‹ Recueil des traités, conventions et actes diplomatiques concernant la Pologne (volume 2)Chapitre 83 sur 106 · Oginski, Mémoires, t. III, p · texte numérisé non relu

Oginski, Mémoires, t. III, p

Mémoire.

Saint-Pétersbourg, 1" décembre 1811.

Sire, Je crois qu'organiser une armée séparée, de Lithuanie , et faire valoir toutes les ressources que l'on peut tirer des provinces polonaises réunies à la Russie, avant de déterminer et d'assurer le sort de ceux qui les habitent, ne peutpoial { répondre aux vues de Votre Majesté Impériale, et au système que les circoa- , stances actuelles préservent de suivre. î

Je ne serais pas digne des bontés dont elle m'honore et de la confiance qu'elle • veut bien m'accordcr, si je séparais , pour un instant , le bien-ôtre de mcscomj patriotes des sentiments que je dois à Votre Majesté Impériale; mais l'un lient

I à l'autre, et autant que je serai empressé de solliciter une amélioration d'exis-

1 tence pour mes compairiotes, ce qui ne peut être que le résultat d'une nou-

J Telle organisation, autant je ne mettrai pas de réserve à vous faire connaître,

j Sire, tout le parti et les avantages que vous pouvez en tirer. j

j Je laisse à des personnes plus versées que moi dans la partie militaire, le soin

I ' de tracer un plan pour la formation de l'armée de Lithuanie, je ne pourrai que

; leur faire part de mes idées et de mes observations, mais je ne veux pas vcui

tromper, Sire, et avancer des choses qui ne pourraient pas être réalisées. Ce plan , pour être mis à exécution d'une manière efficace, utile à l'État et digu :' des sentiments magnanimes de Votre Majesté Impériale, demande à être précédé

I d'une organisation des goubernies de l'Ouest.

j Déjà la classe des paysans, dans cette partie de l'Empire, fournit autant de

) recrues qu'en fournissent les autres goubernies. Il n'y a que la classe de li

•I noblesse et les volontaires de tout état dont on pourrait encore tirer parti. Mais

) qu'il me soit permis de dire, avec franchise, qui est celui qui s'enrôlera pré-

! sentement de bon gré, et avec plaisir, pour porter les armes contre les Pûlo- ^

'j nais?... car c'est ainsi qu'il appelle les habitants du duché de Varsovie. On peji ï

, les forcer à servir; mais on ne peut pas maîtriser ses sentiments, qui serorit

',' tous pour la cause de ceux dont il voudrait porter le nom. Mais aussi, pour 1\

J] même raison , Sire , quel est celui qui ne se portera pas avec enthousiasme pour

^ servir Votre Majesté Impériale, lorsqu'il connaîtra ses intentions bienfaisantei,

ij et qu'il verra en elle le régénérateur de sa patrie ?

j Quoique Votre Majesté Impériale ait lu et entendu tout ce que l'on a pu faire

'I connaître sur le caractère des Polonais, ainsi que sur la nécessité et l'utilité du i

-I rétablissement de la Pologne, et, comme mesure préliminaire, sur l'organisa- |

tion de la Lithuanie , et quoique son génie , secondé de son cœur , voit tout , pc- i

ji nètre tout, et ne désire que de réparer le mal, j'ose encore toutefois réclamer '

l'attention de Votre Majesté Impériale sur quelques observations que je prend» , ! la liberté d'ajouter à la suite du mémoire que j'ai eu le bonheur de lui prc-

•1 senter au mois de mai.

,1 Un gouvernement anarchique, influencé par les puissances voisines, Joj

! troubles, des factions, des guerres civiles ont travaillé la Pologne depuis li

, ! commencement du dix-huitième siècle. Partagée à diiïérenlcs époques, cllo»

fini son existence politique au milieu d'une crise qui présageait déjA le bouleversement de l'Europe.

( On ne conçoit pas comment la nation polonaise, avec les impulsions que lai

{ donnaient les vices de son Gouvernement, avec le penchant pour le luie cl

I l'ostentatioa, et les mauvaises habitudes que les étrangers lui avaient faitcOB- -

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irjcler , ait conservé , au sein même (ie ses calamités, son énergie , son palriotijmc et un coura.sje ;\ toute épreuve. Ces qualités ne peuvent pas lui être coaleslées, et elles balancent bien la léj^éreté et l'inconséquen-e dont on l'accuse, Jcfaiits qui n'ont pris naissance que ilans l'anarchie du Gouvernement.

