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ACTION DU SFECTAE SOLAIRE SUA LES PLAQUES PRÉPARÉES A l'iODE ET AU BROUE ET PRÉALABLEMENT IMPRESSIONNÉES
Les plaques préparées comme il vient d'être dit et qui, par une absorption de brome convenablement dirigée, ont acquis la plus grande sensibilité possible, commencent à éprouver une légère altération lorsqu'on les expose pendant 3 secondes et à la distance de 3 décimètres au rayonnement d'une flamme de Carcel à bec dit de 11 lignes. Après une aussi courte exposition à cette lumière artificielle, la plaque soumise au contact des vapeurs mercurielles commence à blanchir d'une manière sensible, et pour peu que l'action de la lampe ait duré une douzaine de secondes, la condensation des vapeurs devient assez abondante pour montrer que la couche sensible a subi précisément ce degré d'altération qui la rend propre aux expériences que nous voulions tenter.
Soit donc une plaque polie, iodée, bromée et impressionnée à point; on la place, pendant un certain temps, comme écran dans le plan focal où se rendent les rayons qui concourent à former un spectre solaire bien pur, puis on la porte dans la boite à mercure où apparaît, comme résultat final, une image composée de la manière suivante : le fond de la plaque est une demi-teinte grise, et qui régnerait uniform^ément sur toute la surface si le spectre n'avait pas agi; mais il a laissé sa trace, et dans les points frappés par les rayons orangé, jaune, etc., et jusque bien au delà du violet la teinte de fond a gagné; elle a été modifiée en plus avec une intensité particulière correspondant à chaque rayon simple ; dans les points* atteints par le rouge et par d'autres rayons moins réfrangibles encore, la teinte de fond a perdu : elle a été modifiée en moins et même elle a disparu complètement dans une certaine étendue correspondant aux rayons qui ont produit le maximum d'effet. Ces deux parties de l'image du spectre se fondent insensiblement l'une dans l'autre et viennent aboutir à une zone étroite qui possède une intensité égale à celle du fond lui-même . La trace laissée par les rayons peu réfrangibles est ombrée et se détache en noir, l'impression produite par les autres rayons se déta-
cherait en clair dans toute son étendue s'il ne survenait une complication qui nuit à la symétrie de l'image, mais qui ne peut embarrasser que les personnes étrangères aux opérations photographiques. Cette portion de l'image qui a pris naissance sous l'influence des rayons compris entre l'orangé et l'extrémité la plus réfrangible présente ainsi, dans son milieu, une teinte noirâtre (PI. 4, fig. ft), mais c'est la teinte caractéristique des parties solarisées, et elle indique qu'en ce point la lumière a agi plus énergiquement que partout ailleurs. Cette teinte, quoique foncée à l'œil, a pour le physicien le même sens que si elle brillait du plus vif éclat et sa présence donne le point correspondant aux rayons les plus actifs. Laissant donc de côté une anomalie qui n'est qu'apparente, tous les rayons que nous avons reçus sur une plaque impressionnée se partagent en deux catégories : les uns dont l'effet s'ajoute à celui de l'impression première et les autres qui agissent pour détruire l'effet de cette impression. Si l'on tient à mettre en évidence ces actions distinctes et opposées, il faut de toute nécessité opérer sur une couche sensible préalablement altérée par une exposition convenablement prolongée à une lumière riche en rayons réfrangibles. Celte couche devient alors un réactif particulier sur lequel les rayons empruntés aux deux extrémités du spectre produisent des effets inverses. C'est pour représenter nettement à l'esprit les deux manières différentes et opposées dont se comportent les deux classes de rayons rendues distinctes dans nos expériences, que nous avons adopté l'expression d'action négative pour désigner celle que produit l'extrémité la moins réfrangible du spectre, considérant comme positive l'action antérieurement connue et sur laquelle se fonde tout Fart photographique.
Le seul fait de l'impressionnabilité des différentes matières sensibles aujourd'hui connues, sous Tinfluence de la lumière blanche, montre que, dans cette lumière, les rayons qui agissent positivementl'emportent sur ceux qui agissent négativement, et, quand on cherche à apprécier par l'expérience directe le rapport des effets qui peuvent être produits simultanément dans les deux sens par les rayons de diverses sortes et tels qu'ils sont répartis dans la lumière blanche, on trouve que l'activité négative des uns est beaucoup moindre que l'activité positive des autres; ceux-ci Tem-
portent tellement sur ceux-là, qu*il ne faut pas s^élonner si, dans les expériences courantea de la photographie, la coopération négative des rayons rouges passe inaperçue. On peut, jusqu^à un certain point, apprécier le rapport de leurs activités respectives, en recevant un spectre solaire sur une plaque rendue sensible et impressionnée et en cherchant par voie de tâtonnement les durées d'exposition nécessaires à Tapparition des premières traces des actions positive et négative avec nos plaques bromées; si les rayons bleus marquent en blanc au bout de deux secondes, il ne faut pas moins de deux secondes pour que les rayons rouges puissent diminuer sensiblement la teinte du fond.
Après avoir constaté ces faits d*une manière générale, il importait d'entrer dans le détail des phénomènes et de varier les expériences de diverses manières.
C'est encore à l'aide des plaques iodées et bromées que nous avons procédé à l'examen de ces qucsî'oiis de détail, non-seulement à cause de la célérité que leur extrême sensibilité permet d'apporter dans l'expérimentation, mais surtout à cause de la comparabilité des résultats obtenus dans un temps assez court pour que les conditions atmosphériques n'aient pu varier et influencer d'une manière sensible Tinlensité de la lumière solaire.
11 nous a semblé utile de rechercher en premier lieu quelle pouvait être Tinfluence d'une altération plus ou moins avancée de la couche sensible avant qu'elle ne fût exposée au spectre; nous avons examiné en second lieu comment varient les effets produits sur une couche impressionnée lorsqu'on Texpose à un spectre plus ou moins intense ou qu'on laisse agir plus ou moins longtemps*
INFLUENCE DU DEGRlî D*ALTÉRATION DÉVELOPPÉ PAR l'IUPAESSION PRIMITIVE.
