Kluber, p
conduite à la veille de son accomplissement. Ayant accompagné le quartier-général de Votre Majesté et suivi ses pas à travers une grande partie des difficultés et les incertitudes des comiiats, je me crois autorisé à souhaiter avec une sollicitude particulière, que la conclusion de l'ouvrage réponde à son caractère général et que Votre Majesté emploie son influence et son exemple, pour inspirer dans ces grandes conjonctures aux Cabinets de l'Europe cet esprit de conciliation, de modération et de générosité, qui seul peut assurer à l'Europe le repos pour lequel Votre Majesté a combattu, et à Elle-même la gloire qui doit entourer son nom.
Cependant je ne puis pas assez séparer mon individu de la sphère politique dans laquelle je suis placé, pour faire oublier à Votre Majesté, que c'est le ministre du prince régent d'Angleterre qui lui parle.
Permettez-moi, Sire, en partant de ce point de vue, d'observer que la Grande Bretagne à l'exception de ce rapport permanent, qui subsiste entre les intérêts britanniques et l'intérêt général de l'Europe, et la puissance dont les intérêts particuliers souffriraient le moins d'une résolution quelconque, que A'otre Majesté pourrait prendre relativement à la Pologne, et que par conséquent, si je m'explique fortement sur cette question, mon opinion peut ne pas être juste, mais sur aucune question européenne l'avis que je donnerais comme organe du gouvernerment britannique, ne saurait être aux yeux de Votre Majesté plus impartial qu'il ne l'est sur celle-ci.
Je dois même supplier Votre Majesté, lorsqu'elle me trouvera jusqu'à un certain point en opposition à ses vues sur le duché de Varsovie, de ne pas croire que je verrais avec répugnance et même que je ne verrais pas avec satisfaction accroître à Votre Majesté un agrandissement libéral et considérable sur ses frontières polonaises. Mes objections ne portent que sur l'étendue et la forifie de cet agrandissement. Votre Majesté peut recevoir un gage très-ample de la reconnaissance de l'Europe, sans exiger de ses alliés et de ses voisins un arrangement incompatible avec leur indépendance politique.
Je pourrais aussi faire appel, s'il était nécessaire, du passé pour me relever ainsi que mon gouvernement du soupçon d'u-
606 POLUUix...
ser d'une politique contraire à la mani.'^re de voir et aux inl6rèts de la Russie. Votre Mnjesté se rappellera que non-seulement nous sortons à peine à lY'gard de la Norvège d'une longue carrière de politique pénible, entreprise sur les instances de Yolre Majesté a l'eiïet de vous garantir l'appui de la^ucdc pendant la guerre, et de vous consolider dans la possession de la Finlande en obtenant pour cette puissance une indemnité proportionnée d'un autre côté. Nos ressources pendant la lutte et nos conquêtes en Danemark ont été fermement dirigées vers ce but et appliquées avec succès, dans des circonstances qui ne laissaient que d'être difficiles, pour un gouvernement comme le nôtre. Votre Majesté retrouvera le même sentiment amical dans l'aide que nous avons donnée à ses ministres près la Porte otto- ■' mane pour arriver à la conclusion de la paix avec la Turquie,
î qui procura h son empire la concession d'un vaste territoire.
j Je pourrais invoquer encore une circonstance plus récente du
' 1 côté de la Perse où Votre Majesté a daigné plus d'une fois recon-
' 1i naître que la paix, assurant d'importantes et vastes acquisitions
"*-■ à Votre Majesté, avait été signée, par l'intervention active de
!'i l'ambassadeur du Roi, conformément aux instructions qu'il
avait reçues de notre gouvernement.
Si j'ai mentionné ces diverses transactions, c'est seulement de crainte que Votre Majesté n'interprète mal le motif qui me % dirige. Si maintenant, à propos de ce quatrième cas en quelques
' i années de l'agrandissement de la Russie, je me crois forcé par
' i> un sentiment de devoir public envers l'Europe et principale-
ment envers Votre Majesté, d'insister pour une modification, i non pour une renonciation aux prétentions de Votre Majesté
' d'étendre Votre empire plus à l'ouest, (et je me fialte que Votre
I î Majesté ne me croira pas influencé par d'autres motifs que ceux
"(j qui sont dignes d'un ministre d'une puissance alliée), je pour-
'i rais peut-être réclamer de Votre Majesté quelque crédit si noQ
de l'infiuence de la jiart de mon maître le prince régent, par i y la manière dont Son Altesse Royale a agi dans d'autres cir-
:^ constances.
