ESSAIS SUR DIVERSES COLCQES SENSIBLES
C'est particulièrement sur la couche simple d'iodure d'argent telle que M. Daguerre la formait, que nous avons eu hâte de retrouver l'apparition du phénomène précédemment étudié sur les plaques bromées. Le défaut de sensibilité de cette substance nous arrêta d'abord; mais ayant augmenté graduellement la durée d'exposition de nos plaques au spectre solaire, nous avons bientôt reconnu qu'au bout d'un temps très-long et surtout en donnant au spectre toute l'intensité possible, la lumière, diffusée aux surfaces de nos appareils, devenait assez puissante pour impressionner notre plaque en dehors même de l'image du spectre, assez puissante aussi pour masquer l'action négative qui tendait à se produire. Renonçant donc à recevoir le spectre entier, nous avons placé sur la fente qui admettait la lumière solaire deux épaisseurs d'un verre rouge clair qui supprimait tous les rayons les plus réfrangibles à partir de l'orangé. Le spectre visible ainsi réduit à la partie rouge, nous l'avons fait tomber sur une plaque à i'iode que nous avions impressionnée tout simplement à la lumière du jour, et^ après une heure d'une pareille exposition, la plaque a donné au mercure une image partie positive, partie négative. La partie négative était à 4 fois très-manifeste et très-limitée; elle commençait au delà de la raie A,
semble perdre brusquement sa sensibilité, son aspect physique ne change pas pour cela, elle continue de noircir au grand jour, mais elle a perdu la faculté de condenser la vapeur de mercure en quantité proportionnelle à la somme d'action du fluide lumineux, elle n'est plus propre à former épreuve et mise en présence des vapeurs mercurielles, elle s'en recouvre uniformément et prend un aspect chatoyant et irisé, c'est ce que les artistes en photographie appellent le voile de brome et de chlore. L'apparition de ce voile est donc l'indice certain d'un léger excès de vapeur accélérative brome ou chlore. Mais, chose singulière, l'un de nous en commun avec M. BelGeld Lefèvre a montré, en septembre 1846, qu'un excès de brome plus considérable encore reconstituait la couche daguerrienne dans un nouvel état qui la rendait de nouveau sensible.
La dose de brome nécessaire à la production de ce singulier résultat est égale à trois fois la dose ordinaire, à trois fois celle qui convient pour porter une plaque au maximum de sensibilité; mais il est à remarquer qu'en prenant trois fois plus de brome, Ja plaque devient trois fois moins sensible. Nous avons reconnu depuis que le chlore donne lieu aux mêmes phénomènes. Nous avons, dès lors, à notre disposition deux nouvelles couches sensibles qui se distinguent à plusieurs égards de celles qu'on emploie communément. Soumises comme les autres à l'expérience, elles ont également rendu manifeste l'activité négative de l'extrémité la moins réfrangible du spectre photographique. Sur les plaques bromées à triple dose dont la sensibilité est encore très-grande, l'image négative s'est montrée sans peine, son maximum correspondait à la raie A (pi. l,fig.6, n** IX).
Mais les plaques chlorées à triple dose, dont la sensibilité n'est que peu supérieure à celle des plaques préparées à l'iode seul, ont résisté plus longtemps à nos efforts, il a fallu recourir au verre rouge pour supprimer la diffusion des rayons réfrangibles et pour faire apparaître l'image négative qui se trouve reléguée comme sur les plaques à l'iode seul au delà de la raie A (pi. 1, fig. 6, n** Vlll). Enfin, comme dernier trait de ressemblance, nous avons constaté une action continuatrice sensible.
Voici donc cinq couches impressionnables à la luavvfere qui diffèrent eplre elles par leur sensibilité, par leur composilioa o\\vmî<\vie et qui toutes
accusent des propriétés opposées dans les extrémités du spectre. En les énumérant dans Tordre de leur variabilité, la plaque bromée à la manière ordinaire se présente en première ligne, vient ensuite la plaque bromée en excès, la plaque chlorée vient après, puis la plaque chlorée à triple dose et enfin la plaque préparée à Fiode seul. Il est à remarquer que ces différentes couches se rangent encore dans le même ordre, si on les considère au point de vue de la facilité avec laquelle elles se prêtent à traduire Faction spéciale des rayons peu réfrangibles; ainsi sur les plaques bromées ordinaires cette action n*est plus contestée par personne; sur la plaque iodée elle a été contestée jusqu'ici par les expérimentateurs qui n'ont pas eu l'idée de recourir au verre rouge. Le phénomène de continuation parait être, au contraire, incompatible avec une grande sensibilité, car il ne se montre que sur la couche d'argent iodé et sur celle qui la suit immédiatement dans l'ordre croissant de la sensibilité.