Nous avons impressionné par bandes parallèles une plaque lodobromée, et nous avons fait tomber successivement le spectre sur toutes ces bandes pour le laisser agir sur chacune d'elles pendant un temps
donné. La plaque était, par exemple, partagée en quatre bandes : la première était conservée à Fabri de toute lumière; sur la seconde on laissait agir le rayonnement de la lampe pendant li secondes ; sur la troisième pendant 12 secondes et sur la quatrième pendant 36 secondes. Ces diverses parties d'une même plaque étaient ensuite exposées au spectre pendant 3 minutes, et, au sortir de la boite au mercure, la plaque montrait à sa surface quatre images du spectre : Tune apparaissslit sur un fond tout à fait noir, c'était l'image ordinaire du spectre, telle qu'on l'obtient sur une plaque non impressionnée ; les trois autres se détachaient sur des fonds de plus en plus clairs, qui s'étaient formés par suite d'une exposition de plus en plus prolongée à la lumière de la lampe. Ces trois images étaient semblables quant à l'étendue de l'action négative et quant aux lieux occupés par le maximum de cette action (pi. 1, fig. 6, n^ II); elle commençait et elle finissait exactement au même point, et la ligne neutre qui établit toujours la transition de l'impression positive à Timpression négative occupait la même position dans ces trois images; de plus, en comparant l'une quelconque de ces trois images à la première, on remarquait que celle-ci, entièrement positive, se prolongeait aussi loin par son extrémité la moins réfrangible que la partie positive des trois autres images ; il n'y avait pas eu ainsi manifestation sensible d'action continuatrice pour les [plaques bromées au point de présenter le maximum de sensibilité, il n'y avait pas de rayons continuateurs. Ce résultat concorde avec les observations des artistes en photographie , qui n'ont jamais pu appliquer avec succès les verres continuateurs à la formation des images daguerriennes sur des plaques déjà rendues par le brome éminemment sensibles.
Mais revenons à nos trois images négatives et, au lieu de considérer leur étendue et leurs positions relatives, comparons-les au point de vue de l'intensité avec laquelle elles se détachent sur leurs fonds respectifs, et nous apercevrons des différences qui méritent d'être mentionnées.
Tandis que l'image n° 2, formée sur un fond léger résultant d'une impression qui n'a duré que k secondes, est saillante et bien marquée; tandis qu'en son milieu la teinte du fond a complètement disparu et que la couche sensible a été rétablie (restorated) dans son état primitif, nous
trouvons que les deux autres images n* 3 et n* 4 sont moins apparentes, la dernière surtout, et qu'en aucun point de ces images le fond n'a été complètement effacé; qu'il n'y a pas eu neutralisation complète de l'impression produite par la lampe; que la couche sensible enfin n'est pas revenue complètement à son premier état. 11 n'y a rien dans ce résultat qui doive nous surprendre ; il était tout naturel qu'une substance impressionnable, ayant subi une certaine altération, exigeât de la part des rayons capables de la ramener à son premier état unfe action de plus en plus prolongée pour neutraliser une altération de plus en plus avancée.
Cette expérience a été répétée au moins trois fois, en variant les durées d'impression et d'exposition au spectre, et toujours les résultats ont parlé dans le même sens. On peut donc en tirer les conclusions suivantes :
Le degré plus ou moins avancé de l'altération première * n'a pas d'influence sur l'étendue de l'image négative produite par le spectre, ni sur la position de son maximum d'intensité.
Pour les plaques bromées et douées du maximum de sensibilité, il n'y a pas de rayons continuateurs.
Plus une couche sensible a été impressionnée, plus il faut de temps aux rayons capables d'agir négativement pour la ramener h son état primitif.
INFLUENCE DE l'aCTION PLUS OU MOINS PROLONGÉE DU SPECTRE SUR UNE COUCHE PRIÉAL ABLEMENT IMPRESSIONNÉE.
Dans cette série d'expériences, nous n'avions plus à faire varier la durée de l'impression primitive; c'est, au contraire, le spectre qui devait agir plus ou moins longtemps sur les différentes parties d'une même plaque. Nous avons donc préparé comme à l'ordinaire la couche éminemment sensible que l'iode et le brome forment à la surface de l'argent, et nous l'avons impressionnée uniformément en la tenant démasquée pendant
4. Ceci n'est vrai qu'aulant que l'impression n'est pas poussée jusqu'au point de solariser la plaque.
15 secondes à la distance de 3 décimètres en face notre lampe Carcel, puis nous l'avons portée dans la chambre noire, au foyer du système réfringent qui forme le spectre. La plaque était assez large, comparée à la hauteur du spectre, pour que Ton pût obtenir de celui-ci cinq images parallèles et distantes les unes des autres de quelques millimètres. Les temps employés à former ces diverses images ont varié comme il suit :
Pour la première, 120 secondes; pour la deuxième, 60 secondes; pour la troisième, 25 secondes; pour la quatrième, 10 secondes; pour la cinquième, 5 secondes.
Après l'action du mercure, nous avons pu comparer entre eux les résultats de ces diverses impressions , que nous représenterons par la figurée, pL l,n* III.
Quand on rapproche Tune de Tautre les images 1 et 5, on aperçoit entre elles certaines différences : dans l'image 1 la partie négative est moins étendue que dans l'image 5 et elle répond à une portion moins réfrangible du spectre; en même temps, les maximums ne se correspondent pas et celui de la première image est plus reculé vers l'extrême rouge que celui de la dernière. Si l'on jette ensuite un coup d'oeil sur les images 2, 3 et 4, on trouve que, parleurs caractères intermédiaires, elles établissent une transition entre la première et la cinquième. En remontant de l'image qui n'a exigé que 5 secondes pour se produire, vers celle qui s'est formée en 120 secondes, on voit le maximum de l'action négative apparaître d'abord vers la raie C, puis se reculer jusqu'au point de se placer à peu près à la moyenne distance entre A et B. Par des expériences isolées et longtemps prolongées, nous nous sommes assurés que ce maximum continue à rétrograder vers le rouge extrême à mesure que l'action du spectre continue d'agir; nous l'avons vu plusieurs fois atteindre et même dépasser la raie A.
