‹ Recueil des travaux scientifiques de Léon FoucaultChapitre 15 sur 162 · LES PLAQUES BROMÉES AU SECOND DEGRÉ · texte numérisé non relu

LES PLAQUES BROMÉES AU SECOND DEGRÉ

fAcadémie des Sciences, 12 octobre 1846.)

Après que M. Daguerre eut fait connaître sa brillante découverte, les amateurs et les artistes n'ont pas tardé à s'apercevoir que la plaque iodée n'est pas apte à reproduire l'image complète de toute espèce de sujets. 11 suffit que les diverses parties d'un même point de vue possèdent des intensités notablement différentes, pour que dans l'épreuve obtenue avec une plaque iodée ces parties ne puissent venir simultanément avec des tons correspondants à leurs intensités respectives. Il faut choisir: il faut ou s'arrêter au point convenable pour donner aux clairs leur véritable valeur, auquel cas les détails des parties obscures n'apparaîtront pas ; ou bien il faut prolonger l'action pour favoriser l'apparition de ces détails et alors les parties claires se confondront les unes avec les autres et elles seront, comme on dit, brûlées.

L'emploi des substances accélératrices est venu modifier heureusement cet état de choses. En même temps qu'elles permirent d'opérer plus rapidement, elles offrirent à l'expérimentateur une couche sensible capable d'embrasser des degrés plus éloignés dans l'échelle de tons. Toutefois ces degrés sont encore bien loin d'atteindre ceux mêmes que Fœil de l'homme

1. En collaboralion avec M. Belfield-Lefèvre. — Voir C. R. de l'Ac, des Se. T. XXllI, p. 713.

peut apprécier en même temps. Et si quelque réaction nouvelle peuL sans être favorable à la sensibilité des plaques, augmenter leur aptitude à conserver distincte Fempreinte des tons les plus disparates* il ne sera pas inutile d*y recourir en certain cas. Si d'ailleurs le photc^nraphistesait manier habilement ces différentes couches sensibles sans s'adonner exclusivement à la plus impressionable. il pourra dans Texercice de son art maîtriser et varier ses effets; il pourra, selon les cas. tempérer la dureté d*un soleil trop cru frappant en plein sur des objets inégalement refléchissants, ou bien rehausser la vigueur d'un sujet uniforme ou manquant de relief.

Cest dans l'intention de concourir à accroître ces ressources, que nous nous décidons, M. Belfield et moi, à faire connaître un nouveau mode de préparation de la couche qui a précisément pour effet de donner aux plaques cette qualité dont nous venons de parler et qui les rapproche en quelque sorte de la rétine de Thomme.

Notre méthode exige l'emploi de l'iode et du brome et réussira facilement entre les mains des personnes qui ont Thabitude d'employer ces substances isolément. Elle consiste à polir les plaques et à les ioder comme à l'ordinaire, puis à leur faire absorber par un procédé quelconque une quantité de vapeur de brome égale à trois fois celle que l'usage et la pratique ont reconnue susceptible de communiquer aux plaques le maximum de sensibilité. Tandis que la dose ordinaire de brome ne change pas sensiblement la teinte de la couche iodurée, celle que nous recommandons ici lui fait acquérir une teinte foncée d'un violet bleuAtre.

La sensibilité des plaques ainsi surchargées de brome se trouve réduite au tiers de ce qu'elle serait si Ton s'était arrêté à la dose ordintiire, mais elles sont devenues aptes à donner une épreuve complète et détaillée des sujets qui présentent les plus grandes variétés de tons. On en jugera par i inspection du petit tableau que nous présentons et qui a été fait par un lomps de soleil. On y voit, à la fois, des nuages au ciel, des maisons blanches avec d»5s ombres portées transparentes et des arbres dont le feuillage se dessine par groupes, à peu près comme un artiste les aurait indiqués.

Nous recommandons de tripler la quantité de brome parce que si Ton n'observait pas franchement ce nouveau dosage, si l'on se tenait en deçà, on

serait presque sûr d'obtenir une image complètement voilée; il ne faudrait pas non plus aller au delà : la plaque aurait de la peine à condenser le mercure et rimage serait moins apparente.

Cette propriété nouvelle et bien constatée qu'un excès de brome communique aux plaques iodées pourra fournir quelques applications utiles ; mais, en outre, il nous a semblé qu'au point de vue physique et chimique ces faits n'étaient pas sans intérêt; c'est ce qui nous a engagés à les communiquer à l'Académie.

NOTE

SUR

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