La Pologne j partagée entre trois puissances, a cessé d'occuper une place sur U carte de l'Europe, mais les Polonais ont toujours conservé leur esprit national.

Soumis par la force, attachés par devoir, et rêvant sans cesse au rétablissement de leur patrie, ils n'ont cependant pas discontinué de rester fidèles à leurs souverains respectifs.

Ceux que Votre Majesté Impériale a appelés à son service pour le civil, ceux qui sont placés dans ses armées, n'ont certainement pas donné sujet de plainte et ne l'ont jamais trahie. Tous ceux que Votre Majesté Impériale emploiera à quelque fonction que ce soit, en feront autant. Je ne dirai pas cependant que l'amour personnel qu'ils vous portent. Sire, ne soit un des plus puissants motifs pour les attacher à leur devoir.

Un élan patriotique qui a souvent fait commettre des imprudences aux Polonais, et que Napoléon a su si bien faire valoir pour les habitants de Varsovie et pour en tirer toutes les ressources possibles, les anime toutes les fois qu'ils entrevoient la possibilité du rétablissement de la Pologne.

Les mots pairie et civisme, que le système actuel adopté dans une grande partie de l'Europe, cherche à étouffer, sont encore chers a leurs cœurs. Les louvenirs de l'existence passée se retracent à leur mémoire; et, il ne faut pas se le dissimuler, les Polonais devenus sujets de la Russie, par droit de conquête, n'ont jamais voulu se désister du nom de Polonais.

Le bien réel des individus d'une nation ne tient point, à la vérité, au nom, et tous les changements arrivés en Europe ont confondu le sort des nations et la dénomination des pays, au point qu'il est devenu embarrassant, pour des millions d'individus , de désigner leur patrie et de choisir celle qui leur conviendrait davantage. Mais avec tout cela , ce mot patrie , qui était jadis l'idole chérie des hommes, et qui continue encore à avoir tant d'attraits pour ceux qui "conservent des principes d'honneur et de vertu , est le mot de ralliement des habitants de tous les pays conquis, et aucune force humaine, pendant plusieurs générations , ne pourra l'empêcher de se faireentendre. Est-ce intérêt? chimère ou prestige?... Il ne m'appartient pas de prononcer là-dessus, mais le fait existe, et les souverains ne sauraient trop le prendre en conaidération.

Voyons à présent si, indépendamment de la privation du nom de Polonais, à laquelle il a fallu se soumettre, les habitants de la ci-devant Pologne n'ont pas eu de motifs bien puissants de regretter leur ancienne patrie.

Les Polonais soumis à l'Autriche ont trouvé une langue qui leur était étrangère, des impositions bien plus fortes que celles qu'ils payaient autrefois, une forme de procédure dilTérenle; la chaîne d'anciennes habitudes interrompue, cl des vexations sans nombre dans les détails minutieux de l'administration intérieure.

Les Polonais prussiens virent tout à coup leur pays inondé d'une foule d'employés allemands, qui écartèrent tous les nationaux des places et emplois publics. Les formes ennuyeuses dans la marche des affaires, la longueur des procès et la nécessité de se servir exclusivement de la langue allemande, ainsi que le» chicanes et les déprédations des employés, rendaient ce Gouvernement odi«uz àknoblesM. L'agriculture et les manufactures y gagnaient, à la vérité;

mais c'était aux dépens des vexations et humiliations des nobles, c'est-à-dire de la seule classe qui formait jadis la nation polonaise.

Sous ce rapport, et sous quelques autres considérations, les Polonais réunis à la Russie se trouvaient beaucoup mieux ])arta;^és. Le rapprochement des langués, des usages, des habitudes, des goûts et des besoins rendait leur sort moins pénible. Les impôts ne furent point augmentés, les privilèges des nobles furent conservés ; la forme de procédure ne subit presque point de changementla libre élection des employés fut accordée. En un mot, les Polonais sujets russes, et particulièrement, qui furent mieux traités que partout ailleurs, trouvèrent bien des motifs de préférer leur existence à celle des Polonais autrichiens et prussiens.

Mais comment effacer tout à fait les anciens souvenirs? Comment faire oublier l'autorité suprême que les ambassadeurs de Russie exerçaient jadis en Pologne les confédérations et les guerres civiles qui en ont été la suite, les persécutions personnelles , les ravages des campagnes, la ruine de tant de familles, et surtout les humiliations que l'on a fait éprouver à la nation polonaise?

