Empereur y met la condition expresse de l'accessioD de cette puissance à la cause commune.
''lanRfvviosR;*^
: Sa Majesté Impériale lui ncquérait ainsi un allié utile et rétablissait en môme
[' temps un équilibre parfait de ce côté-là. Quant à la ligne acquise en Perse, elle
■i est d'une défense plus facile; mais, malgré cet avantage, la sûreté et la tran-
;i quillité de cette partie des frontières exigent des garnisons assez nombreuses,
i! qui doivent être renouvelées chaque année, à cause d'un climat malsain et
'j destructeur.
• L'acquisition d'une partie de la Bessarabie a produit une défense plus facile
; au moyen de quelques forteresses. Sous tout autre rapport, c'est un avantage
'. insignifiant, après une guerre longue et meurtrière. Or, quand tout annonce
il à l'œil de l'observateur, que l'Empereur ne s'applique qu'à établir un système
] de défense et non d'agression; quand on se rappelle qu'il n'a pu trouver que
dans Moskou sacrifié un moyen de repousser la dernière invasion de la grande : ligne; comment concevoir encore des alarmes contre ses inlintions et ses
: vues?
1 Ramenons la question au duché de Varsovie et de ses forteresses. C'est en
vain que l'auteur du Slcmorandtim s'écrie que dans cette réunion les capitales j, de l'Autriche et de Prusse sont menacées , sans aucun moyen de défense. C'est
en vain qu'il ofTre une peinture animée des entreprises de ces Polonais inquiets et remuants appelés à se rallier autour de l'étendard royal, renouvelant les scènes du passé, conspirant contre leur voisin, enlevant ainsi à tous les cœurs chaque espoir de tranquillité et de bonheur pour l'avenir. Il suffit de jeter uq coup d'œil sur la carte, pour se convaincre que ces dangers sont imaginaires; que la défense naturelle se trouve du côté de l'Autriche, la défense artiûcielle parles places de guerre du côté de la Prusse; que le duché au contraire formant une pointe avancée, serait pris entre les armées d'Autriche et de Prusse, :l; ' ., et les opérations continuant sur les provinces ultérieures, tout ce qui se trou-
I • .:; verait au delà du Bug , du Niémen serait occupé de fait et n'aurait de ressource
,; l'j que dans deux ou trois forteresses. Ainsi en portant les clioses à l'extrême , le
, il danger serait toujours plus grand pour la Russie que pour l'Autriche ou la
' lî; ' Prusse, qui ne manqueraient pas de faire cause commune.
■ '^ij' Mais admettons l'hypothèse d'une entreprise sur Vienne, de celte capitale que
: 'ij; l'auteur du Mcmorandum croit principalement menacée de quelque point que
r!'|! l'attaque partît, elle prêterait le flanc et le dos aux débouchés des Karpathes.
! 'û Cette chaîne de montagnes est à l'égard du duché ce que sont les montagnes
'; '1' de la Bohème à l'égard de la Saxe. Or deux rassemblements de troupes faits
^ ! Il, en Transylvanie et en Hongrie couperaient de ses communications toute armée
' ; llj qui se serait portée sur Leopol ou qui du Palatinal de Krakovie voudrait agir
sur la Moravie. Revenons aux forteresses. Krakovie munie d'un mauvais château, ne peut plus être mise en ligne de compte, depuis que perdant son pria- '■'] cipal faubourg, son rayon et la rive droite de la Vistule , l'établissement d'une
•l tête de pont est impossible. Restent Thorn, Modlin, Zamosç, car Sieroçk est à
peine une place d'armes. Là Prusse conservant Dantzig et Graudenz, il est de , il justice que Thorn reste au duché : si Modlin est entre les mains d'une autre
M., puissance, la navigation a cessé pour la Russie sur le Bug, la Narew, etc.
' Si Zamosç est entre les mains de l'Autriche, le Palatinat de Lublin n'est pas
i / tenable. Cependant, disons-le, ce n'est pas la raison militaire qui a molivé Je
si vives clameurs : c'est la question de la restauration du nom de royaume de Pologne.