, Votre Majesté ne peut pas méconnaître à quel point le sort et
■ l'intérêt futur de l'Europe seront dans toute apparence affectes
'j par l'issue de ce congrès; et combien le jugement que l'on
prononcera sur le caractère de cette grande entreprise, tiennent à l'esprit et à la forme dans laquelle elle sera terminée. Voilà une gloire digne de l'ambition de Votre Majesté !
Je n'hésite pas à exprimer i Votre' Majesté, que c'est 'exclusivement l'esprit dans lequel Elle traitera ces questions relativement à Son propre empire, qui décidera si le présent congrès doit faire le bonheur du monde, ou présenter seulement une scène de discorde et d'intrigue et une lutte sans frein pour acquérir du pouvoir aux dépens des principes.
La position que Votre Majesté occupe aujourd'hui en Europe luipermet de tout faire pour le bonheur général, si Elle fonde son intervention sur de justes principes devant lesquels l'Europe s'inclinera. Si Votre Majesté ne faisait aucun cas de l'opinion publique, je ne sais pas en ce moment quel serait son pouvoir, mais j'ai la confiance que Votre Majesté Impériale ne voudrait pas y compter. Seulement dans une supposition aussi calamiteuse, je désespérerais de. voir s'établir en Europe un ordre de choses juste et stable et j'aurais le chagrin de voir pour la première fois Votre Majesté considérée comme une cause d'alarme, au lieu de confiance, par ceux-là môme qu'EUe a délivrés.
J'insisterais avec moins d'empressement sur ces considérations si je n'étais pas persuadé qu'il y a une route par laquelle Votre Majesté pourrait combiner ses intentions bienfaisantes vis-ù-vis de ses sujets polonais avec ce que ses alliés et l'Europe demandent. Ils ne désirent pas que les Polonais soient humiliés ou privés d'un système d'administration doux, conciliant et conforme à leurs besoins. Ils ne désirent pas non plus que Votre Majesté prenne des arrangements qui restreindraient son autorité souveraine sur ses propres provinces. Tout ce qu'ils désirent c'est que pour le maintien de la paix Votre Majesté procède graduellement à l'amélioration du système d'administration de Pologne, et qu'à moins d'être décidé pour le rétablissement entier et l'indépendance complète, vous évitiez une mesure qui, sous un titre plus éminent (Roi) répandrait l'alarme en Russie et dans les pays voisins, et qui tout en flattant l'ambition d'un petit nombre d'individus des grandes familles, conférerait dans le fait moins de liberté et de prospé-
n?«nv?t7!«^PBmpp^9Hcppwi
i 608 POLOGNE.
rilé réelle, qu'un changement plus mesuré et plus modeste dans le système administratif du pays.
Je demanderai la permission de rérserver le développement ; de mes idées à cet égard jusqu'à ce que Votre Majesté en ait
• j-:| considéré le principe général. J'ai la confiance que les choses
! fi pourraient être arrangées de façon à remplir les vues de Votre
Majesté, à contenter les Polonais et à conciliera cette entreprise l'acquiescement des puissances étrangères et des sujets russes de Votre Majesté!
; ' Si le côté politique de la question peut être ainsi réglé,
!■ Votre Majesté n'aura plus qu'à fixer avec ses alliés sa frontière
il ' de façon à remplir l'esprit et la lettre du traité du 27 juin
'1 1813 avec l'Autriche et la Prusse.
Cela peut se faire tout en laissant Votre Majesté en posses-
,;j sion de la plus grande partie du duché de Varsovie tandis que
!i ses alliés obtiendraient cette sorte de frontière à laquelle aucune
I puissance indépendante ne peut renoncer avec dignité ni avec
' Jj sécurité.
Je demande le gracieux pardon de Votre Majesté pour la liberté que je me suis permis de prendre en occupant autant ■ j . l'attention de Votre Majesté et je la prie de me permettre,
- etc., etc. Castlereagh.
Memo7'andum annexé à la lettre préccdenle. .
^f vienne, le 14 octobre 1814.
Quand, à la suite des défaites de l'armée française et de son expulsion de la
Russie, des ouvertures furent faites à ia Prusse pour se joindre à la cause géne-
'■., raie de l'Europe , IKmpereur de Russie et le Roi de Prusse s'unirent pour celte
! cause parle traité de Kalisz, du 28 février 1813.
