FIG. I B
J±3fc3
RÉSUMÉ DE QUELQUES OBSERVATIONS SUR DES CAS DE FIEVRE JAUNE TRAITÉS BAR LES INJECTIONS DE SALICYLATE DE SOUDE.
Marie, brésilienne (Cearâ) demeurant à la Place Pedro 11 n. 112, âgée 28 ans, entrée le 17 février 1880 et ayant 5 jours de maladie. Elle présente de l’oppression épigastrique, de l’an xiété extrême, des vomissements jaunes.
Température 38°, 7. Pouls à 100. Forces prostrées. Le premier jour j’ai pratiqué sous la peau du ventre une injection de 20 centigrammes de salicylate de soude.
Le lendemain (24 heures après), la maladie était restée à peu-prés stationnaire. J’ai pratiqué une nouvelle injection de 40 centigrammes.
Après 24 heures, l’état de la malade était le meilleur possible. Apyrexie complète. La langue qui était recouverte d’un enuuit blanchâtre s’est tout-à-fait nettoyée. Les vomissements ont cessés. Les points des piqûres présentent une pustule entourée d’une aréole rouge. Cette malade n’a pris intérieu-
renient que de l’eau légèrement alcoolisée pour modérer la soi!'. (Eau 400 grammes.— Eau de vie 8 grammes.)
Le 21, elle a éprouvé un fort accès de fièvre intermittente. J’ai lui ai administré 8 décigrammes de sulfate de quinine. Le 22, elle se trouve mieux. Le 23, rien de nouveau. Convalescence. Guérison. (Sortie le 30 mars.)
Guilhermina Augusta, 25 ans, portugaise, demeurant à Pedra do Sal n. 6. Entrée le 24 Février 1880. 4 jours de maladie. Anxiété extrême. Oppression épigastrique. Albumine dans les urines. Vomissements. Pouls à 99. Température 38°, 9. Elle avait pris une seule dose de calomel et d’huile de ricin. Je lui ai fait une injection de 20 centigrammes de salicylate de soude sous la peau du ventre. Le lendemain, apyrexie, langue plus propre, aucune agitation. Elle répond bien à toutes les demandes qu’on lui fait. Elle a reçu une autre injection de 40 centigrammes de salicylate. Le 22 la malade présente encore des nausées, mais elle est apyrétique. Le 23 rien de nouveau. La convalescence s’établit. Guérison.
nr
Garolina Alves, 33 ans, portugaise, demeurant la rue dos Barbonos n. 31. 2.me période de la maladie. Hémorrhagies. Vomissements. Pétéchies. Oppression et agitation. Température 38°, 1. Pouls à 76. Langue recouverte d’un enduit blanchâtre. 4 jours de maladie. Entrée le 26 février. Je lui ai fait une injection de 20 centigrammes de salicylate. Le lendemain, température à 37°, 2. Pouls a 72. Pas d’oppression. Langue propre. Je lui ai fait une nouvelle injection de 24 centigrammes de saliey-
late. Le 25, fièvre nulle. Le soir accès intermittent, qui a cédé a une dose de sulfate de quinine. Le 26, rien de nouveau. Convalescence. Guérison.
Louise Wilkens, 29 ans, allemande, demeurant â Nithérohy, entrée le 28 février. Elle n'a pris qu’un purgatif avant son entrée Pouls â 102. Température 39°, 6. Forte oppression. Agitation. Vomissements. Elle n'est au Brésil que depuis 2 mois. Tout son traitement a consisté en injections de salicylate comme dans les cas précédents. Après 2 jours, tous les phénomènes cessés. Convalescence. Guérison. Sortie le 7 mars.
Louis Athamè, jardinier, français, 26 ans, constitution forte, tempérament sanguin. Arrivé de Saint Paul depuis 1 mois, 4 jours de maladie. Température 39®. Pouls 82. Nausées fréquentes. Soif intense. Langue blanche. Oppression. Agitation. Je lui ai fait une injection de 55 centigrammes de salicylate. Le lendemain (2 mars), fièvre encore intense. Vomissements. Hémorrhagies. Je lui pratiqué une injection de 1, ër- 20 de salicylate, le matin. A partir de ce moment une autre injection de 80 centigrammes. Dès lors le malade a éprouvé des améliorations progressives. Il ne se plaint que de faiblesse les jours suivants. Convalescence, Guérison. Sorti le 10 mars.
Antonio Capharo, italien ; est entré â la deuxième période Adynamie. Hémorrhagies par les gencives. Délire. Tempéra, ture â-peu-près normale. Pouls â 64. On lui a fait 4 injections
de salicylate, une par jour, â petites doses. Gargarismes de salvcilate de soude. Les hémorrhagies cessent par ce traitement. Après 6 jours de traitement, il s'est rétabli. Sorti le 5 mars.
vu
Theresa Polufa, italienne, arrivée au Brésil depuis 15 jours, entrée de 1er avril avec 8 jours de maladie. Elle se trouvait lors de son entrée â la 2me période de la maladie. Son pouls marquait 96 battements. On lui a fait le 1er avril une injection de 60 centigrammes de salicylate de soude. Deux minutes après, le pouls est descendu jusqu'à 82. Le jour 2 on a répété l’injection avec 30 centigrammes. Malgré cela, le soir des hémorrhagies et du vomissement noir. Pouls â 85. Température le 3 : 38°, 3. Mort le 4. Il faut faire remarquer que le vomissement noir et les hémorrhagies ont paru après un fort orage. On sait quelle influence fâcheuse ont les changements brusques de l'atmosphère sur la marche de la fièvre jaune.
