‹ Recueil des travaux scientifiques de Léon FoucaultChapitre 79 sur 162 · EFFETS DES MACHINES MULTIPLES · texte numérisé non relu

EFFETS DES MACHINES MULTIPLES

r Académie des Sciences, 4 février 185G.)

F.es machines d'induclîon, telles que les conslruit aujourd'hui Thabile artiste M. Ruhmkorff. passent parmi les hommes de science pour avoir atteint le plus haut degré de puissance qu'elles comportent; lorsqu'on veut leur donner des dimensions plus considérables, l'effet ne croit pas proportionnellement, et les organes d'interruption du courant inducteur se détruisent avec une rapidité qui oblijj[e à revenir au modèle consacré par Tusage. Cependant ces sortes d'appareils remplaceraient sans doute avec avantage l'ancienne machine électrique, si l'on parvenait à leur faire produire des effets plus puissants.

Les étincelles qu'on obtient actuellement des machines inductives ne s'élancent guère au delà de 8 h 10 millimètres, et déjà pourtant elles accusent dans le courant d'induction une forte tension, dont le développement dépend de l'intensité du courant inducteur et de la longueur du fil induit; mais ce qui favorise surtout cette haute tension, c'est la cessation plus ou moins brusque du courant inducteur. Or il n'y a pas de moyen connu d'interrompre instantanément un courant qui circule avec intensité dans un

1, Voir C. /?. de l'Ac. des 5c., t. XLÏI, p. 215; Pr.-verOaux de la Soc. phiL, 4856, p. 6.

long conductear métalliqae. La séparation, quelque rapide qu*elle soit, des pièces conti gués destinées aux contacts* n\i jamais lieu sans production d*une étincelle plus ou moins visible, qui montre que tout courant qu'on voudrait arrêter court est effectivement prolongé pendant quelques instants par un exlra-courant dirigé «ians le même sens. Ces étincelles d*extra-courant sont plus vives, plus durables et plus nuisibles à mesure que le courant in* terrompu parcourt un plus long circuit, et comme celui-ci se développe nécessairement avec les dimensions de Tappareil, il arrive qu'en cherchant à les accroître on finit par perdre d'un côté ce que Ton gagne de l'autre.

Tel est en réalité l'obstacle qui, malgré l'adjonction du condensateur de M. Fizeau, est venu s'opposer à ce qu'on donnât une plus grande extension au phénomène révélé par l'admirable découverte de M. Faraday.

Cependant, en assimilant les appareils d'induction aux autres sources connues d'électricité dynamique qui toutes sont susceptibles d'être réunies en série et de donner des effets de tension proportionnels au nombre des éléments électromoteurs, j'arrivai à conclure qu'il en serait de même entre plusieurs machines inductives, pourvu qu'elles fussent assujetties à fonctionner d'une manière concordante.

Si, en effet, cette condition était réalisée, chaque machine ayant ses organes propres, tous les courants inducteurs se distribueraient isolément, et les étincelles d'extra-courant, éclatant par hypothèse au même instant, auraient toutes ensemble même durée que si chaque machine fonctionnait seule; l'influence inductive s'exercerait donc simultanément dans tous les appareils sans qu'il y eût réaction croissante et nuisible provenant de l'ensemble des extra-courants.

Toute la difficulté se trouve ainsi ramenée à établir entre plusieui*s machines une solidarité qui maintienne entre les phases des courants inducteurs une concordance parfaite. Quand on opère avec deux machines, ce résultat s'oblicMil d'une maiiièiv assez Ninipie en alimentant les deux courants inducteurs par une iiieiiie |)ile. et en laisaiil connminiquer niétalliquemcMit les interrupteurs éieelro-inaL-iiélitiues.

Pour fixer les idées, je suppose (jue le courant rouriii par le |)ole positif de la pile pénètre en se bilurijuaiil dans les hobines inductrices; au sortir

de celles-ci, les deux rameaux rencontrent les interrupteurs, traversent les points de rupture et se réunissent au delà pour rentrer dans la pile par le pôle négatif. Dans ces circonstances, les deux machines marchent à la fois, mais d'une manière indépendante et sans augmentation notable du résultat final. Si alors on établit une communication entre les deux courants partiels par un fil métallique inséré de part et d'autre en quelque point du fil inducteur situé entre la bobine et la pièce vibrante, l'accord s'établit et le système fonctionne avec la puissance d'une machine double.

Cet accord résulte évidemment de ce que celui des deux marteaux interrupteurs qui, par une cause quelconque, tendrait à prendre l'avance, détermine par son jeu les mêmes périodes d'aimantation dans les deux machines, et que, par suite, il oblige l'autre marteau à le suivre d'assez près pour que leurs mouvements simulent un synchronisme parfait, et qu'il y ait partage de l'étincelle entre les deux points de rupture.

On reconnaît qu'effectivement les tensions ont gagné, car les étincelles du courant induit sont bruyantes, sinueuses et longues de 16 à 18 milli-^ mètres.

Si Ton voulait étendre à plusieurs appareils Texpérience qui m'a réussi pour deux, il y aurait encore à compter avec certaine difficulté. D'abord le synchronisme ne pourrait pas s'établir d'une manière aussi simple, et de plus l'isolement des deux bobines formées par l'enroulement du fil indue teur et du fil induit deviendrait insuffisant. Déjà, en opérant avec deux machines, il est nécessaire, pour éviter les pertes> d'établir les communications de telle sorte que les tensions positives et négatives s'accumulent aux extrémités externes et libres des deux fils induits, tandis que les extrémités internes réunies persistent à l'état naturel.

Si l'habile constructeur de qui Ton tient le bel appareil généralement désigné sous son nom, croit pouvoir réaliser un isolement plus parfait, ori arrivera sans doute à reculer de plus en plus la limite qui paraissait s'opposer à l'extension progressive des phénomènes d'induction^

MACUINES D'INDUCTION MULTIPLES;

INTEnnUPTEL'll A MBACinE'.

(SociâtË iiliilomiiiliiituc. tOncril IX'iU.i

M. L. roiicaiill a annoncé, dans celte séancti, à la Société, qu'en poursuivanl ses recherches sur les machines d'indue lion multiples, il a reconnu qu'il est avantageux de substituer fi l'interrupteur ordinaire une larac vibrante en métal piouf-cant d'une nianirro intermittente par son cxtrùniitè libre, dans im godet de mercure recouvert d'une couche d'alcool ou d'esprit de bois'. Ce nouvel interrupteur fournit, toutes choses égalesd'ailleurs, des effets comparativement plus intenses; il ronciionne indéfiniment sans altération, et les effets vont croissant proportionnellement avec le nombre des machines réunies. Quatre machines, convenablement isolées et munies li'im iulerrupteur A mercure, donnent un jet continu d'étincelles à la distance de O'",030 A 0".n/iO.

Quand on éclaire par l'étincelle d'induction la lame vibrante de l'interrupteur, celle-ci apparaît comme si elle était fixe; mais la position qu'elle semble affecter, bien différente de celle qui correspond â la rupture du courant inducteur, dénote qu'il s'écoule un intervalle de temps perceptible entre la rupture du courant inducteur el la décharge du courant induit.

i. Vgir Proeés-verbfiux de la Soc. phii., 1856, p. 3). 1. Voir plus loin la description détaillée de l'inlerrupleur.

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