: ' Comme ce traité était d'une grande importance, son caractère fut parlicu-
j lièrement fixé, en exprimant avec force et détail dans son préambule les prin-
cipes sur lesquels il était fondé et qui devaient servir de règle à la conduite des deux parties conlrnctantes.
'^ Ce préambule est ainsi conçu : '
o La destruction totale des forces ennemies qui avaient pénétré dans le cœur |, de la Russie, a préparé la grande époque de l'indépendance de tous les États
qui voudraient la saisir, pour s'aiïranchir du joug que la France a fait peser ) sur eux depuis tant d'années.
a En conduisant les troupes victorieuses hors de ses frontières, le prerai;r
sentiment de Sa Majesté l'Empereur de toutes les Russies , fut celui de rallier i
i '■ la belle cause que la Providence a si visiblement protégée, ses anciens et plui
., chers alliés, a&a d'accomplir avdc eux les destinées auxquelles tieoaeot et- le
«•XMHWMPMaivwNa
repos et le bonheur des peuples épuisés par tant de commotions et tant de sacrifices.
a Le temps arrivera où les traités ne seront plus des trêves, où ils pourront de nouveau être observés avec celte foi religieuse, cette inviolabilité sacrée, auxquelles tiennent la considération , la force et la conservation des Empires.
a C'est dans ces circonstances solennelles et décisives qu'un mouvement spontané a rapproché Sa Majesté l'Empereur de toutes les Rujsies et Sa Majesté le Roi de Prusse.
Œ Tous deux également guidés par le généreux motif de la délivrance de l'Europe, ont commencé pour procéder à cette œuvre salutaire, par resserrer les liens de leur ancienne alliance, par rétablir dans le sens le plus étendu leur première intimité, et voulant fixer la base de leurs engagements réciproques par un traité de paix et d'amitié, d'alliance offensive et défensive, ils ont nommé, etc. , etc. »
Tel est le préambule du traité d'alliance offensive et défensive ôontre la France, conclu entre ces puissances et auquel sont annexés deux articles séparés et secrets.
Le premier prend l'engagement « que la Prusse sera reconstruite dans les proportions statistiques, géographiques et financières conformes à ce qu'elle était avant la guerre de 1806. A cet effet, Sa Majesté l'Empereur de toutes les Russies promet, de la manière la plus solennelle, d'appliquer aux équivalents que les circonstances pourraient exiger pour l'intérêt mutuel des deux États et à l'agrandissement de la Prusse, toutes les acquisitions qui pourraient être faites par les armées et les négociations dans la partie septentrionale de l'Allemagne, à l'exception des anciennes possessions de la maison de Hanovre. Dans tous les arrangements, il sera conservé entre les différentes provinces qui doivent rentrer sous la domination prussienne l'cnscmhlcct l'arrondissement nécessaire pour constituer un corps d'État indi'pendant.
a Article II. Pour donner à l'arlicle précédent une précision conforme à la parfaite intelligence qui existe entre les deux hautes parties contractantes, Sa Majesté l'Empereur de toutes les Russies garantit à Sa Majesté le Roi de Prusse ses possessions actuelles, plus particulièrement la vieille Prusse, à laquelle il sera joint un territoire qui, sous tous les rapports tant vxilitaires que géographiques, lie cette province à la Silésie. »
Le 27 juin suivant, afin de confirmer la disposition de l'Autriche de se joindre à la cause commune et de lui assurer des indemnités proportionnées à sa coopération, dans le cas où sa médiation avec la France échouerait, l'Empereur de Russie et le Roi de Prusse conclurent un traité solennel avec l'Empereur d'Autriche.
Les conditions de ce traité étaient les suivantes :
1° La dissolution du duché de Varsovie, et de partager les provinces qui le forment entre l'Autriche, la Prusse et la Russie d'après les arrangements à prendre par ces trois puissances, sans aucune intervention du gouvernement français.
2" L'agrandissement de la Prusse , ensuite de ce partage et par la cession de la ville et du territoire de Dantzig. L'évacuation de toutes les forteresses dans les États prussiens et dans le duché de Varsovie, qui aujourd'hui se trouvent encore occupées par les troupes françaises.
3* La restitution des provinces illyriennes à l'Autriche,
A l'appui de ce traité, les Cours d'Autriche et de Prusse conclurent un traité
I ijaj.--i.].j
séparé d'nllinnce pour la protection de leurs intérôts réciproques, le 9 septembre 1813. Par la troisième slipulalion du premier article secret de ce traité elles s'engagèrcin à amener un arrangement à l'amialilc entre les trois Cours d'Autriche, de Prusse et de Russie sur le sort futur du duché de Varsovie.