La durée de l'exposition du spectre a aussi une influence marquée sur la position qu'occupe la ligne neutre qui sépare les parties positives et négatives de l'image. D'abord située dans le vert au moment de la première impression, cette limite recule successivement dans le jaune et l'orangé, par suite d'une exposition de plus en plus prolongée de la
plaque à la radiation prismatique. La variabilité de position occupée par cette ligne nous a semblé un fait digne de remarque; en effet, puisque celte limite n'est pas fixe, elle vient se placer tantôt au delà, tantôt en deçà de certains points de l'épreuve qui se trouvent par là même rejetés tantôt dans la partie positive, tantôt dans la partie négative, et les rayons qui leur correspondent présentent les propriétés singulières de produire un résultat positif ou négatif, selon leur intensité propre et selon la durée de leur action. Ces rayons, à réaction variable, occupent dans le spectre précisément la position que leur assignent leurs propriétés mixtes; ils sont situés dans le jaune et dans l'orangé, entre les rayons qui agissent toujours d'une manière positive et ceux qui exercent toujours une action négative. Dans l'effet produit par les rayons mixtes, l'action négative précède toujours l'action positive, ainsi que l'indique le sens même dans lequel se transporte la ligne neutre; et, comme tout est continu dans le spectre, ceux des rayons mixtes qui sont le plus réfrangibles produisent un effet négatif peu durable et qui est bientôt remplacé par l'effet positif, tandis que ceux qui sont le moins réfrangibles produisent un effet négatif plus persistant et qui ne le cède à l'effet inverse que par suite d'une radiation vive et longtemps prolongée. On peut se représenter géométriquement la série de ces phénomènes, en supposant que la courbe 5, représentant la première impression du spectre, se modifie graduellement en passant successivement par les états indiqués en 3 et 2, pour acquérir définitivement la forme qu'on lui voit en 1.
Le rôle des rayons mixtes ayant été analysés de la sorte, on ne s'étonnera plus de certaines particularités que présentent nos épreuves et qui auraient semblé, au premier abord, difficiles à expliquer. Dans la partie positive, les raies propres du spectre se détachent en noir comme dans la nature ; dans la partie négative, au contraire, les raies apparaissent en clair, car elles laissent persister la teinte du fond; exemple la raie A qui, dans toutes nos épreuves, se montre sous la forme d'une double ligne blanche. Mais, puisque les parties positives et négatives ne sont pas toujours contenues dans les mêmes limites, il y a certaines raies qui doivent figurer tantôt dans Tune, tantôt dans l'autre, tantôt en
noir, tantôt en blanc; c'est ce qui arrive notamment à la raie D^ laquelle, très-distincte par elle-même, se distingue en blanc dans les images peu avancées et tire ensuite au noir dans les images engendrées par une exposition de longue durée.
C'est encore à la même cause qu'il faut rapporter le bord noir qui, dans certaines épreuves, prend naissance à la partie négative et s'étend en cernant la partie positive jusque dans le rayon du vert et au commencement du bleu.
Il est rare, à moins de recourir à des précautions toutes spéciales, qu'on obtienne un spectre dont les raies soient nettes en même temps que les bords, et, dans la mise au point, on a l'habitude de sacrifier celles-ci à ceux-là. L'image prismatique reçue sur la plaque ne possède plus alors la même intensité dans toute sa hauteur, l'action marche plus vite au milieu de l'image où l'intensité prédomine que sur ses limites inférieure et supérieure; il en résulte tout naturellement que les bords de l'image, faible* ment affectés, en restent à la période d'action négative et conservent une teinte foncée, tandis que les points plus en pleine lumière, quoique exposés aux mêmes radiations, traversent rapidement cette période d'action négative et prennent une teinte plus ou moins avancée. Pour preuve de l'exactitude de cette explication, nous ajouterons que l'on prévient sûrement la formation du liséré noir dès qu'on s'astreint à mettre exactement au point les bords supérieur et inférieur du spectre. Des expériences que nous venons de décrire et de la discussion à laquelle nous les avons soumises nous pouvons conclure :
Que la durée de l'exposition au spectre influe aussi bien que la vivacité de la radiation sur la nature de Timage produite sur une plaque iodobromée et convenablement impressionnée ;
Que la partie négative de l'image se déplace et se transporte vers l'extrémité la moins réfrangible du spectre au fur et à mesure que grandit la somme d'action photogénique exercée sur la plaque; qu'en même temps cette image se retient quelque peu et que son maximum visible recule comme elle, ainsi que la limite ou ligne neutre qui la sépare de l'image positive;
Que le déplacement de cette ligne neutre révèle entre les deux espèces de rayons qui agissent toujours d'une manière positive ou négative, une troisième classe de rayons susceptibles d'agir successivement d'une et d'autre sorte;
Que toujours l'action négative précède l'action positive, en sorte que ces rayons intermédiaires confinés dans le vert, le jaune et l'orangé se comportent, par rapport à la couche impressionnée, comme s'ils devaient d'abord détruire l'effet produit par d'autres rayons, pour modifier ensuite cette couche à leur manière propre et spéciale ;
Que celte classe de rayons une fois reconnue et admise, on explique facilement pourquoi certaines raies, la raie D, par exemple, se détache tantôt en clair, tantôt en noir, suivant la quantité d'action lumineuse qui a concouru à former l'épreuve ; qu'on explique également la formation du liséré foncé qui entoure une portion de Timage positive d'un spectre dont les bords manquaient de netteté.
Après avoir reconnu, dans certains rayons, la propriété singulière d'agir successivement en deux sens opposés, nous ne pouvions guère nous en tenir à la simple constatation de ce fait; nous avons recherché, par des moyens rationnels, à lui donner plus d'importance et de généralité et nous nous sommes posé les questions suivantes :
Chaque rayon simple ne serait-il pas doué d'une spécialité d'action qui le rendrait incapable de continuer l'altération commencée par d'autres rayons d'une réfrangibilité plus ou moins différente, auquel cas l'extrême violet devrait commencer par agir négativement sur une plaque impressionnée par l'orangé ou le rouge? Les expériences que nous décrivons plus loin nous ont bientôt montré qu'il n'en est pas ainsi. Jamais nous n'avons pu obtenir d'impression négative en faisant agir sur une môme plaque des r.iyons de plus en plus réfrangibles. Mais, en suivant l'ordre inverse, on produit assez facilement ces sortes d'impression* Il nous restait donc encore à examiner si, sur une plaque impressionnée exclusivement par les rayons les plus réfrangibles, la partie négative de l'image foncée par le spectre ne présenterait pas une plus grande étendue. En d'autres termes, nous nous sommes demandé si, dans les rayons peu réfrangibles,
Faptitude à produire une impression négative n'était pas tellement liée à la nature de l'impression première, qu'on ne pût manifester la même aptitude dans des rayons de plus en plus avancés dans le spectre, en les faisant tomber sur une couche impressionnée par des radiations de plus en plus réfrangibles. Sur ce point encore nos expériences n'ont pas donné les résultats aussi saillants que ce que nous avions prévu; nous allons toutefois faire connaître la manière dont nous avons procédé.
