‹ Recueil des travaux chimiquesChapitre 25 sur 40 · QUININE · texte numérisé non relu

QUININE

l.° Si l’on met une petite quantité de quinine dans un verre de montre et si on la traite par une goutte d’acide azotique, elle se dissout en produisant une

coloration très-légèrement jaunâtre. Si l’on y jette alors une goutte d’une solution de proto-chlorure d’étain, il se manifeste immédiatement un précipité sous forme de lait caillé, et la masse étant agitée à l’aide d’une baguette de verre devient incolore par suite de la dissolution du précipité.

L’action subséquente de la solution du sel d’étain est sans doute réductrice, le protochlorure passant à l’état d'oxychorure, ainsi que l’indiquent les flocons sous forme de lait caillé.

2. ° Bien que l’acide sulfurique concentré n’agisse à lui seul comme un oxydant, nous ferons réagir cet acide avant tous les autres essais, afin de mieux saisir les différences, lorsque nous l’employons plus tard en compagnie du bichromate de potassium ou du pèroxyde de manganèse, cas où se manifestent des actions oxydantes.

L’acide sulfurique concentré réagissant sur la quinine se combine à elle et lui communique un reflet opalin.

3. ° Si l’on dissout la quinine dans de l’acide sulfurique et si on y jette ensuite du bichromate de potassium en poudre fine, en mélangeant le tout avec une baguette de verre, il se manifeste immédiatement une coloration vert sombre, avec effervescence après laquelle la coloration vire vers un beau vert-

éméraude. Après quelques minutes, le vert passe peu à peu au jaune d’or. Le protochlorure d’étain fait disparaître la coloration verte.

On sait que l’action de l’acide sulfurique sur le bichromate de potassium produit de l’oxygène à l'état naissant, et c’est la grande activité de cet oxygène qui est la cause des phénomènes de coloration décrits ci-dessus.

4. ° Quelques cristaux d’acide chromique chauffés avec la quinine la carbonisent, avec une déflagration manifestée par des étincelles rouges et une flamme blanche. Mais si nous faisons agir une solution d’acide chromique sur la quinine et si nous chauffons ensuite, la liqueur devient couleur de caramel et se trouble par le refroidissement en déposant une poudre jaunâtre.

Dans le cas que nous examinons, lorsqu’on agit par voie sèche, la molécule de la quinine se détruit sous l’influence delà chaleur et de l’acide chromique, dont l’oxygène se combine à l’hydrogène de l’alcaloïde pour former de l’eau ; il se forme aussi de l’ammoniaque et del’anhydride carbonique, et il reste du charbon comme résidu d’une combustion incomplète.

5. ° Iode. — La quinine broyée avec l’iode prend une coloration jaune brun. Si l’on chauffe, la colora-

tion vire vers le noir, en laissant dégager des vapeurs d’iode.

Dans cette réaction l’iode s’additionne probablement à la molécule de l’alcaloïde, lorsqu’il agit à froid ; à chaud une partie de l’iode fixé se dégage et l’autre partie se transforme en acide iodique, qui brûle incomplètement la quinine.

6. ° Brome — Le brome attaque énergiquement la quinine, en la convertissant en une masse dure et gluante, comme résineuse, d’une couleur rougeâtre. Les vapeurs de brome se bornent à jaunir la quinine.

7. ° Chlorate de potassium. — La quinine mêlée avec ce sel réduit en poudre et chauffée dans une capsule, s’enflamme à la température de 60° environ, avec explosion et une belle flamme blanche très brillante, accompagnée d’étincelles rougeâtres. Le mélange fond, et on ne remarque aucun résidu charbonneux.

Tout le monde connaît la propriété comburante du chlorate de potassium sur les corps organiques, propriété dont Thénard profitait pour les analyses élémentaires. Le tumulte de la réaction, la rapidité de l’oxydation, l’énergie qu’elle manifeste, rendent très intéressante cette expérience que nous reproduirons avec les autres alcaloïdes.

8. ° Acide iodique. — Si l’on fond de l’acide iodique et si on jette de la quinine pendant qu’il est en fusion,

jj se dégage des fumées très-épaisses d’iode et différents g*az. Il y a une déflagration violente, l’alcaloïde brûle avec une flamme rouge et reste réduit à l’état d’un charbon poreux et léger.

9. ° Bichromate de potassium. — La quinine est attaquée par ce sel déjà à 50° — 55°.

Il se dégage des fumées verdâtres et il reste du charbon.

10. Solution de proto-chlorure d’étain. — Nous analvserons l’action réductrice du sel d’étain en contre-

position aux actions oxydantes. Ainsi, si on jette de la quinine dans une solution de sel d’étain (à froid), elle ne se dissout pas, mais elle se colore en jaune. Elle se dissout à chaud, en prenant la même coloration. Cette coloration passe à un beau vert-éméraude, par le bichromtae de potassium en poudre ; ce qui indique que ce corps cède de l’oxygène après l’action réductrice du proto-chlorure d’étain.

La coloration jaune passe de même au vert par l'addition de cristaux d’acide chromique, et il se produit alors une forte explosion, si la solution est légèrement chauffée.

La coloration jaune ne s’altère pas par l’action du chlorate de potassium en poudre, mais il y a un fort dégagement de, chlore et d’autres gaz surtout si l’on chauffe.

L’acide iodique ne change guère la coloration jaune, mais si l’on continue à chauffer il se forme un magma cristallin jaunâtre.

11. Acide arsénique. — La quinine chauffée avec de l’acide arsénique se carbonise au-dessus de 50°; il s’exhale une odeur aromatique.

12. Acide sulfurique et peroxyde de manganèse. — Si l’on dissout la quinine dans de l’acide sulfurique et si on la mélange ensuite avec du peroxyde de manganèse il se manifeste, sous l’action d’une douce chaleur, une coloration jaune. Si l’on chauffe plus fortement, l’alcaloïde se carbonise et il se dégage des fumées blanches irritantes, provoquant la toux. Ces fumées condensées dans un récipient ont donné les caractères de l’acide acétique.

Pour éviter des répétitions, nous résumerons dans le tableau ci-contre les réactions des oxydants sur les autres alcaloïdes .

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