Malgré ces engagements contractés dans des tçailés solennels à l'égard du duché de Varsovie, il paraît néanmoins que Sa Majesté Impériale l'Empereur de toutes les Russies se considère comme ayant le droit de disposer de la totalité du duché de Var;Ovic avec toutes ses forteresses, pour le motif que ses troupes ont les premières occupé le duché. Que cependant, comme une grâce et une faveur Sa Majesté Impériale a l'intention de céder à la Prusse la ville et Je territoire de Dantzig et un district, à l'efTet de relier l'ancienne Pmsse avec les autres pays prussiens, il paraît de plus que Sa Majesté Impériale a l'intention de joindre le restant du duché de Varsovie aux provinces russes qui ont ' échu à !a Russie par les premiers partages de la Pologne et de les ériger en
i une monarchie séparée , gouvernée par Sa Majesté Impériale comme Roi de
; Pologne, avec les arrangements qui paraîtront convenables pour ressusciter le
royaume de Pologne sous la d}nastie russe. Cette mesure est prétendue nécessaire, d'après les principes du devoir moral, afin d'amener une juste amélioration dans le gouvernement des sujets polonais de Sa Majesté Impériale et du peuple du duché de Varsovie qui lui est soumis aujourd'hui par l'occupation des troupes de Sa Majesté Impériale.
Ce projet a nécessairement causé beaucoup d'alarme et de consternation dans les Cours d'Autriche et de Prusse et a fait naître généralement des craintes dans ttfus les Etats de l'Europe.
L'annexion forcée, fondée sur le principe de la conquête de la presque totalité d'un territoire aussi important et aussi populeux que celui du duché de Varsovie renfermant près de quatre millions d'âmes, à l'Empire de Russie aug- I 1 raentée si grandement depuis peu par la conquête de la Finlande, par ses
acquisitions en Moldavie et par sa récente extension du côté de la Prusse, son avancement à partir du Niémen dans le cœur de l'Allemagne, sa possession de toutes les forteresses du duché, exposant entièrement à ses attaques les capitales de l'Autriche et de la Prusse, sans une ligne de défense ou une frontière; l'invitation faite aux Polonais de se réunir autour du drapeau de la Russie pour le renouvellement de leur royaume, les nouvelles espérances données, l'ardeur excitée, les nouvelles scènes ouvertes à l'activité et aux cabales de ce peuple léger et remuant, la perspective du renouvellement de ces luttes dans lesquelles les Polonais ont été engagés pendant si longtemps entre eux et avec leurs voi- V. sins, la crainte que celle mesure inspire de créer de nouveaux matériaux pour une nouvelle guerre prochaine, l'extinction de tout espoir raisonnable de \i tranquillité présente , de la confiance et de la paix , toutes ces considérations et beaucoup d'autres encore sautent aux yeux de tous et justifient les craintes de l'Europe.
On est si universellement d'accord pour reconnaître les vertus éminenles de l'Empereur de Russie et pour leur rendre justice, ainsi qu'aux immenses avantages que sa persévérance et ses efforts ont produits pour la cause commune, que l'on ne peut concevoir pour quel motif une telle mesure est adoptée.
On y oppose fortement que ce projet est en opposition directe avec les engagements pris par Sa Majesté Impériale avec ses alliés l'Empereur de Russie et le Roi de Prusse, lorsqu'ils ont été iitTités par la Russie i prendre part i h guerre. ' . . j.. ,
On argue de ces traités que la mcsiire est non-seulement contraire à la lettre mais mCrae à l'esprit de ces traites. Peut-on supposer, alicgue-t-on , que l'Empereur d'Autriche et le Roi de Prusse, lorsqu'ils ont stipulé la dissolution du duché de Varsovie et le partage des provinces qui le forment, entre l'Autriche, la Prusse et la Russie d'après des arrangements à prendre par ces trois puissances sans aucune intervention du gouvernement français, aient entendu stipuler ainsi la cession de la presque totalité du duclié de Varsovie qu'ils s'étaient engagés à partager et cela seulement pour l'ngrandissemcnt de la Russie, en détruisant leurs propres frontières et en laissant ainsi leurs capitales sans protection et sans défense. Peut-on prétendre davantage que le traité avait pour objet la distribution du duché entre la Russie et la Prusse seules à l'exclusion de l'Autriche. Le contraire est exprimé en tête du traité; et la Prusse dans le traité ultérieur, signé en septembre avec l'Autriche, s'engage à voir mettre à exécution l'arrauricmcnt à Vamiahlc entre les trois Cours. Peut-on supposer que quand l'Autriche et la Prusse sont convenues de la diasolutinn du duché de Varsovie, elles consentissent à la transformation dangereuse de ce même duché en un royaume de Pologne, soumis à la couronne de Russie, arrangement dix fois plus menaçant et alarmant pour leurs États respectifs? En admettant môme que le texte du traite fut aussi ambigu qu'il est clair et concluant, personne ne pourrait songer à leur donner cette interprétation que ces deux puissances qui s'étaient unies pour la délivrance de l'Europe se fussent décidées à embrasser cette cause, simplement pour céder leur position militaire à un puissant voisin.