PROClâDlâ EMPLOYÉ POUR IMPRESSIONNER UNIFORMIÉMENT UNE PLAQUE AVEC DES RAYONS DE RÉFRANGIRILITÉ DÉTERMINJÎE. — EFFETS QUI EN RÉSULTENT.
La lumière de la lampe est d'un emploi très-commode et convient parfaitement dans les cas où l'on se propose de projeter sur une plaque une lumière uniforme et sensiblement blanche ; mais du moment où nous nous sommes proposé d'impressionner nos plaques avec des lumières colorées, il a fallu songer à emprunter au spectre lui-même les éléments lumineux dont nous voulions faire usage et à les étaler uniformément sur une large surface, comparable en étendue à celle de nos plaques. C'est ainsi que nous avons été conduits à disposer un système réfringent spécialement destiné à impressionner les couches sensibles. Nous allons en faire connaître la composition; ce sera une occasion pour nous de décrire avec quelques détails une des belles expériences qu'on puisse faire en optique, et qu'un professeur puisse dans un cours mettre sous les yeux des élèves.
Un faisceau de lumière rendu fixe et horizontal pénètre dans la chambre noire par la fente verticale F (fig. 2), large d'un millimètre au moins. A un mètre et demi de distance, ce faisceau, qui s'est dilaté en chemin par suite de la grandeur de l'angle solaire, tombe sur une surface du prisme vertical P et ressort par la face opposée suivant une direction nouvelle. Reçu sur un écran opaque E, aussitôt après sa sortie du prisme, ce faisceau y trace une image presque entièrement blanche, sauf sur les bords latéraux, où l'on commence à distinguer des bandes irisées. Perçons donc cet écran
d'une ouverture quadrangulaire de dimension à laisser passer la partie blanche du faisceau et à retenir les portions colorées et nous serons sûr qu'au niveau de cette ouverture la lumière qui passe est encore indécomposée. Laissons ce faisceau continuer sa route, et 30 centimètres plus loin recevons-le en totalité, quoique déjà dispersé sur la surface d'une lentille convergente de 24 centimètres de foyer L. A la distance focale principale de cette lentille se formera un petit spectre solaire assez pur pour laisser voir les principales raies de Fraunhofer; mais à une distance beaucoup plus
Fig. 2.
grande, à la distance de l'",20 environ, il se formera dans l'espace une image amplifiée de l'ouverture rectangulaire du diaphragme, et si, à partir de cette ouverture tous les rayons ont suivi librement leur trajet, si aucun d'eux n'a été intercepté en route, l'image amplifiée de l'ouverture sera parfaitement et uniformément blanche, comme le faisceau lui-même au moment où il passe au niveau du diaphragme. Ainsi notre faisceau de lumière se dégage parfaitement blanc de l'ouverture rectangulaire du diaphragme, puis il se disperse et va se constituer au foyer de la lentille L en un petit spectre r t; que l'on peut étudier sur un écran; puis continuant leur route, les rayons des diverses couleurs vont îi la rencontre les uns des autres, malgré la dilatation toujours croissante du faisceau, et à une certaine distance dans l'espace, la lumière blanche est recomposée en une image amplifiée de l'ouverture d'où elle est partie. Là vous pouvez placer un écran et vous y verrez se dessiner une image blanche et rectangulaire dont les dimensions sont données par la loi des foyers conjugués. Jusquelà nous ne faisons qu'assister à une décomposition et à une recomposition très-nette et très-complète de la lumière bLinche. Tous les rayons partis d'un point se séparent, se disposent en spectre et vont converger vers un nouveau point de concours. Mais, de tous ces rayons qui partent ensemble,
rien n'est plus facile que d'arrêter une partie en route et de laisser les autres continuer leur marche ; il n'y a qu'à placer dans le plan focal du petit spectre un obstacle configuré de manière à arrêter certaines couleurs et à laisser passer les autres; le spectre se trouvera partagé de la sorte en parties nécessairement complémentaires, dont une seulement concourra à former l'image terminale, laquelle revêtira aussitôt les plus vives couleurs. On dispose du petit spectre d'une manière tout à fait arbitraire : les raies sont là qui servent de point de repère ; on peut absolument laisser passer tel rayon qu'on veut; on peut même disposer de l'intensité de chacun d'eux en les diminuant sur leur hauteur; par conséquent on peut donner à l'image rectangulaire toutes les teintes imaginables, qui ne cesseront pas d'être uniformes tant que les obstacles opposés aux rayons du spectre seront placés exactement au foyer. Cette image est très-propre à remplir le but que nous nous étions proposé, car elle est susceptible de prendre toutes les teintes possibles; elle est étendue et uniforme, et en la laissant tomber sur une plaque daguerrîenne, on est sûr de produire une impression due exclusivement à l'action des rayons qu'on a laissés passer. Mais, indépendamment de l'application spéciale qui nous a porté à disposer ainsi un appareil réfringent, qu'il nous soit permis de faire remarquer le parti que l'on peut tirer de ce système optique pour étudier la manière dont les teintes se composent. Tous les rayons simples sont rangés par ordre dans ce petit spectre, comme les couleurs sur la palette d'un peintre, et le physicien peut faire son choix; il peut à volonté prendre tels et tels rayons, les étaler en surface, les combiner ensemble sur l'écran en toute proportion et procéder dans cette opération d'une manière aussi sûre, aussi positive que l'artiste quand il prend ses couleurs matérielles et qu'il les mélange pour les jeter sur la toile*.
Nous avons donc eu recours à ce mode d'expérimentation, d'abord pour impressionner une plaque iodo-bromée avec la lumière rouge, dans le but de rechercher si, dans ces conditions, les rayons les plus réfrangibles ne produiraient pas une action négative. Les rayons employés pour produire
4 . Voir ci-après : Sur la recomposition des couleurs du spectre en teintes plates.
sur la couche sensible cette impression uniforme étaient ceux compris entre les raies B et D. Comme ils sont par eux-mêmes peu actifs, II n'a pas fallu moins de 29 minutes pour compléter cette opération préalable. Ensuite on a fait tomber pendant 60 secondes le spectre entier sur cette couche ainsi impressionnée. Cette expérience, plusieurs fois reproduite, a donné pour résultat une image ordinaire du spectre, dépourvue d'impression négative à Tune et à l'autre de ses extrémités (pi. I, fig. 6, n* IV). Les rayons les moins réfrangibles , qui d'ordinaire manifestent ce genre d action, sont restés impuissants à la produire sur une couche impressionnée seulement par les rayons rouges; les plus réfrangibles ont continué à agir comme d'habitude.