,,,^, L'auteur a eu soin de produire à cet égard l'article secret de l'acte de 1797 ,
qui stipula que les trois Cours coparlageantes n'iuséreraieul plus dans leur inli-
. i il
tulé la dénomination ou désignation cumulative du royaume de Pologne. Pour que cet article deraenrAt obligatoire, il aurait fallu que les choses fussent restées dans la même situation.
Mais lorsque l'Autriche et la Prusse ont contribué comme alliées de la France à dépouiller la Russie de la plus grande partie des provinces Polonaises; quand elle a été obligée de les conquérir, lorsque la conquête du duché de Varsovie devient aujourd'hui une compensation pour d'énormes sacrifices, il s'agit effectivement d'un nouveau partage et, dans ce cas, les stipulations qui ont accompagné celui de 1797 n'existent plus.
Vouloir méconnaître en ceci le droit public, c'est chercher gratuitement à compliquer les affaires et à muliiplier les difficultés. Supposons ce nom de royaume de Pologne rétabli et une partie du duché de Varsovie réunie à la Russie, admettons à cet égard les conjectures les plus étendues de l'auteur du ilemorandum , quels sont les dangers qui en résulteraient pour l'Autriche et la Prusse? Aucun , puisque l'Empereur ofi're à l'une et à l'autre de ces puissances la garantie la plus formelle des parties de Pologne qui demeurent sous leur sceptre. Aucun, puisque cette restitution devant être contraire, suivant l'auteur du Mcmorandum , au système de l'Autriche, de la Prusse, de la France et du ministère britannique, sa moindre tentation réunirait toutes ces puissances, auxquelles la Turquie se joindrait, d'abondance contre la Russie isolée et abandonnée à ses seules forces. Cet aveu est sans doute un des premiers de ce genre, fait en diplomatie; mais il est digne de la pureté des intentions de l'Empereur. Ce n'est plus d'un peu plus ou d'un peu moins de surface, ce n'est pas de quelques places fortes que se compose d'ailleurs l'équilibre général : c'est de la partie d'intérêts qui ont une tendance commune au moment du danger. Rien ne prouve autant que cette remarque que s'il se présente une solution d'équilibre, ce n'est point assurément en faveur de la Russie.
Concluons de plus, que la nationalité qui doit revenir aux Polonais, n'est point dangereuse , mais au contraire que ce serait le moyen le plus silr de calmer l'inquiétude qu'on leur reproche, et de concilier tous les intérêts. L'Empereur a cette conviction , et le temps et les événements prouveront qu'elle était fondée.
L'on ignore quel jugement l'auteur, après avoir lu ces passages, portera luimême de l'inconcevable reproche qu'il fait à l'Empereur d'avoir abusé du langage de ses traités et de ses engagements, pour porter l'Autriche et la Prusse à se joindre à la cause de l'Europe, tandis que ces deux puissances, affranchies du joug de Napoléon , ont repris par là leur ancienne force , une dignité nouvelle, un accroissement considérable; et comment il maintiendra la thèse qu'il a avancée, que parce que l'Empereur a pensé restituer le titre de royaume de Pologne, l'Europe sauvée et tous les avantages acquis par les alliés se réduisent à rien.
11 termine en déclarant, qu'aussi longtemps que Sa Majesté Impériale adhérera à son projet, aucun plan, aucun arrangement ne pourra être fait par les plénipotentiaires respectifs , que le Congrès ne saurait être assemblé , ni pour discuter ni pour sanctionner un travail quelconque. Il ajoute qu'il est impossible de supposer que les plénipotentiaires d'Autriche et de Russie, laisseront les domaines de leurs maîtres sans une frontière militaire ; que les ministres de toutes les puissances, que l'auteur représente dans celte circonstance (l'on ignore de quel droit) , sont du môme avis; et qu'il ne leur restera qu'à rendre
II? compte des motifs qui les ont obligés de se séparer sans avoir pu mettre la
;[" main à l'œuvre bienfaisante qui devait assurer le bonheur futur de l'Europe.