La mesure étant démontrée comme contraire aux traités, la question prend un aspect encore plus sérieux , car Sa Majesté Impériale doit à l'énumération de ces faits avoir senti que la politique qui lui est venu à l'idée de suivre est contraircà la foi des engagements les plus solennels. Et d'autant plus que le système adopté par Sa Majesté Impériale pour décider la Prusse et jilus tard l'Autriche à se joindre à la cause de l'Europe, a été que le temps était venu où « les traités ne seront plus des trêves, où ils pourront de nouveau être observés a avec celle foi religieuse, cette inviolabilité sacrée auxquelles tiennent la K considération, la force et la conservation des Empires » Il reste cependant l'espoir que quand Sa Majesté Impériale aura examiné plus à fond et plus sérieusement les engagements qu'elle a pris, elle sera la première à les reconnaître et à y adhérer, et à se désister de tout projet contraire.
II n'est pas moins difficile de s'expliquer comment l'annexion de la presque totalité du duché de Varsovie à l'Empire russe et sa formation avec les provinces polonaises déjà sous ia domination russe, en un royaume séparé soumis à la dynastie de la Russie , peuvcfnt être considérées comme un devoir moral.
Si Sa Majesté Impériale est sérieusement convaincue de la nécessité d'améliorer la condition des Polonais, dans un autre but que celui d'une extension de territoire, on croit humblement qu'elle a entre les mains en ce moment un pouvoir suffisant pour atteindre cet objet ti l'égard des nombreux habitants polonais des provinces russes, y compris la part du duché de Varsovie qui lui revient. Une semblable tentative de cette nature quelque bienfaisante qu'elle soit ne nécessite pas l'agrandissement aussi énorme et aussi menaçant de son empire (enfin suffisant déjà pour tout projet d'ambition et plus que suffisant pour les besoins d'un bon gouvernement) aux dépens de l'honneur et de la sécurité future de ses alliés, en môme temps qu'en contravention avec ses propres engagements et ces principes de justice 8l de modération que Sa Ma-
^ lu r
i 612 POLOGNE.
! jesté Impériale a déclaré à tant de.rcprises différentes être les seuls guidesde sa
I conduite et qui eut si éminemment réglé sa conduite à l'égard de la France
• à l'occasion de la dernière paix.
(■ Sa Majesté Impériale devrait également cons'idérer jusqu'à quel point il serait
i' conciliable avec le devoir moral de s'embarquer précipitamment dans une ten-
; ' .tative qui causera certainement de l'alarme et du mécontentement parmi les
. puissances voisines et une fermentation politique dans ses propres dominations.
j Si le devoir moral exige que la position des Polonais soit améliorée d'une façon
[' aussi décisive que le rétablissement de leur monarchie, que celte œuvre soit
entreprise d'après un principe large et libéral, en en faisant de nouveau une
nation indépendante, au lieu d'en faire de plus des deux tiers un instrument
militaire formidable entre les mains d'une unique puissance.
I ""f Une telle mesure libérale serait applaudie sans opposition par toute l'Europe
et au contraire serait acceptés avec joie par l'Autriche et la Prusse tout à la
( fois. Ce serait , il est vrai une espèce de sacrifice, selon les calculs ordinaires des
États, de la part de la Russie: mais si Sa Majesté Impériale n'est pas prête à
,j; faire de tels sacrifices à l'égard de son propre Empire, elle n'a aucun droit
'j moral de faire de semblables expériences aux dépens de ses alliés et de ses
:l voisins.
' I ' On allègue de plus, qu'aussi longtemps que Sa Majesté Impériale tiendra
opiniâtrement à ce projet inadmissible, il sera possible aux plénipotentiaires
des puissances alliées de présenter des plans d'arrangement pour la reconstruc-
t|, tion do l'Europe , ou au présent congrès de s'ass.mbler officiellement pour dis-
"j cuter ou sanctionner a\icun projet.