Ainsi sur la couche sensible formée par l'iode et le brome à la surface de l'argent et préalablement impressionnée par le rouge, l'image du spectre vient tout entière positive.
Pour les expériences suivantes, nous avons fait nos impressions de fond avec des rayons empruntés à des régions de plus en plus voisines de l'extrémité la plus réfractée du spectre. En nous servant des rayons orangés et jaunes compris entre C et E, nous avons impressionné une plaque sur laquelle l'action prolongée du spectre a fait poindre une impression négative correspondant à l'espace A B.
Passant aux rayons bleus compris entre G et H pour produire l'impression primitive, nous avons déterminé, sur la plaque, un commencement d'altération générale assez comparable à celui qu'occasionne la lumière blanche, car ces rayons sont ceux qui possèdent le maximum d'activité photographique, et, en effet, le spectre, en tombant sur la couche ainsi modifiée, a fourni des résultats qui rappellent ceux obtenus sur les plaques impressionnées à la lampe. L'action négative s'est d'abord montrée à partir de la raie A, s'étendant jusqu'à la moyenne distance entre D et E; puis, à mesure que le spectre continuait d'agir, cette action semblait reculer vers l'extrémité la moins réfrangible (pi. 1, Hg. 6, n** V).
Enfin, nous avons impressionné une plaque avec les rayons grislavande presque invisibles situés au delà de H. Sur la couche ainsi modifiée, la partie négative de l'image du spectre s'est avancée plus loin que
jamais vers le milieu du spectre, elle s*est étendue jusqu'à la raie E (pi. 1, fjg. 6^ no VI).
On ne peut donc se refuser à admettre qu'il existe sur la limite de Torangé, dans le jaune et au commencement du vert, des rayons susceptibles d'agir en deux sens opposés; qu'en tombant sur une lame déjà impressionnée par des radiations d'une réfrangibililé inférieure, égale ou peu supérieure, ces rayons agissent immédiatement d'une manière positive ; mais que si l'impression préalable est due à l'influence de radiations d'une réfrangibilité suffisamment élevée, ces mêmes rayons commencent par agir négativement et persistent d'autant plus dans ce mode d'action que la source lumineuse employée à produire l'impression première émet des radiations d'une réfrangibilité plus forte.
En recourant, pour impressionner nos plaques^ à un procédé qui nous permettait d'employer exclusivement telle ou telle lumière simple, nous nous attendions à reconnaître que tout rayon simple agit positivement par rapport à ceux qui le précèdent, et négativement par rapport à ceux qui le suivent dans l'ordre de leurs réfrangibilités respectives, et nous espérions étendre ainsi à la majorité des rayons du spectre cette variabilité d'action que nous avons bien réellement reconnue à une petite portion seulement d'entre eux. Mais quelque soin que nous ayons mis à varier ces expériences, nous ne sommes arrivés à confirmer ces actions successives qu'entre les limites étroites où elles s'étaient d'abord montrées à nous, alors que nous nous bornions à produire en des temps variables une série d'épreuves du spectre sur une plaque impressionnée en blanc.
Les rayons susceptibles d'agir ainsi en deux sens opposés nous ont paru se localiser dans le jaune, dans la fin de l'orangé et le commencement du vert. C'est en opérant sur des plaques iodées et bromées que nous avons reconnu et étudié leur manière d'agir. Il est très-probable que des phénomènes analogues se produiraient sur d'autres couches sensibles; il est très-probable aussi qu'ils ne seraient pas dus aux mêmes radiations; nous n'avons pas cru devoir en faire l'objet de recherches spéciales. Ce qu'il y avait d'important pour nous, c'était de démontrer que l'action négative de l'extrémité la moins réfrangible du spectre , si facile à mettre en
évidence quand on opère sur les plaques bromées, se reproduit également sur la plupart des matières impressionnables à la lumière, pourvu qu'on, ait recours aux précautions que réclame leur moindre sensibilité.
Nous avons opéré sur les plaques simplement iodées de M. Daguerre, puis sur les plaques iodées et rendues plus sensibles par Tapplication du chlore; nous avons employé encore deux nouvelles couches sensibles, peu connues, qu'on obtient par l'application du chlore et du brome en excès; enfin, nous avons expérimenté sur des papiers enduits de chlorure d'ar^ gent; toujours le même effet s'est reproduit sous l'influence plus où moins prolongée des rayons peu réfrangibles. II nous reste h faire connaître, comment nous avons procédé.
£SSAIS SUR DIVERSES COUCHES SENSIRLES»
C'est particulièrement sur la couche simple d'iodure d'argent telle que M. Daguerre la formait, que nous avons eu hâte de retrouver l'apparition du phénomène précédemment étudié sur les plaques bromées. Le défaut de sensibilité de cette substance nous arrêta d'abord; mais ayant augmenté graduellement la durée d'exposition de nos plaques au spectre solaire, nous avons bientôt reconnu qu'au bout d'un temps très-long et surtout en donnant au spectre toute l'intensité possible, la lumière, diffusée aux surfaces de nos appareils, devenait assez puissante pour impressionner notre plaque en dehors même de l'image du spectre, assez puissante aussi pour masquer l'action négative qui tendait à se produire. Renonçant donc à recevoir le spectre entier, nous avons placé sur la fente qui admettait la lumière solaire deux épaisseurs d'un verre rouge clair qui supprimait loqs les rayons les plus réfrangibles à partir de l'orangé. Le spectre visible ainsi réduit à la partie rouge, nous l'avons fait tomber sur une plaque 4 riode que nous avions impressionnée tout simplement à la luniière du jour, et, après une heure d'une pareille exposition, la plaque a donné au mercure une image partie positive, partie négative. La partie négative était à la fois très-manifeste et très-limitée; elle commençait au delà de la raie A,
s'étendait à une très-petite distance et correspondait à des rayons à peu près invisibles (pi. 1, fig. 6, n" Vil).