'H Si après avoir médité le contenu de cette réponse, l'auteur se croit obligé de
i'" tenir aux mômes principes, s'il n'est point convaincu, si enfin ils peuvent par-
• ; venir à faire dissoudre le congrès , pour un seul point , tandis que tant d'autres
''ji plus importants restent à régler, l'Empereur n'aura point à se reprocher ce
l malheur. Il exposera à l'Angleterre , à l'Europe , la nature et l'étendue de ses
! demandes. Les peuples qui l'ont vu combattre pour leur liberté, qui ont été
témoins de sa modération , apprendront quelle est la cause qui s'est opposée au ii rétablissement général de l'ordre, du bonheur et de la tranquillité, pour
lesquels tant de sang a coulé.
ji Quant aux Souverains , ses amis , ses alliés , ses frères d'armes, rien ne pourra
jamais attiédir son amitié envers eux; elle est fondée sur l'estime et la confiance la plus absolue, et toutes les conceptions de sa politique seront constamment réglées sur ces principes.
I Lord Castlereagh à l'Empereur Alexandre.
^ Vienne , ie k novembre 1814.
; J'ai reçu le Mémorandum que Votre Majesté a daigné me
I transmettre avec un sentiment reconnaissant de cette preuve
I nouvelle de la condescendance et de la faveur personnelle de
: Votre Majesté, auxquelles j'attache la plus grande valeur, car je
i les considère comme la preuve la plus concluante du désir que
,^ - ressent Votre Majesté Impériale d'examiner avec réflexion la
ij question publique auquel il se rapporte.
Deuxième lettre de lord Castlereagh à V Empereur Alexandre.
Vienne, le 4 novembre 1814.
Persuadé que Votre Majesté interprétera favorablement les démarches que j'ai faites, je me sens bien soulagé en pensant que la pièce que je dois prendre en considération (le Mémorandum Russe) n'exprime pas les propres idées de Votre Majesté Impériale, mais celles de la personne qui du côte de Votre Majesté a plaidé la cause des mesures contre lesquelles j'ai osé me prononcer.
La décision d'un souverain ne peut jamais être arrêtée ou compromise par aucune suggestion amenée dans la discussion par sa propre intervention, l'oreille royale peut être considérée comme étant toujours ouverte à l'influence d'un argument, telle est la prérogative particulière à laquelle tiennent lessujets, d'autant plus qu'elle est la meilleure sûreté pour leurs intérêts.
A ce point de vue, je me suis permis, avec convenance et certainement avec un dû respect, de soumettre quelques observations sur le document en question. Si ces observations sont écrites avec toute la liberté de discussion, c'ett
seulement dans le Lut de présenter devant le tribunal de votre justement , Sire, les principes sur lesquels je suis en dcsacconl avec l'auteur du ifcmorandum. S'il se rencontre quelque expression un peu vive dans ces observations, je supplie Votre Majesté Impériale de ne pas l'attribuer à une impatience blimable de voir mes sentiments de respectueuse déférence envers Votre Majesté Impériale représentés sous un faux jour.
Je sens que je tiens cette indulgence dont j'ai pris la liberté de prolilcr, de la condescendance et de la libéralité de Votre Majesté Impériale. Il me serait extrêmement pénible, si vous pensiez, Sire, que j'en ai abusé. Mais Votre Majesté Impériale m'ayant encouragé à lui soumettre mon sentiment à ce sujet, je crois ne pouvoir mieux remplir mon devoir qu'en le faisant sans réserve.
Mémorandum anglais annexe à la seconde lettre du 4 novembre 1814 de lord Casllereagh.
Quelque pénible qu'il soit de prolonger la discussion sur un tel siijet, c'est un devoir public de ne pas souiïrir que le Mémorandum russe auquel celui-ci répond passe sans observations, non-seulement à cause de l'importance de l'objet auquel il se rapporte, mais aussi comme dévoilant des maximes de droit public entièrement nouvelles et renversant tout principe reçu de confiance et de bonne foi entre les Ktats.