Les gens raisonnables, sans accuser le Gouvernement russe de toutes ces câhmités, n'en rejetaient l'odieux que sur les employés; mais le mal, pour cela n'en était ni moins grand ni moins vivement senti. Et depuis même que la Po. logne cessa tout à fait d'exister, combien peu d'employés ont répondu aux intentions du Gouvernement! Combien ne s'en est-il pas trouvé qui, traitant les Polonais comme des factieux et des révolutionnaires, leur refusaient même h protection dont jouissent tous les autres sujets de l'Empire.

C'est ainsi que, nourrissant le mécontentement de la nation, ils mettaier.! presque tous les hommes de mérite, et qui pouvaient être utiles dans le pays, dans le cas de fuir les charges publiques, et s'entouraient de ceux que ['imbition et l'intérêt conduisent à briguer des places. C'est ainsi encore que, représentant les premiers comme dangereux à l'Etat, et faisant valoir les seconds, ils donnaient une mauvaise idée des Polonais à Pélersbourg; ils entretenaier.i la méfiance des souverains à leur égard , et cachaient la véritable source du mal dont ils étaient principalement les auteurs; et c'est ainsi enfin que tout ce que les chefs de l'empire de Russie ont cherché à faire de bien pour guérir les plaies qui faisaient saigner les cœurs des Polonais, n'a produit que l'eiïet do palliatifs.

Il était réservé à Votre Majesté Impériale de trouver et d'empfoyer le seul grand remède à ta^t de maux et de calamités qu'ils avaient à éprouver; son cœur le lui a suggéré, .sa conviction le lui présente sans doute comme indispensable.

Les bienfaits que Votre Majesté Impériale a répandus l'année passée sur les goubernies de Grodno et de Wilno, et qui ont été si vivement sentis, r.e peuvent être regardés que comme des avant-coureurs d'une réforme générale dont elle a conçu elle-même le projet.

C'est ainsi que l'on cherche à représentera Votre Majesté Impériale les Polonais comme une nation inquiète , impatiente du joug de la Russie, et difficile i conduire. Du mode que l'on emploiera pour les gouverner dépendra tout le parti que l'on pourra en tirer. C'est à tort aussi que l'on veut (letrir la riputation des hommes à talent, dont souvent le caractère franc et loyal a été Uic d'esprit de révolte et d'insubordination. Ces hommes qui, à la distance de mil.o werstes de la capitale, paraissent inquiets et dangereux, sont tous des horomei qui n'ont que la maladie de vouloir porter le nom de polonais, et qui, oppclti

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p.ir Votre Majesté Tm[)6riale, seraient les premiers instruments de sa gloire et les plus (làvoués (le ses sujets.

Crovez-vous, Sire, que les habitants du diic(i6 de Varsovie, et que ceux de tos sujets polonais qui soupirent après le rétahlissemenlde la Pologne, aiment personnellement Napoléon? Non, sans douie; ils n'ont pas de motifs de lui porter des sentiments d'amour et de reconnaissance; mais il caresse leurs espérances, et ils voient en lui le régénérateur de leur patrie. Tournez, Sire, ces mêmes armes contre lui, et vous les verrez renforcer de tout l'attachement et de tout l'enthousiasme que vos qualités personnelles inspirent. En posant comme principe incontestable,

1» Que l'Empereur Napoléon, insatiable de guerres et de conquêtes, nelaissera pas jouir longtemps la Russie des avanta;;es de la paix;

2° Qu'il fera usage de tous les moyens possibles pour lui susciter des ennemis au dehors et pour remuer leur esprit au dedans;

3° Que le ressort le plus efficace qu'il puisse faire jouer contre la Rucsie est le rétablissement de la Pologne, il est hors de doute qu'il faut prévenir ses intentions, et que la force des mesures répulsives doit répondreà celle des moyens d'attaque.

Je ne doute nullement qne les armées russes ne tiennent tête aux armées françaises, mais qu'il me soit permis de mettre en doute la possibilité de contenir avec des mesures rigoureuses la tranquillité dans les Gouvernements limitrophes, et d'y empêcher l'influence étrangère.

