L'IMAGB DE LA CHAMBRE NOIRE
(Académie des sciences, 14 août i8i3.)
M. Daguerre a signalé Fexistence d*une couche de matière organique à la surface d*une plaque d'argent polie et desséchée par les procédés usuels. II a considéré cette matière organique comme un obstacle important à la formation de l'image; et il a proposé un procédé dont le but, sinon le résultat, était de dépouiller entièrement la surface métallique de toute matière étrangère, pour Texposer chimiquement pure à la vapeur d'iode.
Nos expériences tendent à montrer que cette couche de matière organique, dont l'existence ne saurait faire doute, est loin d'exercer sur la formation de l'image l'influence fâcheuse que lui a attribuée M. Daguerre. Cette influence paraît, au contraire, êlre toute favorable; à ce point qu'il y a quelque lieu de douter si l'image daguerrienne pourrait se produire dans toute sa perfection sur une surface métallique chimiquement pure.
Cette donnée admise, on comprend que l'opération principale du procédé de M. Daguerre, la préparation de la surface de l'argent, change entièrement de caractère, cette opération n'ayant plus pour but de
4. En coHaboratîon avec M. Belfield Lefèvre. — Voir C. R. de l'Ac, des Sc.^ t. XVII, p. 260.
dépouiller cette surface de tout corps étranger, mais bien d'y étendre uniformément une couche de vernis infiniment mince.
Voici un mode assez simple d'atteindre à ce dernier but : ayant fait choix d'une surface d'argent dont la planimétrie et la continuité soient suffisamment parfaites, on la polit superficiellement à l'aide d'une poudre de ponce desséchée et de quelques gouttes d'essence de térébenthine non rectifiée. L'évaporation de la portion volatile de l'esse^jce laisse pour résidu à la surface de la plaque une couche pulvérulente grisâtre, dont elle se dépouille avec une facilité extrême, et au-dessous de laquelle elle apparaît parfaitement nette et brillante. Il ne reste plus qu'à atténuer la pellicule résineuse adhérente, soit en en dissolvant une portion à l'aide de l'alcool absolu, soit en l'usant mécaniquement à l'aide des poudres sèches. Les personnes qui ont coutume d'interroger les surfaces métalliques à laide du souffle condensé sauront facilement reconnaître les moindres défauts dans la continuité de la couche résineuse. Un peu de poudre d'amidon pourra être employée à égaliser en dernier lieu la surface du vernis.
Exposée à la vapeur de l'iode, la plaque ainsi vernie se comporte exactement comme une plaque préparée et desséchée avec le plus grand soin par les procédés ordinaires. Les teintes se succèdent avec la même rapidité dans le même ordre, et les nuances ont la même valeur. D'ailleurs les tons seront d'autant plus chauds et plus francs, la série sera d'autant plus nette et plus tranchée, que la pellicule organique sera plus mince et plus exempte de toute trace de vapeur d'eau.
Soumise à l'action de la lumière dans la chambre noire, la couche sensible ainsi préparée se comporte exactement comme la couche iodurée obtenue par les méthodes usuelles. L'image s'y produit de la même manière et dans le même temps.
Mais l'exposition de la couche iodurée ainsi préparée à la vapeur du brome présente cette particularité remarquable, qu'un léger excès dans la quantité de vapeur absorbée ne donne plus naissance au phénomène désigné sous le nom de voile de brome. Un faible excès de brome ne s'annonce que par l'aspect de grisaille que prend l'image sous la vapeur du mercure, aspect qui devient de plus en plus prononcé, jusqu'à ce que l'image s'éteigne
sons une cendrée blanch&lre. Toutefois une exposition prolongée à un grand excès de brome, désorganise entièrement la couche sensible, et la vapeur du mercure n'y fait plus apparaître que de larges taches d'un brun rougeàtre et à bords déchiquetés.
De Tensembie de nos expériences nous pensons pouvoir conclure : i"" Que l'image daguerrienne se forme dans l'épaisseur d'une couche organique étendue par le polissage à la surface de l'argent;
2' Que cette couche organique suffisamment épaisse et convenablement choisie prévient la formation du voile de brome, et permet ainsi de donner toujours son maximum de sensibilité à la couche impressionnable.