L'auteur du Mémorandum commence par attaquer de nullité la validité du traité de Reichenbach qui ne peut, selon lui, régler maintenant les dispositions à prendre au sujet du ducbé de Varsovie. Il s'appuie sur deux raisons :
1° Que ce traité était purement éventuel, et que par suite des succès inattendus de la guerre il a cessé d'être obligatoire;
2° Que s'il y a raison de douter do la justesse de cette conclusion, ce doute est dissipé par le traité du 9 septembre qui a annulé le précédent traité.
Examinons dans quelles circonstances et dans quel but ces traités ont été conclus, et déterminons avec un peu plus d'exactitude que l'auteur (du Mémorandum russe) n'en a mis dans cette rechercbe, ce qui serait arrivé, pour annuler leurs stipulations ou pour abandonner à l'une des parties contractantes, nommément à la Russie, les droits des deux autres sans leur consentement formel.
Le traité du 27 juin était celui, sur la foi duquel l'Autriche encore en pair avec la France s'engagea à prendre part à la guerre, dans le cas que sa médiation ne put pas emmener la paix sur des principes établis entre elle et les alliés. En se décidant à combattre au risque de son existence, l'Autriche demanda deux conditions, l'une et l'autre d'une grande importance morale pour ses intérêts et pour sa sûreté militaire, l'une relative à la restitution de ses provinces illyriennes, l'autre à une part du duché de Varsovie formé en partie de pays récemment détachés de son propre territoire.
Il n'y a aucune contestation sur la nature de l'engagement lui-môme. Il n'y a aucune allégation que l'Autriche a perdu les droits que lui assurait le traité par suite d'une infraction à ses conditions soit comme médiatrice soit comme alliée. Il n'y a aucune suggestion que l'Autriche a par un acte ou par un consentement de sa part déchargé son allié des obligations de celte convention ou consenti à accepter un équivalent. Au contraire, il est notoire que le partage équitable du duché, n'a jamais cessé, durant toute la période de cette
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alliance, d'être l'ohjct de discussions sérieuses avec son allié comme affectant directement la silreléde ses frontières. Qu'est-ce qui a pu priver l'Autriche de ses droits. On dit que le traité est éventuel; éventuel en quoi? Ce n'est pas parce que l'Autriche n'a pas rempli fidèlement ses engagements, ce n'est pas par manque de moyens de donner ce qui a été promis, mai» c'est d'après ce principe extraordinaire que puisqu'il y a des moyens plus amples de satisfaire au traité, un nouveau droit est revenu àla Russie , puissance signataire au traité de décider suivant son bon plaisir, si l'Autriche obtiendra l'objet stipulé on . acceptera en lieu et place, ce que la Russie considère un équivalent, à l'extrémité opposée de son territoire.
C'est une nouvelle disposition dans le droit public que celle par laquelle les obligations d'un traité peuvent être également rompues et annihilées, par la succès ou par l'insuccès. Si Buonaparte avait triomphé, l'Empereur d'Autriche aurait perdu ses frontières polonaises et probablement sa couronne.
Les alliés l'ont emporté et l'empereur d'Autriche est également condamné à perdre ses frontières polonaises. Sur quelle garantie reposeront donc les traités s'ils peuvent être ainsi annulés par interprétation.
Mais on dit que Sa Majesté Impériale l'empereur d'Autriche a reçu de pleines compensations d'un autre côté.
. L.à n'est point la question d'après le traité. L'empereur d'Autriche a-t-il consenti après notification convenable à recevoir ces compensations pour telles? A-t-il consenti, en raison de l'extension de ses anciennes j)ossessions en Italie, depuis l'Adige jusqu'au Tessin, à abandonner le droit que lui donnait le traité de Reichenbach d'être protégé du côté de la Pologne. Les diverses puissances qui ont pris part à la paix de Paris, lorsqu'elles ont assigné le Pô pour frontière à l'Autriche , en Italie, ont-elles cru qu'elles sanctionnaient par là une extension de territoire du côté de l'Italie, en échange d'une barrière militaire entre la Russie et l'Autriche du côté de la Pologne.
