lorsqu’on sait que pour 100 cas de première
période, 60 au moins traversent les trois périodes de la maladie !
Devant des résultats aussi encourageants je n’hésite pas à proposer l’établissement d’un service bien organisé composé de médecins chargés de surprendre la maladie à sa première période, dans l’intérieur des estalagens, à bord des vaisseaux, enfin partout où elle se présentera. Moyennant ces mesures, la mortalité de la fièvre jaune descendrait, j’en suis persuadé jusqu’ à 5 pour 100, résultat magnifique si on le compare à la proportion énorme de 30, 34, 48 et 50 pour 100, fournie par le traitement ordinaire.
Il est nécessaire de faire remarquer que cette mortalité de 7 °/0 a été observée chez des malades de la dernière épidémie, qui n’a pas été très-étendue, il est vrai, par suite de mesures prophylactiques qui en ont empêché la propagation, mais qui a été une des plus intenses, et des plus graves, que nous ayons eu jusqu’à présent.
D’ailleurs, considérons que les malades qui ont trouvé asyle à l’hôpital avaient été déjà soumis à d’autres traitements, ce qui les avait placés dans les conditions les moins favorables pour le succès des injections ; car les traitements en usage ne font que débiliter extraordinairement les malades,
Aussi, nous pouvons prédire que pendant des épidémies moins intenses et avec l’aide de la généralisation exclusive des injections hypodermiques de salicylate de soude, la mortalité se réduira au maximum à 5 pour 100, c’est-à-dire, que la mortalité de la fièvre jaune sera inférieure à celle de beaucoup de maladies qui sévissent ordinairement parmi nous.
Nous terminerons en présentant quelques réflexions sur les lésions locales produites, par l’usage de solutions très-concentrées de salicylate de soude. La proportion de 0sr,20 de salicylate pour 1 gramme d’eau ne produit aucune lésion importante, sauf des ecchymoses.
Lorsque la solution est très-concentrée il se produit des eschares, qui ne donnent lieu qu’à de petits ulcères, qui sont lents à cicatriser, mais ne présentent aucune gravité.
Il est possible que chez quelques personnes les solutions de salicylate, même les plus étendues, produisent quelque abcès ou une lymphatite limitée. Mais de tels accidents, les eschares elles-mêmes, n’on rien d’alarmant.
Combien de fois la vaccine produit des plaques érysipélateuses et même des abcès ! Est-ce que ça nous autorise à renoncer aux avantages produits par la grande découverte de Jenner ?
Au surplus, le moyen d’introduire sous la peau de salicylate de soude sans causer de ces petits accidents ne constitue pas un problème insoluble.
Les inventions ne naissent jamais parfaites ; c’est ce que nous dit l’histoire de toutes les découvertes. (Test l’étude, c’est la persévérance qui perfectionnent les procédés, lesquels différent en cela de Minerve, qui est née toute armée de la tête de Jupiter.
Quant à l’opposition systématique qui se dresse, en face de l’idée nouvelle, loin de décourager, elle doit servir au contraire à stimuler l’homme de science. Est-ce que toutes les innovations n’ont pas la même destinée ? Ainsi que le dit très-bien M. Reybaud, faisant la critique de Fourier, «quand on aspire à réformer l’humanité tout d’une pièce, il y a trop de combats à livrer; c’est vingt sièges dans un siège: un préjugé s’est à peine rendu qu’un autre se révolte.
On a contre soi les intérêts qui s’inquiètent, les passions qui se défendent, les routines qui s’effarouchent.
Un esprit spéculatif se transporte facilement dans les sphères de l’idéal, mais un peuple ne l’y suit pas.»
Mais un jour vient où les préjugés se rendent à discrétion, où les intérêts se taisent, où les pas-
sions se calment, où la routine est vaincue et le peuple embrasse plein d’effusion l’idée qu’il avait d'abord rejetée.
Lorsqu’une idée quelconque provoque des luttes, des protestations, c’est qu’elle a pour elle quelque chose de vrai et de sacré.
Rappelons-nous de ce qu’a souffert l’éminent Pasteur, lorsqu’il a annoncé au monde scientifique sa g*rande découverte d’org^anismes microscopiques dans l’atmosphère, sa théorie admirable des fermentations, qui étaient jusqu’alors expliquées par la théorie mystérieuse de Liebigx
M. Pasteur a été victime des plus amères diatribes, que lui lançaient ses adversaires acharnés, qui se sont servis de toute sorte d’arguments, politiques, extra-scientifiques ou réligieux ! Cependant la vérité, s’est fait jour et pur se muove I
A ceux qui sans avoir jamais expérimenté se croient autorises à critiquer une théorie, une méthode de traitement, une réforme médicale, je répondrai avec M. Pasteur : ((Mais, Messieurs, assez de poésie comme cela, assez de fantaisie et de solutions instinctives, il est temps que la sicence, la vraie méthode reprenne ses droits et les exerce
C’est par des expériences bien établies, raisonnées et suivies que l’on force la nature à découvrir son secret. En dehors de cela aucune méthode ne saurait réussir. Il ne s’agit pas de savoir ce qui arriverait dans telle ou telle hypothèse ; il s’agit de savoir ce qui existe et de bien connaître ce qui se présente à nos yeux.»
Que ces mots prononcés par le grand chimiste dans une des ses leçons à la Sorbonne puissent trouver de l’écho parmi nous, ou la manie de critiquer quand même égale à la fausseté des arguments et au défaut de base expérimentale. Expérimentez d’abord, Messieurs, observez et puis critiquez !
Sans cela, il n’est pas possible d’atteindre la hauteur d’un sujet dépendant entièrement de l’observation et de l’expérience.
Heureusement j’ai trouvé dans le gouvernement impérial un appui, dont je ne puis que me flatter ; la haute administration a compris qu’il s’agit d’une question transcendante à laquelle est lié le présent et l’avenir de la patrie.
Un comité a été déjà formé pour constater officiellement à la prochaine épidémie de fièvre jaune les faits que j’ai avancés dans ce mémoire.
Attendons l’avis autorisé de ce comité, qui se compose de médecins, dont les noms sont pour moi la
plus sûre des garanties. Ce sont, MM. les Drs. Baron de Lav radio, président delà commission d’Hygiène, Baptista dos Santos, clinicien des plus distingués, Baron de Maceiô, professeur d’histologie à la Faculté de Rio, Motta Maia et Souza Costa, le premier histologiste et professeur de médecine opératoire à la Faculté de Médecine, le second professeur d’Hygiène et d’histoire de la médecine à la même Faculté.