Plus il y aura de victimes du fanatisme patriotique, et plus l'exaltation fera de progrès. Mais ce n'est pas assez: combien d'innocents n'y aura-t-il pas de confondus avec les coupables, lorsque les employés du Gouvernement prêteront l'oreille aux calomnies que des inimitiés et des haines personnelles se plairont à répandre! Le cœur de Votre Majesté Impériale en saignerait de douleur, la sûreté de l'État n'y gagnerait rien, et le nombre des souffrants et des malheureux augmenterait l'exaspération et le désespoir de ceux qui pourraient échapper à la surveillance et aux persécutions de la police. Il ne suffit donc pas d'avoir une armée respectable pour la conduire contre l'ennemi, il conviendrait d'opposer à Napoléon une force plus imposante, et c'est huit millions d'habitants sur lesquels il fonde principalement ses espérances, et qu'un mot do Votre Majesté Impériale attacherait irrévocablement à son trône. Il faudrait dissiper, par ce moyen, l'illusion des habitants de Varsovie, et transporter tout l'enthou^asme que leur inspire Napoléon sur la personne d'un Souverain qui, sans aucune vue d'ambition ou projet de conquête, assure l'existence et le bonheur de ses sujets Polonai.o, pour le seul plaisir de faire du bien et de garantir la tranijuillité et la sûreté de ses r;tats.

J'ose croire que Votre Majesté Impériale est persuadée de l'efficacité de celte mesure, et qu'elle n'est arrêtée dans l'exécution de ses projets que par l'incertitude, sur le mode le plus convenable à employer pour le réaliser. J'avoue que le choix de ce mode est embarrassant et présente plus de difficultés qu'on ne le croirait dans l'attente des événements qui vont suivre.

Lorsque, au mois de mai, j'ai pris la liberté de proposer à Votre Majesté Impériale l'organisation du duché de Lithuanie, je basais mon projet: 1* Sur la probabilité que les affaires politiques en donneraient le temps; 2" Sur la possibilité de l'effectuer comme une mesure d'administration intérieure, et qui ne tendait pas à provoquer la guerre; 3* Sur la certitude, sij 'ose le dire, que celte organisation servirait d'ache-

. iî

' minemenl au rétablissement de la Pologne, après avoir réuni le duché de Var-

sovie à la Lilhuanie , car je prévoyais que , tôt ou lard, cel'i devait avoir lieu. ' -, Si l'on pouvait supposer que les chofcs restassent statu qxio, je le répèle en-

'\ core la formation du grand duché de Lilhuanie serait la mesure la plus conve-

; ; nable , et qui pourrait suffire comme pour le moment où je la proposais; mais,

' Sire, si malgré les vues pacifiques de Votre Majesté, l'ennemi du repos del'Eu-

;>» rope trame des projets que l'on ne peut détruire que les armes à la main, si

•jl ses sourdes menées auprès des différentes cours de l'Europe, si ses nouvelles

f influences dans le grand duché de Varsovie et ses émissaires répandus dansles

■ États de Votre Majesté Impériale, dévoilent ses intentions secrètes et annoncent

. une rupture prochaine avec la Russie, une simple organisation du duché de

• Lithuanie ne peut être suffisante, et tout au moins elle ne saurait produire les

\ grands résultats auxquels on aurait pu s'attendre dans un état de paix et de

f tranquillité.

•î Elle servirait, à la vérité, aux habitants de la Lithuanie de témoignages des

'': intentions bienfaisantes de Votre Majesté Impériale; elle diminuerait en partie

; rinHuence de Napoléon sur l'esprit des Polonais , elle étonnerait les Varsoviens,

.'■i et an"aiblirait, jusqu'à un certain point, les espérances qu'ils fondent sur les

^É Polonais sujets de la Russie; mais elle n'éveillerait l'enthousiasme général, dans

"j\ le cas qu'on s'en occupât à la veille d'être menacé de la guerre.

•| Au moment même où l'Empereur Napoléon choisirait et nommerait un Roi de

■k Pologne, en prévenant Votre Majesté Impériale, toutes les sensations que l'or-

j ganisation de la Lilhuanie pourrait produire seraient évanouies.

1 Ce moment là, Sire, sera, je ne le cache pas, un moment de crise; et , ma'gre

j toutes les assurances que Napoléon s'est plû à donner à Votre Majesté Impé-

•' < xiale sur ce qu'il ne pensait pas à rétablir la Pologne, je suis intimement pe>

suadé que les premières hostilités seront accompagnées, et peut-être même précédées de la nomination d'un Roi de Pologne.