Peut-on supposer que le gouvernement anglais a, de propos délibéré, accepté un tel principe? Ou bien que, dans l'exécution honnête du système hautement proclamé de l;i Grande-Bretagne de renoncer à ses conquêtes pour rendre au Continent l'indépendance et le repos, on ait attendu ou désiré de cette puissance qu'elle agisse ainsi dans le but d'intervertir et non de rétablir l'équilibre de l'Europe. Si cela n'est pas , le traité de Reichenbach a conservé toute sa force, et c'est sous l'influence de ses obligations et de l'esprit de ce même traité que les parties contractantes doivent déterminer leurs prétentions par des négociations. Le même raisonnement s'applique à la Prusse.
Mais on allègue dans le Mcmorandumqu^en admettant la valeur de ces droits ens'appuyant sur le traité de juin, ces mêmes droits ont été annulés par le traité de TœpUtz, qu'un nouvel arrangement a été fait et que les titres de l'Autriche et de la Prusse sur le duché ne sont plus longtemps les mêmes. On soutient que depuis cette période leurs titres reposaient sur une base moinj favorable à ces deux puissances. Sur quoi s'appuie un tel raisonnement?
En considérant l'état de la campagne à l'époque du septembre 1813conçoilon un motif raisonnable , qui ait pu engager l'Autriche à abandonner gratuitement par un nouveau traité signé dans ce mois des droits auxquels par des raiioni évidentes elle attachait un grand prix au mois de juin? Le 9 septembre, jour d'où ce document est daté, les alliés avaient remporté des avantages considérables devant Berlin, en Silésie et à Culm; mais ib étaient encore resserrés dans les déniés de la Bohème , Buonaparte était ea force à Dresde et le sort de Ift
campagne incertain; du côté de l'Italie, la première occupation du général Nugent n'eut lieu que le 12 du même mois.
S'il y a un motif raisonnable de croire que l'Autriche a consenti alors à un tel abandon , on ne peut certainement pas en conclure que c'est par la simple rédaction d'un article. On ne prétendra pas qu'un arrangement à l'amialde entre les trois Cours de Russie , d'Autriche et de Prusse sur le sort futur du duché de Varsovie, peut conférer à la Russie le droit d'empêcher l'Autriche de prendre la part équitable que le traité de juin lui a donné par le mot formel de partage, on peut encore permettre à la Russie de disposer politiquement du duché sans avoir conclu un arrangement de concert avec les autres Cours alliées. Le sens ardent de ce traité, son histoire établit de la façon la plus concluante une conclusion opposée. Le traité de septembre n'avait pas pour but d'nnnulerou de changer dans aucune de ses dispositions principales le traité de juin , mais au contraire de confirmer ses dispositions et de leur donner une plus grande extension. Le traité de juin a réglé les arrangements oITensifs des Cours alliées en cas d'une médiation mettant fin à la guerre. Le traité de septembre a confirmé de nouveau ces arrangements et a y ajouté des engagements dcfensifs en stipulant d'une manière spéciale la part d'assistance apportée par chaque puissance. Le traité de juin à l'article 16, convenait en cas de guerre, de mettre à effet, par une stipulation positive les notes du 16 mai de la Russie et de la Prusse. Le traité de septembre l'a fait en convenant de la reconstruction des monarchies autrichienne et prussienne sur l'échelle la plus rapprochée de celles où elles se trouvaient en 1805. Si l'article s'était arrêté là, il n'y aurait pas eu de motif sérieux de prétendre qu'en cas de succès complet et d'obtention de moyens plus que nécessaires pour exécuter le traité, le choix et la disposition de ces moyens pussent être à la discrétion arbitraire d'une troisième puissance; mais comme pour prouver le contraire et pour montrer l'intérêt incessant attaché au sort du duché de 'Varsovie, cette question fut spécialement encore mise en avant, et le droit égal des trois puissances à l'arrajigcment de ses dispositions finales fut encore une fois solennellement reconnu par le traité.