Papier enduit de chlorure d'argent. — Les diverses préparations examinées jusqu'ici se forment toutes à la surface de l'argent métallique et les épreuves sur plaques, que nous obtenions à leur aide, n'ont pas semblé pour tout le monde aussi concluantes que possible ; on a supposé que l'éclat du métal était un obstacle à la saine appréciation de l'état de la couche déposée à la surface, on a cru que nous pouvions confondre l'état solarisé et l'état primitif d'une plaque non impressionnée. On s'est surtout effrayé de voir employer concurremment l'iode et le brome, l'iode et le chlore, et l'on nous a renvoyé aux papiers en nous affirmant que les phénomènes seraient tout autres. Nous ne demandions pas mieux que de soumettre les propriétés du speclre à ce nouveau genre d'épreuve. Nous savions bien pourtant, d'après MM. Herschell et Seebeck, que le chlorure d'argent noirci à la lunaière ne peut pas, dans les rayons rouges, retrouver le chlore qu'il a perdu et que, dans ces circonstances, il ne fait que prendre une teinte rosée particulière.
Mais nous avons pressenti qu'en exposant momentanément à la lumière du chlorure d'argent et qu'en le soustrayant à cette influence l)ien avant l'époque à laquelle le chlorure change sensiblement de teinte,
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nous provoquerions dans cette substance une modification dans la teinte qui pourrait s*annuler sous Tinfluence des rayons rouges; nous comptions d'ailleurs sur Tacide gàllique pour rendre sensible h Tœil le résultat final de ces deux opérations successives.
Voici comment Texpérience a été conduite : nous avons déposé le chlo* rure d'argent sur Tune des surfaces d'une feuille de papier, en nous fondant sur la double décomposition qui s'opère dans le tissu même delà feuille lorsqu'on l'imprègne d'abord de chlorure de sodium et qu'après l'avoir laissée sécher on la dépose sur la'surface libre d'une dissolution étendue de nitrate d'argent. Après l'avoir fait sécher de nouveau par pression entre plusieurs doubles de papier buvard , nous l'avons fixée sur une tablette en bois comme une plaque et nous l'avons exposée pendant cinq minutes au rayonnement de la lampe. Le chlorure ne paraissait nullement altéré, le papier avait conservé toute sa blancheur. Nous savions, par expérience, qu'il fallait quatre fois plus de temps pour modifier sensiblement sa teinte. Ainsi impressionnée, nous l'avons placée au foyer du spectre et l'y avons maintenue pendant une heure. Peu à peu l'action photographique s'est exercée avec une intensité particulière et correspondant à chaque rayon simple, et, quand nous avons retiré la feuille, elle présentait une image nuancée du spectre qui se détachait en foncé sur le blanc inaltéré du papier, le point le plus marqué correspondait au bleu, une des extrémités de l'image s'étendait comme d'habitude bien au delà du violet, Tautre s'avançait en mourant jusque auprès du rouge. C'est alors seulement qu'on a fait intervenir l'acide gàllique qui, suivant une observation importante de M. Talbot, jouit de la propriété de mettre en évidence les modifications les plus légères imprimées par la lumière à la constitution des sels d'argent. A Têgard des papiers sensibles, Tacide gàllique joue le même rôle que la vapeur de mercure ;\ l'égard des plaques, il fait apparaître des images qui, siins lui, resteraient latentes. Notice épreuve a été plongée dans une dissolution saturée décide gàllique, elle est devenue le siège d'un phénomène de réduction presque général. Tout le fond, qui, malgré le rayonnement de la lampe, avait conservé jusque-là son blanc parfait, a bientôt noirci uniformément dans toute son étendue, excepté