Amalia Heite, autrichienne, 23 ans, demeurant â Cosme Velho, entrée 14 avril, présentant tous les phénomènes caraciérisques de la deuxième période, (hémorrhagies, vomissements, etc). On lui avait prescrit du calomel. Nous avons fait tout cesser et appliqué une injection hypodermique de salicylate de soude de 15 centigrammes, (le 14). Le 15 nous en avons fait une autre de 40 centigrammes. Après cette médication tous les phénomènes graves ont cessés. Le 16 on a répété une injection de la même dose. Le 16 au soir, accès de fièvre. J’ai lui ai prescrit 40 centigrammes de sulfate de quinine. L’accès, qui était d’après les caractères celui d’une fièvre intermittente, n'est plus
revenu. Pour toute boisson, cette malade n'a pris que de la limonade sulfurique. Guérison. Sortie le 26 avril. Cette malade était nouvellement venue de Rio Grande do Sul.
Angelina Rosa Gomes, 23 ans, constitution très forte, portu gaise, arrivée au Brésil depuis très peu de temps, demeurant rue du Théâtre 33. Entrée le 25 mars ; elle n’était malade que depuis un jour. Elle présentait tous les symptômes de la première période de la fièvre jaune. Oppression des plus atroces, forte injection des conjonctives, agitation, vomissements fréquents. Température â 39*, 8. Je lui ai fait une injection de salicylate de soude de 80 centigrammes (le matin). Le soir elle s'est refusée â une autre injection. Mais le jour 27, elle l'a reclamée elle même, et nous lui avons appliqué une injection de i,gr.60. La température avant cette injection était de 39°, 5* Le jour 27, nous avons trouvé de l’albumine dans l’urine^ révélée soit par la chaleur, soit par l’acide nitrique. Le 27, nouvelle injection de 80 centigrammes. L'oppression cesse. Les vomissements sont plus rares. Les améliorations continuent jusqu’au 30, où la température n’est que 38°, 5, â huit heures du matin. La malade est devenue ictérique, mais les symptômes graves de la fièvre jaune ont disparu.
Pendant la convalescence de la fièvre jaune cette malade a eu de la fièvre intermittente compliquée de bronchite capillaire, et une congestion hépatique. Guérison Sortie le 26 avril.
Nous pourrions présenter le résumé de beaucoup d’autres cas. Mais il suffit de ceux-ci pour donner un échantillon de la rapidité d’action du médicament. Un fait remarquable et singulier qui mérite d'être signalé c’est l'absence de la couleur ictérique chez les malades traités par les injections de salicylate.
On sait que la couleiu icterique n’est pas un phénomène constant dans la fièvre jaune ; cependant elle se manifeste souvent. Cec* prouve encore que réellement le salicylate fait avorter la maladie, ne donnant pas le temps â ce que les cryptococcus épanchent, par suite de leur désagrégation, le pigment jaune qui entoure leurs sporules, et qui étant résorbé va colorer le tissu du derme et les cellules de l’épiderme.
EXPÉRIENCES D’iNOCULATION.
Nous n’avons pas eu le temps de compléter ces expériences, que nous continuerons à la première occasion. Cependant, le Dr. Araujo Gôes et moi avons inoculé du vomissement noir type chez un singe. Après 15 jours environ, un abcès s’est produit au point de la piqûre. Le singe est devenu triste et a eu de la fièvre, sans manifester aucun symptôme de fièvre jaune. Toutefois, il a maigri de plus en plus et est mort. On a pratiqué l’autopsie et on a trouvé des tubercules dans le tissu des poumons. Nous ne pouvons pas garantir que ces tubercules aient été causés par l’introduction du vomissement noir dans le sang du singe ; ce qui d’ailleurs ne serait pas étonnant, car la science enrégistre des expériences où l’inoculation de matières septi~ ques et même de substances minérales a occasionné l’apparition delà tuberculose. Il faudrait avoir déterminé préalablement si l’animal souffrait déjà de tubercules avant l’injection. Tout ce que nous pouvons affirmer c’est que sa santé paraissait floris. santé avant l’injection du vomissement noir.
Nous avons aussi pratiqué l’inoculation de vomissement noir chez un chien. Nous l’avons repétée deux fois, à quelques jours d’intervalle. Après la première injection, l’animal n’a rien accusé
d'extraordinaire ; ce qui nous a porté â en faire une seconde. Celle-ci a été suivie d'un état de dépérissement manifeste. Cependant aucun phénomène indicateur de la lièvre jaune ne s’est manifesté.
Nous pouvons conclure de ces trois expériences que le vomissement n’est pas capable de transmettre la miladie, au moins injecté sous la peau, et que son introduction donne lieu â une sorte de rétrogradation des mouvemenis nutritifs , se traduisant par la maigreur et le dépérissement progressifs.
Nous répéterons ces expériences, afin d’en retirer une conclusion définitive. En même temps, nous tâcherons de rechercher quelle est la condition la plus propre â inoculer dans l'organisme les germes de la maladie.
En effet, il est des miasmes et des virus le même que des poisons ; les uns agissent introduits par l’estomac, d’autres sous la peau, d'autres enfin par les poumons. Ainsi, le curare peut être ingéré impunément, mais injecté sous la peau il est un poison promptement mortel â des doses minimes; le chloroforme donné par la bouche a une action différente de celle qu'on observe lorsqu'il est inhalé. De même, le virus varioleux, qui se transmet irrévocablement par une inoculation sous-cutanée se montre tout-à-fait inactif lorsqu'il est avalé. Le miasme paludéen semble agir par la voie respiratoire. Nous nous proposons de varier les expériences ayant trait a la fièvre jaune; nous espérons que ce problème ne sera pas insoluble.