Où donc peut-on trouver soit dans les traités eux-mêmes, soit chez un auteur quelconque sur le droit des nations, un prétexte, bien moins une justification pour dispenser le droit, qu'attribue l'auteur du Mcmoratidum , à une seule puissance, de substituer en cas de succès d'autres arrangements à ceux convenus par les traités et évidemment au point de vue militaire, de la plus haute importance par les deux puissances plus faibles.
Lorsque l'argument des frontières est produit , il se présente de deux manières. Tantôt on nie que la position du duché dans les mains de la Russie soit menaçante pour les autres puissances , tantôt que la modération bien connue de Sa Majesté Impériale et son amitié pour ses alliés , ôtent toute importance à une telle considération.
Sur le premier point, il sera difikile de persuader à l'Europe que l'incorporation à la Russie sera presque la totalité de ces positions militaires que Buonaparte s'est constamment occupé à enlever aux États avoisinants , afin de pouvoir, éloigné qu'il était de ses propres ressources, tenir en échec l'Autriche et la Prusse, ne sera pas complètement étrangère à un semblable dessein.
.Si ces puissances doivent être réellement indépendantes et n'être soumises i aucune inûuence qui, sans être aussi crainte que celle qui unissait le royaume d'Italie et la coufédération du Rhin k l'Empire français, n'en serait pas moins
en elle-mômc une cause dq jalousie et de crainte pour l'Europe. Leur prétention d'obtenir une frontière convenable est irrésistible et ne peut être raisonnablement combattue, ni par une compensation ailleurs, ni par une nécessite pressante éprouvée par la Russie, (ie posséder, d'après un principe défensif la totalité du duché au point de vue militaire.
L'argument tiré du caractère personnel de l'Empereur n'est pas moins critiquable. Quelques soient les vertus du souverain, ce n'est pas sur une confiance personnelle ou sur la vie d'un individu, que les libertés des États et leur sûreté doivent reposer. Il ne serait pas plus conséquent de la part de Sa Majesté Impériale d'accepter un tel hommage que de la part du souverain d'un autre Étal de le rendre. Des intérêts d'une importance vitale comme ceux-ci doivent être réglés sur d'autres bases plus solides.
On ne peut pas davantage s'attendre à ce que les craintes causées par la formation d'une monarchie polonaise sous le sceptre de la Russie, viennent tout de suite à disparaître dans les États adjacents, soit à cause d'une confiance personnelle, soit même par les garanties proposées.
L'auteur du Mcmorandum nous informe que relativement à l'article de 1797 la première guerre ou même ce qu'il appelle un changement de circonstances, a pu dissoudre tout ce qu'il y avait de plus solennel dans la garantie établie par cet article. La chance de son raisonnement est que la guerre détruit la garantie, qu'une guerre heureuse justifie la demande d'une compensation additionnelle et d'un nouveau partage; et par conséquent celle aussi d'incorporer ultérieurement dans la nouvelle monarchie sous le sceptre Russe les provinces polonaises adjacentes; en supposant cet arrangement assuré par une garantie qu'on offre à l'Autriche et à la Prusse.
Le sang-froid avec lequel on se livre à la contemplation de ces progrès, et la facilité avec laquelle on croit satisfaire aux prétentions des puissances voisines, en étendant le principe du partage au delà des limites de la Pologne, ne sont pas certainement bien calculés à dissiper les inquiétudes pour l'avenir, si jamais un système semblable pouvait malheureusement être goûté. Mais on va plus loin, et malheureusement jusqu'à soutenir, qu'en supposant même que les traités fussent encore obligatoires, l'arrangement projeté par la Russie relativement au duché de Varsovie, on remplirait amplement et libéralement les | stipulations. :
On ne spécifie pas ce que sont ces arrangements, mais on en fait une descrifv- 1
tien générale basée sur l'évaluation statistique de l'étendue et de la population >
du duché de Varsovie , qu'on porte à près de 1 100000 âmes de moins que ne I
lui donnent les rapports les mieux confirmés. f
Les tables officielles annexées au présent Mémorandum serviront à donner un exemple de l'exactitude de l'auteur tant pour la population que pour les revenus.
