‹ Recueil des travaux scientifiquesChapitre 17 sur 179 · En collaboration avec M. Fizeau · texte numérisé non relu

En collaboration avec M. Fizeau

2. Voir C. R.del'Ac. des Se, t. XXHI, p. 679. — Une note sur cette question a également été présenlée à la Société philomalhique, le 46 janvier 4847. Voir le Journal l'Institut^ et Pr. — Verbaux de la Soc. phil,, 4847, p. 6.

à une étude attentive devaient faire l'objet d'un prochain mémoire. Gomme toutes nos expériences sont faites et que l'absence de mon collaborateur, M. Fizeau, pourrait apporter quelque retard à la rédaction définitive de notre travail, je vais, pour prendre date, transcrire ici le résumé de nos principaux résultats.

Nous avons formé comme d'habitude une couche sensible sur une surface d*argent poli, par l'action successive de l'iode et du brome, puis nous l'avons exposée librement à la lumière d'une lampe pendant un temps surfisant pour l'altérer au point de la rendre capable de condenser les vapeurs mercurielles en une demi-teinte parfaitement uniforme. Sur cette couche ainsi altérée^ mais avant l'exposition au mercure, nous avons fait tomber un spectre bien pur que nous avons laissé agir pendant un temps déterminé. Alors seulement la plaque a été soumise aux vapeurs mercurielles et, en la retirant, il nous a été permis d'examiner comment se comportent dans ces circonstances les divers rayons simples. Â partir de la raie G en allant jusqu'au violet extrême, on remarque que les rayons orangé, jaune, vert, bleu, indigo et violet ont laissé une impression qui sedétacheen blanc d'une intensité variable sur le fond gris de la plaque; mais de l'autre côté de cette raie, l'impression laissée par le rouge et par d'autres rayons moins réfrangibles encore et invisibles se dessine en une teinte foncée qui se termine en mourant et par son extrémité libre et par celle qui s'engage dans le reste du spectre. En examinant la plaque en reflet on s'assure aisément que la place frappée par le rouge est devenue capable de condenser les vapeurs mercurielles et que la surface du métal est à nu. L'impression première produite par la lampe a donc élé comme détruite ou neutralisée par l'action des radiations* qui avoisinent le rouge.

Gonsidérant une plaque daguerrienne impressionnée à un degré déterminé par de la lumière blanche, comme offrant au physicien une couche sensible particulière, lorsqu'on dirige 'sur elle le spectre entier, celui-ci se partage, quant à la manière dont il se comporte, en deux parties bien distinctes : l'une qui agit pour accroître l'intensité du fond, l'autre pour la diminuer; ces effets, qui sont de sens opposés, motivent le terme d'action négative que nous avons adopté ï>our désigner la manière d'agir parti-

culière à l'extrémité rouge du spectre conservant l'expression d'action positive pour les autres rayons sur l'efficacité desquels repose tout Fart photographique. Si d'ailleurs on voulait représenter par une courbe les intensités propres des divers rayons simples relatives à une couche sensible impressionnée d'avance, cette courbe devrait nécessairement croiser Taxe des abscisses vers la limite du rouge et de l'orangé; et à partir de ce point jusqu'à l'extrémité la moins réfrangible du spectre, les ordonnées auraient des valeurs négatives.

Ainsi que l'on devait s'y attendre, dans cette portion ombrée de nos épreuves, les raies de la partie rouge se détachent en clair; en effet, les points de la surface métallique où tombent ces raies sont peu ou point affectées par les radiations; conséquemment l'effet de l'impression primitive y devait persister. Parmi elles nous avons distingué aussitôt la raie A et nous avons appris à la connaître avec son véritable caractère. C'est à tort qu'elle est ordinairement représentée, même dans le dessin donné par Fraunhofer, comme une ligne fine et simple. Nous l'avons trouvée double et la plus grosse du spectre après la raie H.

Mais dans la partie située au delà du rouge, qui lui est à peu près égale et que notre vue ne saurait atteindre, il existe également, sinon des raies, du moins des changements brusques d'intensité en des points que nous avons dû désigner provisoirement par les numéros i, 2, 3, 4, afin d'individualiser ces nouvelles radiations dans les différentes expériences auxquelles nous voulons les soumettre.

