NATURELS
Les recherches chimiques qui se multiplient partout d’une façon vraiment prodigieuse, ont tellement agrandi le champ de la science, qu’il sera bientôt nécessaire de sous-diviser la matière qui constitue les connaissances chimiques en sections différentes, chacune formant à elle seule une branche à part. La chimie organique surtout s’accroît tous les jours rapidement, s’enrichissant de nouvelles individualités, de nouvelles réactions et de nouveaux procédés opératoires.
La facilité que possède la molécule organique de se modifier régulièrement si l’on prend pour guide l’arrangement constitutionnel des molécules génératrices, a permis la préparation d’une foule de nouveaux dérivés, dont l’étude à éclairé l’histoire de
beaucoup de corps, qui auront probablement à l’avenir des applications utiles et variées.
La tendance de l’école moderne est toute constitutionnelle, et nous applaudissons, en ayant toutefois la crainte de ce qu’elle ne dégénère pas en une fureur exagérée, nuisible, il nous semble, aux progrès des doctrines et des applications techniques, car on tombera ainsi dans un exclusivisme systématique des plus stériles.
A combien d’erreurs en effet peut donner lieu cette fièvre de vouloir trouver le groupement atomique des molécules, lorsqu’on n’a dans l’esprit que des idées préconçues ! Combien de démentis à des hypothèses engendrées beaucoup trop vite ne viendrapas donner plus tard la froide expérience et la scrupuleuse observation des faits !
On admet souvent très-légèrement l’arrangement structural des molécules, sans la confirmation bien constatée de nombreuses réactions fondamentales ou sans que la synthèse, ratifiant les résultats analytiques ne vienne mettre hors de doute par la reconstitution moléculaire les données qui ont servi à construire l’édifice.
Présentement, un grand nombre d’investigations se portent, surtout en Allemagne, sur les composés aromatiques.
On a obtenu d’innombrables dérivés de cette vaste série par l’introduction de différents radicaux, soit acides, soit alcooliques etc., dans la molécule des corps qui ont pour noyau la chaîne des dérivés de la benzine.
Cette prédilection a fait tomber dans l’oubli l’étude d’autres classes non moins importantes et beaucoup plus obscures, parmi lesquelles se trouve le grand groupe des alcaloïdes naturels, dont la constitution est encore un mythe et dont les réactions ne sont pas conséouemment explicables à l’aide des relevés phisolophiques qui sont l’apanage de la chimie moderne.
Lorsque cette partie de la science aura pris le développement auquel elle est destinée, elle formera à elle seule un embranchement séparé, V alcaloidologie , tant et tellement nombreux sont les faits que peuvent engendrer les alcalis organiques, sous des influences de toute nature.
Nous allons exposer quelques expériences, accomplies dans notre laboratoire, relativement à l’action des oxydants sur les alcaloïdes naturels.
La pratique de ces expériences nous a fourni l’occasion de noter l’abondance de nouvelles réactions dont sont susceptibles les alcaloïdes, dont quelques unes se montrent très-propres à les caractériser.
Nous sommes parvenu à obtenir, au moyen d’influences oxydantes énergiques, telles que celles produites par les acides minéraux, des matières douées de couleurs variées, que nous avons isolées en petite quantité, attendu que nous n’avons eu à notre disposition que de provisions peu considérables de matière première.
Plus tard, nous nous appliquerons à déterminer la composition centésimale de ces divers corps, qui semblent être autant de matières colorantes, ce qui nous porte à penser qu’en partie au moins, il entre des radicaux aromatiques dans la molécule des alcaloïdes. Nous disons en partie, parce que nous avons vu se manifester des radicaux d’une autre nature, comme l’acétyle, le formyle, etc., sous l’action des oxydants. Le groupement des alcaloïdes paraît très-complexe ; des radicaux de différents genres y entrent, en proportions diverses ; mais ce qui est le plus probable c’est que la molécule alcaloïdique dérive de l’ammoniaque par substitution de l’hydrogène de celle-ci par des radicaux alcooliques d’une part, et d’autre part par des radicaux oxygénés ; c’est-à-dire que les alcaloïdes représentent en général un groupement mixte, amidé et aminé à la fois.
La plus grande difficulté consiste à déterminer l’espèce de radicaux de ces deux genres qui figurent dans la molécule alcaloïdique. Cette étude est des
plus intéressantes et n’a pas encore été poursuivie avec la persistance qu’elle mérite ; elle aurait amené à des résultats inespérés et sans doute à la synthèse de beaucoup d’alcaloïdes fixes.
Sans promettre de présenter des résultats extraordinaires, nous allons montrer maintenant tout ce que nous avons trouvé d’intéressant en essayant l’influence des oxydants sur les alcalis organiques.
Nous examinerons d’abord l’action des corps suivants sur la quinine :
Acide nitrique, acide sulfurique et bichromate de potassium, acide cbromique, chlorate de potassium, acide iodique, acide sulfurique, et peroxyde manganèse, bichromate de potassium, brome, iode.
Ensuite, nous réunirons dans un tableau synoptique les mêmes influences sur les autres alcaloïdes.
Les alcaloïdes qui ont fait l’objet de notre étude sont les suivants:
Quinine, cinchonine, morphine, codéine, émétine, péreirine, aconitine, vératrine, caféine, strychnine et brucine.