L'arrangement en vue pour la Prusse est, paraît-il, d'un caractère indépendant. Serait-il suffisant uu fondé sur des principes militaires; on ne pourra en juger qu'après qu'il aura été spécifié d'une façon plus précise; maisqu'il ait pu venir à l'idée de l'auteur de donner le rayon de Krakovie et la moitié des saline? de Wiéliczka à titre de dédommagement à l'amiable des traités de juin ou do septembre en les prenant pour des instruments séparés, une telle condescendance n'a jamais été auparavant ofi'erte pour justifier une mesure.
Quoi! était-il possible de présenter comme l'exécution sérieuse d'un tel engagement que l'Empereur d'Autriche après avoir expressément stipulé avec
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soin et coiislamment le sort futur du duché de Varsovie, et sans cesse exposé ses droits à une participation en vue de la sûreté militaire de ses États plutôt que de l'extension de ses fromières reçoive eu pleine satisfaction de ses droits, six lieues carrées deterriloirc avec une population de 156.')'! Ames ,n'ofTrant au point de vue de l'éleiidue et de la position aucune défense pour ses frontières. La substitution ducliiiïre de 3 millions de florins, au lieu de 300 mille, pour la moitié des revenus des salines démontre avec plus de force encore avec quelle précaution les calculs aussi tii n que les conseils de l'auteur du Mémorandum devront être acceptés pir l'Empereur de Russie , lorsqu'il aura à décider, autant en générosité qu'-n justi.:e ce qu'il doit à ses .dliés avec lesquels il a partagé les hasards de la guerre et doit désirer conserver les rapports les plus intimes.
On ne finirait pas si on voulait relevfr toutes les représentations inexactes qui abondent dans chaque page de la pièce à laquelle nous répondons; ou protester suflisamment contre les etTorts que fait l'auteur, pour couvrir la faiiilesse de ses arguments par <les tentatives, dépeignant une discussion franche, mais respectueuse des mesures d'état de grande importance comme une insinuation contre la personne sacrée de son Souverain.
De telles pratiques ne réussiront jamais auprès du haut personnage auquel elles sont dirigées, et dont la profession la plus noble a toujours été de désirer entendre la vérité; elles ne détourneront pas ceux qu'elles ont pour but d'embarrasser, de remplir sans réserve, mais d'une façon convenable, un devoir public.
L'auteur représente l'appel fait à la justice et à la modération de l'Empereur , fondé sur le sentiment allégué de l'Europe comme étant une menace et un appel aux armes.
L'auteur savr.it cependant bien que la question n'a jamais été le moindrement discutée d'après un principe hostile ou militaire, mais ouvertement à l'opposé; il savait aussi que s'il existait en Europe une puissance spocinlemcnt intéressée à conserver la paix et A maintenir l'alliance, sans avoir d'autre but que celui du bien public, c'était cette puissance qu'il avait jugé à propos de critiquer, mais s'il avait voulu décourager la menace au lieu de semer la disconie, il aurait pu s'é|iargtier la peine de comparer la puissance de la Russie avec les autres grande États de l'Europe combinée. Son 0()inion modeste sur la force de la Russie pour soutenir un choc tel que le fatal retour d'un système semblable à celui qui vient d'être renversé peut seul amener contre elle, ne conirihuera guère à convaincre que les puissances voisines pourront, privées de leurs frontières, vivre en sécurité et en paix en face d'une semblable puissance militaire; l'Europe ne se conte itéra pas non plus pour sa protection journalière de cet équilibre c|ui nécessitera b' déplacement et la mise en mouvement de toutes ses forces militaires àchai|ue f'is qu'un fllat sortira de la ligne de son devoir. Est-ce là le g>*iire d''quilibre que l'auteur croit prudent de demander pour son maître à l Europe assemblée ?