J'ai pris la liberté de dire, dans ce mémoire que j'ai présenté au mois de mai, que s'il était question, dès à présent, d'une guerre offensive ou défensive avec la France, il serait trop tard d'indiquer les mesures qu'on pourrait employer pour organiser les huit goubernies de la Russie qui faisaient autrefois partie de la Pologne, et que ce serait au sort des armes à fixer avec 11 victoire les de.stinécs de la Pologne. Si la guerre, dis-je, était imminente, il faudrait peut-être que Votre Majesté Impériale commençât à se déclarer Roi de Pologne, etc. , etc....

Ce que j'avais indiqué il y a six mois me paraît devoir être rappelé aujourd'hui, non que je pense que la guerre soit imminente, mais parce que la longueur de temps qu'il faudrait employer , pour l'organisation de la Lilhuanie ci pour l'établissement d'un nouvel onlre de choses , en reformant celui qui eii.s!c, pourrait peut-être nous rapprocher trop d'une époque où ces changements ne seraient plus qu'une demi-mesure.

Avec la certitude de conserver la paix, l'organisation de la Lithuanie deviil être regardée comme une mesure d'administration intérieure, et comme iclic on ne pouvait exiger de celte province que les avantages que le Gouvi'rncmcr.l retire des autres parties de l'Empire bien organisées et administrées.

Avec la certitude de la guerre, l'organisation de la Lithuanie ne peut èlrc envisagée que comme une mesure politique, dont le but est de retirer toutes U» ressources que le local du pays, et l'esprit bien dirigé des habitants pcuvtal fournir.

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Or, si le Duché de Lithuanio devait (5lre forme et organisé d'après l'indicatioa J'un système politique, il n'y a pas de doute qu'il no soit bien plus avantagenx nour la Russie d'en faire une Pologne, et à Votre Majesté Impériale de s'en Jédarer Roi.

Quels que grands que soient les avantages qu'il plairait à Votre Majesté Impériale d'accorder aux Lithuaniens, en organisant la Liliiuanie comme je l'avais proposé, ils ne pourraient pas aller de pair avec l'acte bienfaisant et magnanime du rélablissement de la Pologne, mais aussi, Sire, je ne saurais mettre de niveau les ressources que Votre Majesté Impériale pourrait en tirer dans l'un et l'autre cas.

Aujourd'hui, si Votre Majesté Impériale laisse ses goubemies de l'Ouest tels qu'ils sont, et désire y faire de nouvelles levées pour augmenter son armée, rien sans doute ne s'opposera à ses volontés , mais elle ne trouvera que des soldats contraints au service par l'obligation d'obé'r. Si, au contraire, elle se déclare Bot de Pologne, tout calcul sur la possibilité d'un nouvel enrôlement et sur le nombre des recrues disparaît, la reconnaissance et l'enthousiasme en connaissent plus de bornes ; tout homme en état de porter les armes demandera à être placé, et le courage naturel des Polonais, guidé par la sagesse de leur auguste chef, fera respecter dans toute l'Europe, la justice, la générosité et la bienfaisance du régénérateur de la Pologne.

Je crains, Sire, d'être trop long, mais le sujet m'entraîne malgré moi.

Si Votre Majesté Impériale était déterminée, h. commencer la guerre, je crois que le moment où les armées russes pénétreraient dans le duché de Varsovie, el entreraient en même temps en Prusse, où les armées prussiennes les recevraient comme des alliées et amis, serait le moment, Sire, où il conviendrait de vous déclarer Roi de Pologne. Mais ne voulant pas la guerre, et prévoyant cependant qu'elle est inévitable, et probablement très-prochaine, et, en outre, ayant la certitude que Napoléon cherchera à vous prévenir en nommant un Roi de Pologne, ne serait-il pas convenable de trancher le mot, et de prendre ce litre en formant, en attendant, un royaume de Pologne des huit goubernips que je proposais de réunir sous la dénomination de grand duclié de Lilhuanie.

Celte démarche déconcerterait infiniment les projets de Napoléon, et lui ôlerait de puissants moyens d'agir, et il est probable même que si l'on ne peut prévenir et empêcher par là la guerre, elle sera retardée, et laissera à la Russie le temps de s'y préparer, et peut-être même de l'éviter.

Napoléon aurait contre lui huit millions d'habitants, sur lesquels il croyait pouvoir compter. Il verrait disparaître l'enthousiasme des Varsoviens, dont il pouvait disposer jusqu'alors h son gré, et qui désireraient être réunis au nouveau royaume de Pologne, dont l'existence ne serait plus douteuse sous les auspices et sous la protection de Votre Majesté Impériale; et quel attrait resterait-il aux Français, aux Italiens et aux Allemands, pour aller cliercher des lauriers dans les frimas de la Russie?

