AU FOYER DES LUNETTES
(Académie des Sciooccs, 3 septembre 1860.)
Lorsqu'on veut étudier dans les instruments d'observatoire la constitution physique du soleil, il est indispensable de recourir à certains procédés pour diminuer l'intensité de la lumière et de la chaleur qui se concentrent dans l'image focale.
En plaçant un verre noir devant l'oculaire, on réussit dans les premiers instants à protéger l'œil contre l'intensité du rayonnement; mais si l'observation se prolonge et si l'objectif est à large ouverture, le verre s'échauffe et se brise en exposant l'observateur à l'action directe des rayons solaires.
On croit parfois remédier à cet inconvénient en réduisant par un diaphragme l'étendue libre de l'objectif, mais c'est là un procédé qui n'agit qu'au détriment du pouvoir optique, et qui, par conséquent, ne supporte pas l'examen.
On a encore proposé de faire subir au faisceau une réflexion partielle sous l'angle de polarisation et d'armer l'oculaire d'un analyseur dont on
4. Voir C. /?. de VAc. des Se, t LXIH, p. 443, et Cosmos (i), l. H, p. 30i.
fait varier lazimul dans le but de diminuer à voloiilé l'inlensilc des rayons qui le traversent. On arrive par ce moyen à affaiblir les images sans leur donner île coloration sensible, mais il est rare que par un traitement aussi compliqué la netteté ne soit pas compromise. L'instrument perd de son pouvoir optique, et c'est là précisément ce qu'il faut éviter si l'on veut tirer de l'emploi des grandes lunettes loul ce qu'elles peuvent nous apprendre sur la structure et sur les révolutions qui s'opèrent a la surface de l'astre.
Ayant été conduit, par mon travail sur le télescope, à argenler un grand nombre de miroirs en verre, j'ai eu bien souvent occasion de remarquer que cette couche métallique, dont l'éclat est si vif, possède en même temps une transparence et une limpidité comparable à celles des plus beaux verres colorés. Celle transparence est telle, qu'en regardant le soleil au travers de celte mince couche d'argent, on aperçoit distinclement et sans aucune fatigue les moindres vapeurs qui viennent h passer sur le disque. J'en vins aisément à supposer qu'un verre argenté pourrait être employé comme verre coloré, et qu'il ]>résenterait sur ces derniers le grand avantage de rétléchir tous les rayons qui ne passent pas au travers.
Assurément une glace parallèle argentée sur une de ses faces et placée dans le corps d'une lunette, sur le trajet du faisceau, devait offrir un moyen commode d'observer le soleil. Mais, puisque celte couche d'argent peut élre considérée comme un milieu sans épaisseur, j'ai pensé qu'il serait préférable d'argenter l'objectif lui-même, en laissant d'ailleurs absolument intacte l'organisation de la lunette astronomique. Je ne change donc rien aux oculaires, je laisse le microraôtre en place avec ses fils, et je me borne à argenler la surface extérieure de l'objectif.
Par ce moyen l'instrument tout entier se trouve protégé contre l'influence de la chaleur solaire qui est réllécliie presque totalement vers le ciel, tandis qu'une minime partie de lumière bleuAtre traverse la couche de métal, se réfracte A la manière ordinaire et va former au foyer une image calme et pure que l'on peut observer sans danger pour la vue. Le contour du disque se détache nellement sur un ciel noir, les taches se des inent avec précision, les facules se montrent distinctement, ainsi que
e décroissement de lumière vers les bords, et, dès le premier coup d'œil, on se sent armé d'un puissant moyen d'investigation. La teinte vraie du soleil est un peu altérée par la prédominance des rayons bleus; mais les rapports d'intensité sont si bien conservés qu'on ne perd aucun détail, et qu'au bout d'un certain temps l'œil, accoutumé à cette couleur bleuâtre, cesse d'en avoir le sentiment distinct.
Il est vrai qu'une lunette ainsi préparée est un instrument sacrifié, pour un temps du moins, à un seul objet. Peut-être trouvera-t-on que l'objet en vaut la peine. Au moment où les plus grandes questions s'agitent concernant la constitution physique du soleil, où les aperçus les plus neufs et les plus ingénieux tendent h nous dévoiler le mécanisme d'une aussi prodigieuse effusion de chaleur et de lumière, il ne serait sans doute pas sans intérêt de tenter l'opération sur un grand instrument.
En laissant de côté la question de savoir quelle peut être l'origine de la chaleur solaire, en considérant de parti pris la masse de l'astre comme étant douée d'une température initiale, ce qui semblait encore impénétrable c'était le mystérieux mécanisme de la réparation des pertes qui se font par rayonnement dans l'espace; non-seulement ce mécanisme était inconnu, mais la question n'était même pas posée. A M. Paye appartient le mérite d'avoir fait remarquer, dans ces derniers temps, qu'en supposant la substance du soleil plus conductrice que le plus conducteur des métaux, la chaleur ne s'y transportant que par simple conductibilité, sa surface ne pourrait pas conserver un éclat permanent. Puis, se fondant sur la théorie de la dissociation chimique de M. Henri Devîlle, M. Paye a montré que dans ce pêle-mêle de tous les éléments dissociés, dont la masse est formée, se rencontraient en toute probabilité les conditions de mobilité qui leur permettent de se transporter vers la surface pour s'y combiner tour à tour avec cette vive et inépuisable incandescence qui caractérise la photosphère. La chaleur est aussi charriée avec les corps de la profondeur à la surface et non transmise par voie de simple conductibilité à travers leur substance. C'est ce renouvellement perpétuel de matériaux alternativement combinés et redissociés qu'il faut maintenant saisir sur le fait. MM. Paye et H. Deville ont émis les idées premières; je m'esti-
niernis heureux si je pouvais contribuer à mon lour it (élucider un pareil siijel en fournissani quelque nouveau moyen d'observalion.
Kn réponse à une observntion faite p.ir M. Clievrcul. M. Foucault répondit que, suivant lui, la coloralîon verto de la lumière transmise h travers l'or battu suffit â prouTer qae ce mêlai peut, ainsi que l'argent, laisser passer la lumière par transparence véritalile, ce qdî n'empCche pas que dans cet élat de minceur eitrt^me l'or des livrets ne présente de petils interstices, visibles au microscope, et qui livrent passage t> une certaine quantîtt! de lumière directe. Pareille cbose arrive pareillement pour l'argent d(?pos<i dans certaines conditions, bien que le microscope ne puisse pas en fournir la preuve. Il suffit, en mettant les réactifs en présence, d'altërer les proportions qui donnent une réaction franche pour que l'argent précipité cesse de présenter la teinte bleue. Tout porte k croire qu'en pareil cas. la couche qui se dépose n'a pas une continuité parfaite, car en la frottant avec une peau pour augmenter son éclat raélallique, on diminue la quantité de liimii^re transmise et on fait reparaître la couleur bleue. Évidemment, sous la pression de la peau, l'argent est refoulé, les pores se i-eferment i-t i;i Inmière ne trouve à pas.ser qu'à travers l'argonl même. Ce qui est démontré pour l'or et l'argent s'appliquerait sans doule Ji tons les métaux: si on savait les réduire en lames sufflsammcnt minces.