L'exagération dans les assertions de l'auteur et surtout dans le tableau qu'il fait des récentes acquisitions de la Russie n'est pas moins inconsidérée. Il en a été question dius Ij pr-^mier lili'nxrtrandum, non d'une façon envieuse mais au contraire avec une mo léralion étudiée.- Mais quand l'auteur aciul parle de ces acquisitions successives, formant plus qu'un puissant royaume ensemble, comme étant purement faites par précaution défensive . il aurait dil prévoir cette conséquence, que la Russie dégigée ainsi d'inquiétudes sur toutes ses froc-
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tières vulnérables jusqu'alors, n'est pas seulement sur le point de s'établir en avant de la Vislule, mais qu'elle a rendu ainsi disponible la presque totalité do ses forces mililaires qu'elle peut maintenant lancer à sa fantaisie sur l'Oder et sur le Danube , tandis qu'auparavant ces armées étaient comparativement moins effectives ou bien répandues sur l'étendue de frontières ouvertes.
Si la Russie a recherché une frontière contre les Turks et les Persans, pourquoi se plaindrait-elle que les Prussiens et les Autrichiens recherchassent eux aussi des frontières contre les armées russes, surtout si plus tard la Russie se plaît à se servir d'une armée nationale polonaise comme d'un nouveau et formidable instrument de guerre. Le tableau n'est pas chargé, 'et si l'Empereur do Russie désire cultiver la paix et se faire aimer plutôt que craindre de l'Europe l'auteur aurait dû con-iilérçr comme un devoir d'en adoucir dans ses présents arrangements plutôt que d'en aggraver les traits caractéristiques. ■ iîj En résumé. Il est prouvé que les traités de Reichenbach et Tœplitz sont des
T engagements communs et aujourd'hui en pleine vigueur;
Que la Russie n'a aucun droit d'en annuler ou d'en changer les stipulations et d'y substituer quoi que ce soit pour satisfaire les prétentions qui reposent sur ces traités sans en avoir auparavant obtenu le consentement des autres paities 1. 1 contractantes;
ùl Que, malgré que la guerre ait fourni d'amples moyens pour satisfaire les
justes prélentions des alliés , le succès ne peut pas altérer les droits des parties tout en permettant sur une base de négociation libérale et généreuse entre elles d'apporter à leur conciliation de nouvelles et importantes facilités;
Que l'étendue du succès ne délie néanmoins aucune des parties du devoir qu'elles ont à remplir envers l'Europe, de ne pas s'agrandir à l'excès en renversant un juste équilibre ou en causant un préjudice injuste aux États plus faibles.
On ne saurait trop bl;\mer le principe si généralement mis en avant par l'auteur de compenser par des cessions territoriales les frais encourus pendant la guerre, à moins que ce ne soit pour soutenir dans l'acceplioa la plus large le système général de l'Europe.
Les grandes puissances militaires q\ii ont triomphé , et surtout la Russie à la sûreté de laquelle de nouvelles acquisitions sont le moins nécessaires, ces puissances se rappelleront qu'elles ont ouvertement combattu pour leurs propres libertés et pour celles du reste de l'Europe, tt nullement pour l'extensioa de leurs territoires. C'est en général agir d'après un principe entièrement faux que d'admettre que les nations ont dans tous les cas le droit de demander une augmentation de territoire pour compenser les frais de guerre, surtout lorsque ces changements tendent à exposer la sûreté militaire d'États voisins et alliés. La paix du monde ne peut pas subsister avec de telles doctrines. De plus une nouvelle acquisition de territoire, quelque flatteuse qu'elle soit pour l'orgueil national manque rarement d'entraîner avec elle des charges et des mécontentements qui équivalent pleinement aux ressources qu'elles procurent.
Avec de semblables principes en vue, si les puissances alliées agissent entre elles avec libéralité et avec indulgence avec les autres États, elles ont devant elles la perspective de couronner une guerre glorieuse par une paix solide cl durable; la postérité honorera leurs noms non pas seulement pour avoir délivre par leurs armes le monde d'un tyran et d'un conquérant, mais pour avoir fait revivre par leur exemple et par leur influence le règne de la modératioa et do la justice.