La formation d'un royaume de Pologne est bien plus simple que l'organisation de la Lilhuanie. Il faudrait encore proposer, discuter et prescrire un nou- Tcau mode d'administration pour la Lilhuanie. Tandis qu'en prononçant l'existence de la Pologne, tous les Polonais viendraient se ranger sous l'ancienne forme du Gouvernement qu'on rétablirait, avec des modifications que sa réunion à la Russie et les circonstances présentes rendraient nécessaires.

▲u reste , cette nouvelle Pologne pourrait continuer k 6tre gourerné* et di-

Réponse verbale de VEmpereur Alexandre I" au Mémoire ci-dessus, faite le 15 décembre 1811.

J'ai lu avec le plus vif plaisir votre Mémoire. Je vois dans tous vos projets la pureté de vos intentions, jointe à beaucoup de prudence, puisque tout en cherchant le bien-être de vos compatriotes, vous ne me compronnettez pas. Tous les moyens que .vous m'indiquez peuvent être communiqués à tous ceux que

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visée en huit goubernies, comme elle l'est présentement, jusqu'à la fin de | la guerre. Des personnes choisies pour diriger une conslilulion s'occuperaient |

du plan de l'administration gcncraie, et en attendant, une proclamation de , ! Votre Mnjcsté Impériale, comme Roi de Pologne, adresr.ée à la nation polonaise, }

avec la promesse de lui accorder une constitution rapprochée de celle du 3 mai, 4

à laquelle elle a toujours attaché tant de prix, porterait l'enthousiasme dans \ toutes les familles. î

Il ne serait pas nécessaire, pour cela, de changer inopinément la forme de l'administration présente; les changements et améliorations pourraient être ?

progressifs. On croira à votre parole. Sire, la proclamation produira son efTct, \ et tous les cœurs polonais seront à vous. Oui, Sire, j'en suis persuadé, et je ;'

puis dire avec certitude qu'il ne se trouvera pas, après cela, un seul habitant | du duché de Varsovie, qui ne désire impatiemment de partager le sort de ses | compatriotes lithuaniens. •

Au reste , je finirai par un argument qui me paraît sans réplique. Les chances ' de la guerre sont toujours incertaines : les armées de Votre Majesté Impériale ' peuvent être victorieuses ou essuyer des revers; dans le premier cas, Votre Majesté , en occupant le duché de Varsovie , le réunirait au reste de la Pologne, et fixerait à son gré le sort de ce royaume, dans le second, les armées ennemies, en pénétrant dans la partie polonaise réunie à la Ru.ssie, y trouveraient plus ou moins de partisans, en raison des motifs que les habitants trouveraient de se livrer à Napoléon, ou de rester fidèles au souverain qui a fait pour eux tout ce qu'ils pouvaient désirer.

Or, il est facile de déterminer les chances de la guerre par un calcul trèssimple.

En laissant à Napoléon le temps de nourrir l'exaltation des Varsoviens, de travailler l'esprit des Polonais soumis i la Russie, et de proclamer un Roi de Pologne, tous les avantages sont pour lui : en le prévenant, en faisant usage j des mesures que j'ai indiquées, on lui ôte une grande partie de ses moyens, i qu'il fonde particulièrement sur l'appui des Polonais , et on aiïaiblitpar là même \ toutes les autres ressources qui restent à sa disposition. ï

Voilà des résultats que plusieurs coalitions n'ont pu produire, et auxquels on | doit s'attendre, si, en même temps qu'une armée formidable gardera les fron- ! tières de l'Empire, et arrêtera les progrès de la guerre dans l'intérieur. Votre Majesté Impériale réalise le projet du rélablisiemcnt de la Pologne^ ce projet, si digne d'elle, et qu'un concours de combinaisons politiques paraît rendre aussi simple dans son exécution qu'indispensable pour rétablir la paix et la tranquillité de l'Europe.