importance et méritent qu*on les expose avec quelque développement. Les changements survenus sous Tinfluence prolongée de la lumière dans les substances impressionnables ont généralement été rapportés à une action chimique. Quand le chlorure d'argent, en particulier, noircit au soleil, on ne saurait nier qu'il subit une décomposition chimique bien réelle, puisque le dégagement du chlore ou de composés chlorés tombe sous le sens de Todorat, puisqu'à la longue ce chlorure d'argent perd de son poids, cesse de disparaître dans ses dissolvants et finit par reprendre Taspect métallique. Mais, de cette réaction franche et poussée h Textrême, comment oser conclure à ce qui se passe sur une plaque ou sur un papier qui ne fait qu'entrevoir le jour, qui ressort de la chambre noire sans modification directement appréciable? Qui pourrait affirmer que, dans ce cas comme dans l'autre, il y ait décomposition ? où est le produit dégagé? qui a constaté une diminution de poids? il n'y a même pas de changement sensible dans l'aspect physique de la couche sensible. C'est donc en raisonnant par analogie, et par une analogie bien éloignée, qu'on en est venu à rapporter à une action chimique la formation des images latentes du daguerréotype et des papiers dits calotypés. Toutefois, si rien ne démontrait qu'il y eût action chimique, rien non plus, il faut en convenir, ne démontrait que cette action n'avait pas lieu. La manifestation des propriétés négatives de certains rayons nous semble le premier fait incompatible avec une théorie qui, dans la formation des Images photographiques, rapporterait tout h l'action chimique. Si, en effet, les couches d'iodure, de bromure ou de chlorure d'argent perdent, dès le moment du premier contact de la lumière, un de leurs éléments, un élément volatil, comment concevoir que, sous l'influence de certains rayons simples, cette couche soit restituée dans son état primitiD comment concevoir qu'elle recouvre l'élément qu'elle a penlu? cela n'est pas possible. Une expérience, publiée par M. Glaudet, vient encore déposer contre la possibilité d'un changement survenu dans le rapport des éléments constituants de la couche sensible. Celte expérimentation a montré qu'après avoir été réparée par les rayons peu réfranji[ibles, la matière impressionnable était encore apte à être modifiée par la lumière ordinaire, confirmant ainsi la proposition
évidence par les réactifs appropriés, présente toujours une partie négative. Mais, du moment que l'impression première a été poussée jusqu'au point de devenir directement sensible à l'œil, il y a lieu de penser que la décomposition a déjà eu lieu et les rayons qui, tout à l'heure, paraissaient doués de propriétés réparatrices ont perdu leur puissance. Le rapprochement que nous avons établi entre les phénomènes de phosphorescence et ceux qui caractérisent la première période des actions photographiques ne laisse pas que d'être favorable à notre manière de voir. Par sa manière d'agir sur les phosphores de Canton et de Bologne, le spectre se partage aussi en deux parties dont l'une, la plus réfrangible, provoque la phosphorescence et dont l'autre l'éteint. De même qu'il y a une action photogénique négative, il y a aussi une action phosphorogénique négative; il n'est pas possible de méconnaître l'analogie qui réunit étroitement ces deux ordres de faits.
Dans le courant de nos recherches, nous n'avons eu que très-rarement occasion de constater l'action continuatrice découverte par M. Ed. Becquerel; quand elle a lieu elle se rapporte à une classe de rayons situés entre les rayons qui agissent immédiatement d'une manière positive et ceux qui manifestent des propriétés inverses. Ces eflfets de continuation, nous ne voulons donc pas les mettre en doute , nous croyons même qu'ils se produisent d'une manière assez générale, mais nous sommes disposés à les rapporter à la période d'action chimique. Les choses se passeraient alors dans un ordre facile à concevoir. Les rayons les plus réfrangibles seraient doués de la propriété de constituer les couches sensibles dans cet état physique particulier qui doit, selon nous, précéder toujours la décomposition chimique; les rayons les moins réfrangibles posséderaient la propriété inverse ; entre ces deux classes de rayons, il s'en trouverait une troisième dont les aptitudes, à l'effet physique , seraient peu développées, mais qui posséderaient, comme les plus réfrangibles, une grande activité chimique, ils deviendraient par là même des rayons continuateurs, aussitôt qu'ils trouveraient occasion de s'exercer sur une matière déjà physiquement modifiée.
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