Les rayons capables de produire une action négative sur les plaques préparées à l'iode seul et impressionnées sont donc en très-petite quantité et situés au delà du rouge extrême. L'énorme prédominance des rayons qui; sur les plaques à l'iode agissent d'une manière positive, rend suffisamment compte de la nécessité de recourir au verre rouge pour arrêter la partie diffusée de ces rayons, qui viendraient, sans cette précaution, se mêler à la petite quantité des rayons agissant à la manière inverse et masqueraient leur effet. Cette particularité explique aussi pourquoi la couche simple d'iodure d'argent a semblé, pour quelques expérimentateurs, ne pouvoir se prêter à chercher l'action photographique spéciale qui fait l'objet de ce mémoire.
Tout en poursuivant ces recherches, nous ne perdions pas de vue l'action continuatrice annoncée par M. Edmond BecquereL Sur les plaques bromées, elle ne s'est jamais manifestée; sur les plaques à l'iode, au contraire, elle s'est toujours montrée d'une manière évidente. Qu'un spectre tombe sur une plaque iodée non impressionnée, il y trace une image qui commence à la moyenne distance comprise entre F et G et qui s'étend, comme on le sait, bien au delà du violet; mais, pour peu que la plaque ait déjà subi une impression faible, toute la partie visible du spectre restée inaclive dans le premier cas, devient capable de former une image positive dont le mîiximum est en D. Malgré son peu de sensibilité , la plaque iodée de M. Daguerre permet donc de con.stater les trois modes d'action annoncés jusqu'ici. Action négative correspondant à des radiations invisibles situées au delà de A, action continuatrice positive due aux rayons compris entre la raie A et la demi-distance entre F et G ; action immédiatement positive due aux rayons les plus réfrangibles compris à partir de ce point.
Plaques préparées à Viode et au chlore. — On emploie souvent, pour augmenter la sensibilité des plaques iodées, une substance moins efficace que le brome, le chlorure d'iode, qui n'agit évidemment que par le chlore qu'elle contient. Nous nous sommes proposé de faire quelques expériences
sur cette couche sensible que le fréquent usage qu'on en fait ne nous permettait pas de négliger, mais au lieu de la former par Tapplication successive de l'iode et du chlorure d'iode, nous avons préféré recourir isolément à l'iode et au chlore en mettant en pratique, pour ce dernier corps, la méthode qui nous réussissait si bien pour l'emploi du brome. Débarrassés des incertitudes inhérentes à l'emploi du chlorure d'iode, nous sommes bientôt arrivés en lui substituant une solution titrée de chlore à préparer des plaques identiques entre elles et à les rendre à coup sûr aussi sensibles que possible. Cette méthode d'application du chlore étant calquée de tous points sur celle qui nous sert pour le brome, nous ne nous arrêterons pas à la décrire et nous passons aux résultats obtenus. Sous tous les rapports, la plaque chlorée vient se placer entre la plaque iodée et la plaque bromée, elle est cinq ou six fois plus sensible que la première et beaucoup moins sensible que la seconde, aussi sommes* nous arrivés assez promptement à constater qu'elle est apte comme l'une et l'autre à manifester l'action inverse des rayons les moins réfrangibles. Il a fallu l'impressionner 30 ou &0 secondes h la lampe et l'exposer au spectre pendant 10 minutes pour obtenir une épreuve du faisceau dispersé, terminée à l'extrémité la moins déviée par une ombre bien sensible correspondant en son milieu à la raie A s'étendant d'une part jusqu'à a et gagnant d'autre part la région des rayons invisibles.
Plaques iodées traitées par le chlore et le brome en excès. — Outre les couches sensibles que nous venons de passer en revue on peut encore en former d'autres sur les plaques qui se distinguent par des propriétés spéciales et qui, à ce titre, méritaient aussi de fixer notre attention; on s'arrête ordinairement dans l'application du brome et du chlore aux plaques iodées h une certaine limite que l'on a crue longtemps infranchissable, cette limite est posée par un accident qui survient presque constamment quand on la dépasse. Fait-on absorber aux plaques iodées une quantité de chlore ou de brome un peu supérieure à celle reconnue convenable pour lui donner le maximum de sensibilité, il se produit dans la pellicule dont l'argent s'est recouvert une révolution telle qu'elle
semble perdre brusquement sa sensibilité, son aspect physique ne change pas pour cela, elle continue dé noircir au grand jour, mais elle a perdu la faculté de condenser la vapeur de mercure en 'quantité proportionnelle à la somme d'action du fluide lumineux, elle n^est plus propre à former épreuve et mise en présence des vapeurs mercurielles , elle s'en recouvre uniformément et prend un aspect chatoyant et irisé, c'est ce que les artistes en photographie appellent le voile de brome et de chlore. L*apparilion de ce voile est donc Tindice certain d'un léger excès de vapeur accélérative brome ou chlore. Mais, chose singulière, l'un de nous en commun avec M. BelGeld Lefèvre a montré^ en septembre 18ù6, qu'un excès de brome plus considérable encore reconstituait la couche daguerrienne dans un nouvel état qui la rendait de nouveau sensible.
i La dose de brome nécessaire à la production de ce singulier résultat est égale à trois fois la dose ordinaire, à trois fois celle qui convient pour porter une plaque au maximum de sensibilité; mais il est à remarquer qu'en prenant trois fois plus de brome, la plaque devient trois fois moins sensible. Nous avons reconnu depuis que le chlore donne lieu aux mêmes phénomènes. Nous avons, dès lors, à notre disposition deux nouvelles couches sensibles qui se distinguent à plusieurs égards de celles qu'on emploie communément. Soumises comme les autres à l'expérience, elles ont également rendu manifeste l'activité négative de l'extrémité la moins réfrangible du spectre photographique. Sur les plaques bromées à triple dose dont la sensibilité est encore très-grande, l'image négative s'est montrée sans peine, son maximum correspondait à la raie A (pi. l,fig.6, n** IX).
Mais les plaques chlorées à triple dose, dont la sensibilité n'est que peu supérieure à celle des plaques préparées à l'iode seul, ont résisté plus longtemps à nos efforts, il a fallu recourir au verre rouge pour supprimer la diffusion des rayons réfrangibles et pour faire apparaître l'image négative qui se trouve reléguée comme sur les plaques à l'iode seul au delà de la raie A (pU 1, fig. 6, n* VIII). Enfin, comme dernier trait de ressemblance, nous avons constaté une action continuatrice sensible.