M. C. Oginski.

j'appellerais h mon conseil, et ils ne peuvent que mériter l'approbation de tout homme sensé. Le rétablissement de la Pologne, tel que vous me le proposez, n'est nullement contraire aux intérêts de la Russie; ce n'est point une aliénation des provinces conquises; j'y trouve, au contraire, une barrière puissante pour l'Kmi»ire en attachant aux intérêts de la Russie des millions d'habitants qui ne peuvent encore oublier leur ancienne existence indépendante ; ils pourraient être heureux et contents s'ils avaient une constitution. Quant au titre, pourquoi ne prendrais-je pas celui de Roi de Pologne, si cela peut faire plaisir à tous les Polonais? Néanmoins, il faut attendre les événements.... Aujourd'hui, j'ai reçu des nouvelles plus satisfaisantes et qui me donnent quelque espoir que nous n'en viendrons point à une rupture ouverte avec Napoléon.... Mais, dans tous les cas, je veux que vous me donniez les noms de ceux de vos compatriotes que nous pourrions charger de préparer un plan d'organisation pour les huit goubernies qui doivent composer la Lithuanie et la Pologne. Je voudrais en avoir un dans chaque goubernie. Je me fie à vous quant au choix*.

Ullre du prince Xavier Druçki-Lubeçki, maréchal de la noblesse de la goubernie de Grodno, adressée au prince M. C. Oginshi, relative à l'amélioration et à V émancipation des paysans polonais, dans l'organisation projetée de la Lithuanie.

Grodno, 8/20 janvier 1812.

Je vois mon cher comte, par votre lettre, que l'objet dont nous nous somriies ti souvent occupés dans nos rêveries sur le bien public vous est toujours pré- »f!it. C'est un sujet bien riche et pourtant bien simple dans ses principes que tout ce qui établit, le bien-être des classes inférieures de l'État, le bien-être l'jrlout des paysans, cette cheville ouvrière de l'industrie générale, qui, élevés dans l'obéissance et l'activité, ne demandent pour prix de leurs travaux que de n'être pas opprimés, et auxquels on refuse souvent ce seul acte de justice.

Lorsque je touche celte corde si intéressante en matière publique, et que je parle à vous, cher comte, je ne puis me défendre de me reporter en idée à ce temps de la régénération de la Pologne, à laquelle vous avez pris part; à cette

? 1. Voici les Lithuano-Rutheniens proposés: Xavier Lubeçki, pour Grodno; Thomas Waicrzeçki, pour Wiino: Vincent Giccietcicz , pour Minsk. Josrph Smdurski, pour Witebsk; Louis Platcr , pour Mohilew; Kasimir Lubomirski , piur la Wolynie; Thadé Csaçki, pour la Podolie ; Adam Riewuski, pour iiiiovie, ou Ukraine polonaisecis-Borystane.

Diète constituante de 1791, où les nobles, quoique maîtres absolus de leurs paysans, ont senti que la religion, les principes de justice gravés dans leur cœurs, l'intérCl général du pays, l'intérêt bien entendu des individus mêmes ordonnaient d'assurer le sort des paysans, et de donner un état à cette class* nombreuse de la société.

Cependant, je l'avoue, je ne sais ce que je dois admirer davantage des principes de philanthropie dont les membres de la Diète ont donné une si belle preuve, ou de la modération et de la sagesse avec laquelle ils ont su réprimer l'enthousiasme pour le bien qui les animait alors.

Propriétaires eux-mêmes, ils ont senti dans toute sa force ce qui pourrait s'ca suivre d'une marche trop précipitée, ils ont senti les dangers qui menaçaient l'État, et de la part de la classe des paysans, trop peu avancés encore pou; qu'on pût l'attacher aux intérêts de la patrie et de la part de beaucoup lij nobles que cette démarche générale potvait blesser dans leurs intérêts particuliers.

La Diète a suivi alors ce grand principe politique, qu'en faisant lebicn.il s'agit plus de le faire que de le nommer, que si clic accordait des jircrogalivcs tout en conservant son autorité, ce bienfiit attacherait la classe des paysans aux intérêts des noble> et à l'intérêt public, tandis qu'en établissant subilement le principe de l'égalité, on détruisait l'illusion salutaire, et on ne [erui que des ingrats perdus pour le bien de l'Etat dont ils ne s'étaient jamais occupés. Aussi , en proclamant la liberté des paysans , la Diète l'a fait avec digniié, et les nobles, en cédant de leurs droits, se sont déclarés eux-mêmes les protecteurs du bienfait (ju'ils ont accordé à leurs sujets.

