‹ Recueil des travaux scientifiquesChapitre 51 sur 179 · SUR LA LUMIÈRE DE L'ARC VOLTAÏQUE · texte numérisé non relu

SUR LA LUMIÈRE DE L'ARC VOLTAÏQUE

(Société Philomatliique, 20 janvier 1849.)

L'arc du charbon, qui est sans contredit le plus facile à manier, fournit à l'analyse prismatique le plus curieux et le plus éblouissant spectacle. Son spectre est sillonné, comme on sait, dans toute son étendue d'une multitude de raies lumineuses irrégulièrement groupées; mais parmi elles on remarque une ligne double située sur la limite du jaune et de l'orangé. Celte double raie rappelant, par sa forme et sa situation, la raie D du spectre solaire, j'ai voulu rechercher si elle lui correspondait; à défaut d'instrument pour mesurer les angles, j'ai eu recours à un procédé particulier.

J'ai fait tomber sur l'arc lui-même une image solaire formée par une lentille convergente, ce qui m'a permis d'observer à la fois superposés le spectre électrique et le spectre solaire; je me suis assuré de la sorte que la double ligne brillante de l'arc coïncide exactement avec la double ligne noire de la lumière solaire.

Ce procédé d'investigation m'a fourni matière à quelques observations inattendues. Il m*a d'abord prouvé l'extrême transparence de l'arc qui ne porte à la lumière solaire qu'une ombre légère ; il m'a montré que cet arc, placé sur le trajet d'un faisceau de lumière solaire, absorbe les rayons

4. Voir Procès -verbaux de la Soc. Philomathique, 4849, p. 46 ; VbisUlutj n*» 788; Bibliothèque universelle de Genève, 1849, t. X ; Ann. de Ch. et de Ph. [3], l. LVIU, p. 476.

D, en sorte que la dite raie D de la lumière solaire se renforce considérablement quand les deux spectres sont exactement superposés. Quand, au contraire, ils débordent Tun sur l'autre, la raie D apparaît plus noire qu'à l'ordinaire dans la lumière solaire et se détache en clair dans le spectre électrique, ce qui fait qu'on juge facilement de leur parfaite coïncidence. Ainsi l'arc nous offre un milieu qui émet, pour son propre compte, les rayons D, et qui, en même temps, les absorbe lorsque ces rayons viennent d'ailleurs.

Pour faire l'expérience d'une manière plus décisive encore, j'ai projeté sur l'arc l'image réfléchie d'une des pointes incandescentes du charbon qui, comme tous les corps solides en ignition, ne donne pas de raies, et, dans ces circonstances, la raie D m'est apparue comme dans la lumière solaire.

Passant alors à l'examen des arcs fournis par d'autres matières, j'ai presque constamment trouvé la raie D positive et à sa place, et j'ai constaté qu'elle coïncide exactement aussi avec la raie brillante de la flamme de la bougie.

Quand on emploie comme pôle des métaux qui ne font apparaître que faiblement cette raie D, comme le fer et le cuivre, on peut toujours la faire revivre avec une intensité extraordinaire en les touchant avec la potasse, la soude ou l'un des sels formés de chaux ou de l'une de ces bases.

Avant de rien conclure de la présence presque constante de la raie D, il faudra sans doute s'assurer si son apparition ne décèle pas une même matière qui serait mêlée à tous nos conducteurs. Néanmoins ce phénomène nous semble dès aujourd'hui une invitation pressante à l'étude des spectres des étoiles, car si par bonheur on y retrouvait cette même raie, l'astronomie stellaire en tirerait certainement parti.

J'ai tenté aussi de faire concourir ces différents arcs comme celui du charbon avec la lumière solaire, et dans ces circonstances j'ai encore été frappé de l'apparition de phénomènes imprévus. Pendant la coïncidence de ces différents spectres, j'ai vu les raies électriques se détacher sur le fond relativement uniforme du spectre solaire, de sorte qu'on pouvait constater que, malgré l'apparence de leur disposition fortuite, elles possè-

dent toutes la nuance que leur assigne la réfrangibilité; cette appréciation se fait d'une manière sûre, car le terme de comparaison n*est pas loin.

Mais ce qui frappe surtout dans cette expérience, c'est que parmi les raies électriques il en est qui possèdent une intensité absolue énormément supérieure à celle du rayon solaire correspondant. Dans l'arc de l'argent notamment, on trouve une raie verte pour ainsi dire ingrossissable par les prismes et d'un éclat éblouissant. C'est une véritable source de lumière simple, et comme cette raie est isolée, comme l'arc d'argent est transparent, tranquille et durable, rien n'empêchera de rendre cette source de lumière verte aussi intense qu'on voudra et de l'utiliser pour la démonstration de phénomènes que la théorie seule indiquait jusqu'à présent. La photographie nous servira à mesurer l'intensité extrême de ce beau rayon dont on pourra constater aussi, sans aucun doute, l'action calorifique.

D'autres rayons très-intenses vont encore se localiser dans les différentes parties de ces spectres et même aux extrémités, et il y a de grandes chances pour y découvrir des raies isolées dont les rayons correspondants ne peuvent être aperçus dans la lumière solaire.

Page 1