Voici donc cinq couches impressionnables à la lumière qui diffèrent entre elles par leur sensibilité, par leur composition chimique et qui toutes
accusent des propriétés opposées dans les extrémités du spectre. En les énumérant dans Tordre de leur variabilité ^ la plaque bromée à la manière ordinaire se présente en première ligne, vient ensuite la plaque bromée en excès, la plaque chlorée vient après, puis la plaque chlorée à triple dose et enfin la plaque préparée à Tiode seul. Il est à remarquer que ces différentes couches se rangent encore dans le môme ordre, si on les consi^ dère au point de vue de la facilité avec laquelle elles se prêtent à traduire Faction spéciale des rayons peu réfrangi blés; ainsi sur les plaques bromées ordinaires cette action n'est plus contestée par personne; sur la plaque iodée elle a été contestée jusqu'ici par les expérimentateurs qui n'ont pas eu l'idée de recourir au verre rouge. Le phénomène de continuation parait être, au contraire, incompatible avec une grande sensibilité, car il ne se montre que sur la couche d'argent iodé et sur celle qui la suit immédia-* temen^ dans l'ordre croissant de la sensibilité.
Papier enduit de chlorure d'argent. — Les diverses préparations examinées jusqu'ici se forment toutes à la surface de l'argent métallique et les épreuves sur plaques, que nous obtenions à leur aide, n'ont pas sem* blé pour tout le monde aussi concluantes que possible ; on a supposé que l'éclat du métal était un obstacle à la saine appréciation de l'éUit de la couche déposée à la surface, on a cru que nous pouvions confondre l'état solarisé et l'état primitif d'une plaque non impressionnée. On s'est surtout effrayé de voir employer concurremment l'iode et le brome, l'iode et le chlore, et l'on nous a renvoyé aux papiers en nous affirmant que les phénomènes seraient tout autres. Nous ne demandions pas mieux que de soumettre les propriétés du speclre à ce nouveau genre d'épreuve. Nous savions bien pourtant, d'après MM. Herschell et Seebeck, que le chlo* rure d'argent noirci à la lumière ne peut pas, dans les rayons rouges, retrouver le chlore qu'il a perdu et que, dans ces circonstances, il ne fait que prendre une teinte rosée particulière.
Mais nous avons pressenti qu'en exposant momentanément à la lumière du chlorure d'argent et qu'en le soustrayant à cette influence bien avant l'époque à laquelle le chlorure change sensiblement de teinte,
nous provoquerions dans cette substance une modification dans la teinte qui pourrait s'annuler sous l'influence des rayons rouges; nous comptions d'ailleurs sur l'acide gallique pour rendre sensible à l'œil le résultat final de ces deux opérations successives.
Voici comment l'expérience a été conduite : nous avons déposé le chlorure d'argent sur l'une des surfaces d'une feuille de papier, en nous fondant sur la double décomposition qui s'opère dans le tissu même delà feuille lorsqu'on l'imprègne d'abord de chlorure de sodium et qu'après l'avoir laissée sécher on la dépose sur la*surface libre d'une dissolution étendue de nitrate d'argent. Après l'avoir fait sécher de nouveau par pression entre plusieurs doubles de papier buvard , nous l'avons fixée sur une tablette en bois comme une plaque et nous l'avons exposée pendant cinq minutes au rayonnement de la lampe. Le chlorure ne paraissait nullement altéré, le papier avait conservé toute sa blancheur. Nous savions, par expérience, qu'il fallait quatre fois plus de temps pour modifier sensiblement sa teinte. Ainsi impressionnée, nous l'avons placée au foyer du spectre et l'y avons maintenue pendant une heure. Peu à peu l'action photographique s'est exercée avec une intensité particulière et correspondant à chaque rayon simple, et, quand nous avons retiré la feuille, elle présentait une image nuancée du spectre qui se détachait en foncé sur le blanc inaltéré du papier, le point le plus marqué correspondait au bleu, une des extrémités de l'image s'étendait comme d'habitude bien au delà du violet, l'autre s'avançait en mourant jusque auprès du rouge. C'est alors seulement qu'on a fait intervenir l'acide gallique qui, suivant une observation importante de M. Talbot, jouit de la propriété de mettre en évidence les modifications les plus légères imprimées par la lumière à la constitution des sels d'argent. A l'égard des papiers sensibles, l'acide gallique joue le même rôle que la vapeur de mercure à l'égard des plaques, il fait apparaître des images qui, sans lui, resteraient latentes. Notre épreuve a été plongée dans une dissolution saturée d'acide gallique, elle est devenue le siège d'un phénomène de réduction presque général. Tout le fond, qui, malgré le rayonnement de la lampe, avait conservé jusque-là son blanc parfait, a bientôt noirci uniformément dans toute son étendue, excepté
dans les points qui avaient été frappés par les rayons rouges du spectre et qui prolongeaient son image en une petite traînée blanchâtre. La conser* vation de cette partie claire est une nouvelle mani(estation de celte action inverse qui s'est montrée si souvent dans le cours de nos expériences. Quelle que soit la modification imprimée par la lumière au chlorure d'argent, cette modification est réelle et incontestable, puisqu'elle devient la cause de la réduction que ce corps éprouve ultérieurement en présence de l'acide gallique; il est également incontestable que cette modification est neutralisée par les rayons rouges et autres moins réfrangibles encore, puisque les parties soumises à leur influence prolongée se conservent intactes dans l'acide gallique tout comme celles qui sont restées à l'abri de toute espèce de lumière. Les résultats fournis pour les papiers et étudiés par l'acide gallique sont donc en tout point comparables à ceux qu'on produit sur les plaques avec le concours des vapeurs mercurielles.
Conclusion. — Sur les papiers enduits de chlorure d'argent aussi bien que sur les plaques daguerriennes, les rayons les moins réfrangibles du spectre exercent une action négative capable de neutraliser un commencement d'altération due à l'effet des autres rayons.
CONSIDERATIONS SUR LA NATURE DES MODIFICATIONS PRODUITES PAR LA LUMIÈRE SUR LES SUBSTANCES IMPRESSIONNABLES.