On ne pouvait pas donner des droits politiques à des hommes qui n'ea auraient pu sentir le prix; mais en assurant leur liberté civile, et en garanlisjac! leurs propriétés par le caractère sacré qu'on a donné aux contrats faits avK leurs maîtres, contrats obligatoires pour les deux parties, on a posé la hm de leur prospérité future, qui devait rendre par la suite leur émancipatio: possible.

Qu'il y a loin de l'esprit dans lequel la Diète a proclamé la liberté des paysans à celui dans lequel, de nos jours, on a exécuté cette mesure chez nci voisins! Mais aussi, quelle posi'.ion diiïérente pour comprendre les véritaLh rapports des paysans et l'influence de cette mesure sur la prospérité du pay-l Chez nous, c'était une Diète composée des propriétaires réunis pour s'occufcr ■des intérêts les plus chers de leur patrie; là, c'est la suite de l'imiulsion d'u: principe généralement en vigueur en Europe, sans consulter le degré de civilisation du pays. Cependant je pense que l'émancipation graduelle des paysara est une des preuves parlantes de la sage-^se des principes adoptés par la Dièlt. Ces principes que la Conslilution du 3 viai avait adoptés, ont continué i être en vigueur sous le régime prussien ; ainsi voyons-nous les paysans parvenus, dans l'espace de seize ans , à une condition qui a permis de les délivrer sans danger. Mais chez nous, en Lithuanie, où les conséquences nuisibles que h liherié des paysans aurait pu produire sur les provinces de l'intérieur orJoûnaient d';ibandonner encore une fois les paysans à la merci de leurs maiircj, ils sont restés tels qu'ils avaient été avant la Diète de n91 , et pis encore danj toutes les terres où des propriétaires peu éclairés se sont prévalus de leurs ïdciens droits sur les paysans.

Qu'il est à regretter que nos provinces polonaises réunies à l'Empire aic&i perdu seize années de temps pour les progrès de leur civilisation, et que le Ltiu

règne d'Alexandre n'ait pas lui plus tôt pour nous'!... Cependant, que ne pouvons-nous et que ne devons-nous pas attendre des lumières et d s intentions bienfaisantes de notre souverain législaleur?... J'aime à me flatter do j'cspoir qu'il posera les bases de l'amélioration de l'état de nos paysans, en travaillant par degrés à leur délivrance, comme l'a fait la Diète de 1701 , et pourvu qu'on ne choque pas, par une conduite trop précipitée, les intérêts des nobles, ils se prêteront certainement volontiers aux sacrifices d'une partie de leurs droits pour assurer graduellement le bien-être des paysans.

Peut-être ffludrait-il, pour développer les difTérentes considérations locales et indispensables, avant de mettre en exécution une mesure de ce genre, confier à un comité composé de nationaux l'accomplissement de cet ouvrage et dans ce cas , l'humanité et le bien public demanderaient qu'on ne tardât pas de mettre la chose en œuvre. Mais je m'aperçois que ma lettre dépasse les bornes où je devais la renfermer. Je sais qu'en parlant de l'intérêt public, on ne risque pas de lasser votre patience; mais je sens qu'il ne faut pas aussi abuser, de votre indulgence, et surtout lorsque peut-être il n'est question que de rêveries....

Je suis , etc. , etc.

F. X. Lubeçki.

Traité d'alliance entre V Autriche et la France.

Paris, le 14 mars 18Î2^ Articles séparés et secrets.

Art. V. Dans le cas où, par suite de la guerre entre la France et la Russie, le royaume de Pologne viendrait à être rétabli, S. M. l'Empereur des Français garantit spécialement, comme elle garantit dès à présent à l'Autriche, la possession de la Galicie.

Art. VI. Si le cas arrivant, il entre dans les convenances de l'Empereur d'Autriche de céder, pour être réunie au royaume (le Pologne, une partie de la Galicie en échange des provinces illyriennes, S. M. l'Empereur des Français s'engage, dès à présent, h consentir à cet échange. La partie de la Galicie h céder sera déterminée d'après la base combinée de la population, de l'étendue, des revenus, de sorte que l'estimation des deux objets de l'écht-.nge ne soit pas réglée par l'étendue du territoire seulement, mais par sa valeur réelle.

1. On sait que c'est Catherine II, Paul I", et môme Alexandre I", comme Nicolas I" qui empêchaient les nobles et les propriétaires deLilhuanie et de Ruthenie, rt émanciper les paysans. En 1857. les Lithuaniens furent les premiers i provoquer, auprès d'Alexandre II, cette émancipation.

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