SUR LES CORPS EN MOUVEMENT
Ueadémic des Sciences, 11 aepbimliro IS55.)
En 182fi, Arago obser\'a le fait remarquable de l'entraînement de l'aiguille aimantée par les corps condncteurs h l'élat de mouvement. Le phénomène parut fort singulier; il resta m<^me sans explication jusqu'au jour où M. Faraday annonça l'imporlanle dècouvcrie des courants d'induction. Dès lors il fui prouve; que dans l'expérience d'Arago le mouvement fait naître des courants ([ui. réagissant sur l'aimant, tendent à l'associer au corps mobile et à l'entraîner dans le même sens. On peut dire, d'une manière générale, que l'aimant el le corps conducteur tendent par une influence mutuelle vers le repos relatif.
Si, malgré celte influence, on veut que le mouvement persiste, il faut fournir incessamment un certain travail; la partie mobile semble être pressée par un frein, et ce travail produit nécessairement un effet dynamique que j'ai jugé, suivant les nouvelles doctrines, devoir se retrouver eD chaleur.
On arrive à la même conséquence en ayant égard aux courants d'in-
A. Voir C. R. de l'Ac. des .Se.
Cotmos, t. VII, p. 309.
. XLT, p. 450; Ami. de Ch. el de Ph. [3], l. XLV, p. 3)6, el
duction qui se succèdent à l'intérieur du corps en mouvement; mais cette manière de considérer les clioses ne donnerait que très-péniblement une idée de la quantité de chaleur produite, tandis que, en considérant cette chaleur comme due à une transformation de travail, il me parut certain
qu'on produirait aisément, dans une expérience décisive, une élévation sensible de température.
Ayant précisément sous la main tous tes éléments nécessaires à une prompte vérification, j'ai procédé comme il suit à l'exécution.
Entre les pôles d'un fort électro-aimant, j'ai partiellement engagé le solide de révolution appartenant à l'appareil rotatifquej'ai nommé gyroscope et qui m'a précédemment servi pour des expériences d'une tout autre nature '. Ce solide est un tore en bronze relié par un pignon denté à un rouage moteur, et qui, sous l'action de la main armée d'une manivelle, peut ainsi
1. Dan» la figure 11 qui roprésentg l'appareil tel qu'il est construit dans le but de reproduire spécialement l'expérience décrite ci-dessus, le tore est remplacé par un disque qui permet de rapprocher davantage les pâles de l'élei^tro-almant.
prendre ane vitesse de 150 it 300 toars par seconde. Pour rendre plas el6cace l'action de l'aimaat, deux pièces en fer doux sarajontées aux bobines prolongent les p4les magnétiques et les concentrent au voisinage da corps toumanl.
Quand l'appareil est lancé i toute vitesse, le courant de six couples Bunsen, dirigé dans rélcciro-aimant. éteint le mouvement en quelques secondes, comme si un frein invisible était appliqué au mobile : c'est l'expérience d'Arago développée par M. Faraday. Mais si alors on pousse à la manivelle pour restituer k l'appareil le mouvement qu'il a perdu, la résislaoce qu'on éprouve oblige à fournir un certain travail dont l'équivalent reparaît et- s'accumule eCTectiTement en cbaleur à l'intérieur du corps loumanl.
Au moyen d'un thermomètre qui plonge dans la masse, on snit pas à pas l'élévation progressive de la température. Ayant pris, par exemple, l'appareil i la température ambiante de 16 degrés centigrades, j'ai vu sac* cessivement le thermomètre monter à 20. 35, âO et 3fi degrés; mais déji le phénomène était assez développé pour ne plus réclamer l'emploi des instruments thermométriques : la chaleur produite était devenue sensible i la main.
Quelques jours après, la pile était réduite à deux couples, on disque plat formé de cuivre rouge s'est élevé en deux minutes d'action à la température dft 60 degrés.
Si l'expérience semble digne d'intérêt, il sera facile de disposer un appareil pour reproduire, en l'exagérant, le phénomène que je signale. Il n'est pas douteux que, par une machine convenablement construite et composée seulement d'aimants permanents, on n'arrive à produire de la sorte des températures élevées, et à mettre sous les yeux du public, assemblé dans les amphithéâtres, un curieux exemple de la conversion du travail en chaleur.
SUR