Celles qui se sont présentées naturellement à notre esprit consistent à faire varier : 1° le temps ou l'intensité de l'impression primitive ; 2* l'intensité du spectre ou, ce qui revient au même, le temps pendant lequel il agissait sur la couche sensible préalablement impressionnée.

La première série d'expériences a seulement influé sur l'éclat du fond sans modifier autrement les résultats.

La seconde a fait varier le lieu qu'occupe le maximum d'action négative et nous a clairement montré qu'entre les rayons agissant franchement d'une manière positive et ceux agissant franchement delà manière inverse, il existe une classe de rayons qui se comportent de l'une ou de l'autre façon.

selon leur intensité ou selon la durée de leur action. Ces rayons, confinés particulièrement dans Torangé, donnent un résultat négatif quand ils sont faibles ou qu'ils agissent peu de temps ; dans le cas contraire, ils donnent un résultat positif. En un mot, ils se comportent par rapport à une couche déjà impressionnée par la lumière blanche, dans laquelle photographiquement le violet domine, comme si d'abord ils devaient détruire son effet pour ensuite modifier cette couche à leur manière propre et spéciale.

Ceci explique des apparences singulières et qui paraissent contradictoires dans nos diverses épreuves. C'est ainsi que chez celles qui ont été faites rapidement, la raie C se détache en clair, tandis qu'elle apparaît en noir chez celles pour lesquelles l'exposition au spectre a été plus longtemps prolongée. Cela explique encore pourquoi dans la pénombre qui forme presque toujours les bords supérieurs et inférieurs du spectre, on voit se dessiner un bord noir attestant une action négative qui, dans quelques-unes de nos épreuves, s'étend presque jusqu'au vert.

Nous avions intérêt à rechercher si le phénomène singulier dont je vous entretiens en ce moment se manifesterait sur d'autres couches sensibles; nous avons reconnu qu'il se produit sur toutes celles que l'on peut produire à la surface de l'argent, avec l'iode, le chlore elle brome, et nous montrerons dans notre Mémoire que les combinaisons impressionnables que Ton peut produire à leur aide ne laissent pas que d'être assez nombreuses.

Pour rendre notre Mémoire plus substantiel et plus utile, il nous restait à interroger les papiers sensibles, à construire, à l'aide des chiffres nombreux que nous avons relevés, les courbes représentant l'intensité de la puissance chimique, des diverses espèces de radiations rapportées aux couches sensibles les plus intéressantes. Il nous restait enOn à développer les faits que je viens de vous exposer rapidement et à y joindre la description succincte des procédés photographiques que nous avons adoptés pour obtenir des résultats comparables.

Pardonnez-moi, monsieur le Secrétaire, d'avoir usé envers l'Académie d'un mode de communication' anticipée, blâmable en général, mais qui, dans

ce cas particulier, trouvera son excuse dans les circonstances qui lui ont donné lieu.

Aussitôt le retour de mon collaborateur, M. Fizeau,nous nous mettrons à l'œuvre pour entreprendre et terminer le plus promptement possible la rédaction de notre Mémoire, afin de satisfaire avant peu à l'espèce d'engagement que je suis obligé de prendre aujourd'hui envers l'Académie.

Veuillez agréer, monsieur le Secrétaire, l'expression de mon respect et de ma haute considération.

A la suite de cette lecture, M. Foucault présenta à rAcadémie une plaque daguerrienne offrant l'image du spectre telle qu'elle est indiquée dans le Mémoire (pi. 1. fig. h)-

Le paquet cacheté déposé dans la séance du 9 décembre iSkk par MM. Fizeau et Foucault fut ouvert ensuite, et il fut donné lecture de la note qui y était contenue et qui comprenait seulement Texposé succinct des faits développés dans le mémoire précédente

<. Voir Comptes rendus de l'Ac, des Se, t. XXllF, p. 682.

ÉTUDES SUR L'ACTION SPÉCIALE EXERCÉE PAR L'EXTRÉMITÉ LA MOINS RÉFRANGIBLE DU SPECTRE

SUR LES

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