Ce mémoire est consacré tout entier à la démonstration d'un fait nouveau, à savoir, que la modification produite sur les substance simpressionnables par l'action des radiations réfrangibles peut s'effacer sous l'influence d'autres radiations moins réfrangibles pourvu que cette modification n'ait pas été poussée au delà de certaines limites. Ce fait, observé par nous d'abord sur les plaques bromées, a perdu les apparences d'un phénomène accidentel pour revêtir un caractère de généralité du moment où nous l'avons vu se reproduire sur des couches sensibles différentes ; les conséquences qui en découlent prennent elles-mêmes une certaine
importance et méritent qu'on les expose avec quelque développement. Les changements survenus sous Finfluence prolongée de la lumière dans les substances impressionnables ont généralement été rapportés à une action chimique. Quand le chlorure d'argent,. en particulier, noircit au soleil, on ne saurait nier qu'il subit une décomposition chimique bien réelle, puisque le dégagement du chlore ou de composés chlorés tombe sous le sens de l'odorat, puisqu'à la longue ce chlorure d'argent perd de son poids, cesse de disparaître dans ses dissolvants et finit par reprendre l'aspect métallique. Mais, de celte réaction franche et poussée à l'extrême, comment oser conclure à ce qui se passe sur une plaque ou sur un papier qui ne fait qu'entrevoir le jour, qui ressort de la chambre noire sans modification directement appréciable? Qui pourrait affirmer que, dans ce cas comme dans l'autre, il y ait décomposition? où est le produit dégagé? qui a constaté une diminution de poids? il n'y a même pas de changement sensible dans l'aspect physique de la couche sensible. C'est donc en raisonnant par analogie, et par une analogie bien éloignée, qu'on en est venu à rapporter à une action chimique la formation des images latentes du daguerréotype et des papiers dits calotypés. Toutefois, si rien ne démontrait qu'il y eût action chimique, rien non plus, il faut en convenir, ne démontrait que cette action n'avait pas lieu. La manifestation des propriétés négatives de certains rayons nous semble le premier fait incompatible avec une théorie qui, dans la formation des images photographiques, rapporterait tout à l'action chimique. Si, en effet, les couches d'iodure, de bromure ou de chlorure d'argent perdent, dès le moment du premier contact de la lumière, un de leurs éléments, un élément volatil, comment concevoir que, sous l'influence de certains rayons simples, cette couche soit restituée dans son état primitif? comment concevoir qu'elle recouvre l'élément qu'elle a perdu? cela n'est pas possible. Une expérience, publiée par M. Claudel, vient encore déposer contre la possibilité d'un changement survenu dans le rapport des éléments constituants de la couche sensible. Cette expérimentation a montré qu'après avoir été réparée par les rayons peu réfrangibles, la matière impressionnable était encore apte à être modifiée par la lumière ordinaire, confirmant ainsi la proposition
avancée par nous; que cette matière était reconstituée dans son état primitif. Cette curieuse expérience a été poussée plus loin encore. M. Claudet affirme avoir fait agir alternativement, et un grand nombre de fois, des rayons excitateurs et des rayons réparateurs sur une même plaque bromée qui, toujours sous l'influence de ces derniers, redevenait telle qu'elle était à Torigine.
U nous semble de plus en plus difficile de concilier ces faits avec les principes d'une théorie qui rapporterait exclusivement à une action chimique toutes les variations qui surviennent dans les affinités des substances impressionnables & la lumière. Sans doute nous croyons qu'à la longue le rayonnement lumineux les modifie chimiquement, nous sommes même très-portés à croire que leur composition élémentaire varie dès l'instant où leur couleur s'altère; mais bien avant cette époque leurs affinités se modifient, leur stabilité diminue, et cette première altération nous semble devoir être attribuée à un changement dans leur état physique soit mécanique, soit électrique. Parmi les corps indécomposables à la lumière, il en est bien qui sont modifiés par cet agent, les substances phosphorescentes entre autres : les sulfures de calcium et de baryum calcinés sont vivement impressionnés aux plus faibles lueurs sans qu'on puisse soupçonner un changement de composition, il y a purement action physique. Pourquoi les iodures, les bromures, les chlorures ne seraient-ils pas aussi, eux, physiquement impressionnés avant que d'être chimiquement altérés? Il y aurait ainsi, dans la série des altérations que ces substances peuvent subir, au moins deux périodes à distinguer, une période d'action physique et une période d'action chimique. L'action physique se produirait d'abord, surviendrait ensuite l'action chimique. Tant que l'étal physique seul serait troublé, les rayons reconnus capables d'agir négativement se montreraient capables de réparer l'atteinte portée par l'impression lumineuse; du moment que la décomposition chimique commencerait à s'effectuer, ces rayons deviendraient impuissants à ramener le corps altéré à son premier état. C'est bien réellement ainsi que les choses se passent tant que les papiers ou les plaques ne sont que faiblement impressionnés ; le spectre, en s'y imprimant , donne facilement une image qui, mise complètement en
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évidence par les réactifs appropriés, présente toujours une partie négative. Mais , du moment que Timpression première a été poussée jusqu'au point de devenir directement sensible à l'œil, il y a lieu de penser que la décomposition a déjà eu lieu et les rayons qui, tout à Fheure, paraissaient doués de propriétés réparatrices ont perdu leur puissance. Le rapprochement que nous avons établi entre les phénomènes de phosphorescence et ceux qui caractérisent la première période des actions photographiques ne laisse pas que d'être favorable à liotre manière de voir. Par sa manière d'agir sur les phosphores de Canton et de Bologne, le spectre se partage aussi en deux parties dont l'une, la plus réfrangible, provoque la phosphorescence et dont l'autre l'éteint. De même qu'il y a une action photogénique négative, il y a aussi une action phosphorogénique négative; il n'est pas possible de méconnaître l'analogie qui réunit étroitement ces deux ordres de faits.
Dans le courant de nos recherches, nous n*avons eu que très-rarement occasion de constater l'action continuatrice découverte par M. Ed. Becquerel; quand elle a lieu elle se rapporte à une classe de rayons situés entre les rayons qui agissent immédiatement d'une manière positive et ceux qui manifestent des propriétés inveftes. Ces effets de continuation, nous ne voulons donc pas les mettre en doute, nous croyons même qu'ils se produisent d'une manière assez générale^ ïnais nous sommes disposés à les rapporter à la période d'action chimique. Les choses se passeraient alors dans un ordre facile à concevoir. Les rayons les plus réfrangibles seraient doués de la propriété de constituer les couches sensibles dans cet état physique particulier qui doit, selon nous, précéder toujours la décomposition chimique ; les rayons les moins réfrangibles posséderaient la propriété inverse ; entre ces deux classes de rayons, il s'en trouverait une troisième dont les aptitudes, à l'effet physique , seraient peu développées, mais qui posséderaient, comme les plus réfrangibles, une grande activité chimique, ils deviendraient par là même des rayons continuateurs, aussitôt qu'ils trouveraient occasion de s'exercer sur une matière déjà physiquemeilt modifiée.
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