J .Sa Majesté Impériale ne peut guère espérer que les plénipotentiaires de l'Au-
l triche et de la Prusse viennent, de leur propre mouvement, proposer en pré-
'1 scnce de l'Europe, l'abandon des frontières militaires de leurs Etals, comme
!,? une mesure saine et honorable. Il serait déraisonnable de leur part de faire une
telle démarche. Peuvent-ils en leur qualité d'hommes d'Etat (après avoir conçu
et signé la paix de Paris), recommander en présence de l'Europe et de leurs
"I propres sujets, une telle mesure comme étant de nature « à mettre finaux
■,•1 . « longues agitations de l'Europe et aux malheurs des peuples par une paix so-
p:[! « lide , fondée sur une juste répartition de forces entre les puissances et portant
[ i o dans ses stipulations la garantie de sa durée. »
I Les plénipotentiaires de la Grande-Bretagne , de la France et de l'Espagne et
, 1 probablement ceux des autres Etats de l'Europe grands et petits, ont la même
• { manière de voir à l'égard de ce projet. Dans quelle fâcheuse position sera donc
.> l'Europe, si Sa Majesté Impériale ne veut pas renoncer à son projet et est dé-
i f terminée à prendre possession du duché de Varsovie contre l'opinion générale,
■' et lorsque les plénipotentiaires des autres puissances chargés d'établir en Eu-
rope un nouveau système, en vue d'une paix permanente et solide, seront obligés d'informer les représentants de tous les pays, rassemblés à Vienne, de ; 1 leur impossibilité , par suite de la ligne de conduite ado['lée par la Russie, d'es-
|; P*^""^"" '^^ pouvoir en venir à une solution que par le traité de Paris ils ont prii
I ' l'engagement envers l'Europe de trouver après une si longue agitation et Uni
de souffrances.
Aucun autre mode ne peut Cire adopté à moins que Sa Majesté Impériale no condescende gracieusement à peser sérieusement les conséquences qui doivent résulter du projet qu'elle poursuit aujourd'hui. C'est i Sa Majesté Impériale d« juger de la conduite que réclament impérieusement les diffcreutes déclaration»
adressées à l'Europe en son nom, l'esprit des traites, l'honneur et la sécurité des alliés, l'opinion générale de l'Europe, ses éminentes vertus, le grand rôle qu'elle a pris , en face de l'Europe , dans une occasion au'^si solennelle que celle de la réunion des plénipotentiaires en un congrès général.
Réponse de V Empereur Alexandre à lord Casllercagh.
vienne , le 30 octobre 1814 '
J'ai tardé jusqu'à présent, mylord, à vous répondre, parce que j'ai voulu auparavant peser mûrement la force de chacun des arguments que vous cherchez à opposer aux déterminations que j'ai prises et que je vous ai confiées relativement au duché de Varsovie. J'ai eu aussi de la peine, je l'avoue, à comprendre vos motifs et leurs explications et à concilier vos démarches avec les sentiments que vous exprimez; et votre début au congrès avec la conduite passée de la Grande-Bretagne.
La forme que vous avez suivie est aussi celle que j'adopte. La réponse au Mémorandum contiendra la réfutation en forme d'une pièce que je ne puis envisager d'après les déterminations dont elle menace que comme un acte h. peu près officiel. Mais il m'a paru nécessaire, dans cette lettre particulière, de vous parler de ce qui fait l'objet de la vôtre.
Après une introduction dont je ne méconnaîtrai pas l'intention, vous dites, mylord, que vous me verrez, môme avec saiisfaclion, obtenir un agrandissement libéral et important du côté de mes frontières polonaises, un gage considérable de la reconnaissance de l'Europe, pourvu que ce ne soit pas en imposant à mes voisins un agrandissement inconsistant avec ce que des États indépendants se doivent les uns aux autres.
Comme je partage entièrement votre opinion à cet égard et que la réponse au Mémorandum prouve au long que je ne m'en suis nullement départi, je n'aurai rien à ajouter ici sur celte matière, sinon à vous témoigner ma surprise de vous voir renchérir sur les appréhensions de mes voisins.
Je passe donc à l'article où vous me rappelez des événements dont je ne perdrai jamais le souvenir, c'est-à-dire l'assistance franche et cordiale que j'ai reçue de la part de l'Angleterre, lorsque je luttais seul contre tout le continent conduit par Napoléon.