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En commun avec M. J. Regnauld

2. Voir Procès-verbaux de la Société PlUlomalhique, ^848, p. 72; Vlmiilut, 4 janvier 4849.

rable à celui qui résuite de l'immersion d'une main dans l'eau à 0^ et de la seconde dans un liquide porté à une température élevée; il y a évidemment dans cette circonstance deux modifications dissemblables des appareils nerveux périphériques, puis deux ébranlements différents du sensorium.

Mais si d'un même point du cerveau s'irradient deux agents de transmission qui se rendent à des éléments correspondants des deux rétines, plusieurs phénomènes sensitifs sont encore possibles.

Lorsque l'impression produite sur l'une des rétines arrivera seule jusqu'au sensorium, il n'y aura qu'une sensation chromatique, correspondant aux rayons qui affectent cette dernière. Dans le cas où la prépondérance de la première membrane nerveuse est remplacée après un certain temps par celle de la seconde, l'observateur recevra successivement les impressions procédant des rayons de réfrangibilités différentes qui agissent sur les écrans sensibles.

Enfin, dans la même hypothèse, s'il arrive que la puissance et l'activité des deux organes visuels soient égales, la même partie de l'encéphale reçoit au même instant deux ébranlements , et la sensation éprouvée doit être la résultante des deux impressions simultanées; exactement de la même manière que cela se passe quand chaque élément de l'une des rétines reçoit deux ébranlements différents; il naît de là, comme on sait, une sensation mixte essentiellement distincte de celle qui résulterait de l'une ou de l'autre des impressions prises isolément.

Nous nous sommes servis dans nos recherches de verres colorés transparents lorsqu'il s'agit d'éclairer en même temps toute l'étendue des champs visuels, et du stéréoscope de M. Wheatstone quand nous voulions impressionner des portions correspondantes des deux rétines.

Ces prémisses étant posées, nous résumerons dans les propositions suivantes les principaux faits relatifs à notre sujet.

Les deux champs visuels étant éclairés à la fois par des rayons colorés différents, jamais on ne perçoit au même instant deux sensations distinctes. La première hypothèse sur les relations existant entre l'encéphale et les deux rétines doit donc être rejetée d'une manière absolue.

Lorsque les deux champs visuels reçoivent en même temps les impressions produites par des rayons colorés dissemblables, il existe chez tous les hommes une tendance, presque irrésistible dans Torigine, à ne se servir que de Tun des yeux, et une puissance abstractive (tenant probablement à une cause psychique), en vertu de laquelle l^ébranlement engendré sur une des membranes nerveuses cesse d'être transmis au cerveau.

Notons ici que cette faculté doit certainement exister à un plus haut |)oint de développement chez un grand nombre d'animaux occupant divers degrés de la série qui , par la disposition anatomique de leurs organes optiques , embrassent continuellement deux images différentes dans leurs champs visuels.

•Si Ton éclaire un des yeux par des rayons rouges et l'autre par des rayons bleus, dans les premiers moments de l'observation une seule des impressions est perçue, et un des yeux reste complètement inactif, tandis que l'autre jouit de toutes ses propriétés. Après un temps variable, les rôles sont intervertis, l'œil actif devient inerte, les interversions se renouvellent ainsi plusieurs fois, et, dans le cas cité, on éprouve successivement la sensation du rouge et puis celle du bleu.

Mais en donnant à l'observation une durée suffisante, il arrive constamment que les alternatives cessent et que l'on perçoit une sensation mixte, celle du violet dans l'exemple que nous avons choisi.

La sensation mixte perçue n'est toutefois pas celle qui résulterait de l'interposition des deux verres devant un seul œil ; mais elle est identique avec celle que Ton ferait naître en dirigeant deux faisceaux de lumière blanche à travers les verres colorés et les faisant par réflexion concourir et se superposer dans le même organe visuel.

Nous n'insisterons pas sur cette remarque portant sur un point dont la réalité ne saurait être contestée; si nous la mentionnons, c'est qu'elle nous semble aussi expliquer l'erreur de quelques auteurs qui ont nié que la recomposition des teintes pût s'opérer par le procédé qui nous occupe, précisément parce qu'ils cherchaient à obtenir un résultat irréalisable.

Nous avons constaté une observation déjà faite par Helcker * et que

^ Miillefs Archiv.^ 1836, p. 60.

nous allons indiquer. La superposition des impressions colorées s'opère souvent d'une façon irréguliëre dans le champ de celui des yeux qui perçoit nettement; à un instant donné apparaissent des taches plus ou moins étendues qui se couvrent de la couleur correspondant aux rayons arrivant à l'œil qui semble inerte.

Il résulte de ce fait qu'il existe des portions de la rétine, de formes irrégulières, qui ont une sensibilité faible ou nulle. Les parties correspondant aux taches doivent être considérées comme totalement privées, au moment de l'expérience, de la faculté de recevoir les impressions lumineuses.

Il paraît probable a priori^ d'après cette expérience, que la portion des rétines désignée sous le nom de punctum cœcum doive être constamment mise en évidence par ce genre d'observation, puisque les éléments des rétines qui occupent leur étendue ne se correspondent pas. Il n'en est pas ainsi, et nous pensons que l'on peut se rendre compte du phénomène eo admettant que les punctum cœcum ^ peu sensibles aux impressions directes, reçoivent avec une grande facilité les ébranlements que leur transmettent les éléments nerveux qui les avoisinent. Cette expérience confirme du reste un résultat analogue déjà obtenu par M. D. Brevrster au moyen d'une autre méthode.

Nous avons constaté que Tinsensibilité de quelques portions des rétines n'est pas permanente, ce qui est indiqué par le déplacement et le changement d'étendue des taches; que l'on peut faire naître à volonté des taches, c'est-à-dire suspendre l'activité d'une portion limitée de la rétine par divers moyens, et surtout en l'impressionnant par une vive lumière. La durée de l'inertie est alors généralement proportionnelle à l'intensité on à la durée de l'ébranlement qui l'a engendrée.

La recomposition des teintes dans les expériences citées peut s'opérer avec plus ou moins de facilité, suivant les individus, et d'après certaines conditions dont nous avons reconnu l'influence dans ces phénomènes physiologiques.

Si au lieu de considérer un champ très-étendu uniformément éclairé et ne présentant aucun détail capable de fixer l'attention, on trace sur ce

champ une figure quelconque, Tactivité des deux yeux est excitée en même temps et la sensation mixte naît avec une grande facilité.

11 est évident alors que la tendance de l'un des, appareils visuels à se distraire dans ce mode d'impressionnement anormal est combattue par la puissance de l'attention.

Cette condition se trouve naturellement remplie quand on se sert du stéréoscope de M. Wheatstone et que l'on présente aux yeux deux cercles diversement colorés.

Nous sommes arrivés, en faisant usage de cet appareil, à des résultats que nous avons répétés avec un grand nombre de personnes: ils sont entièrement opposés à ceux que ce physicien a énoncés.

La recomposition des teintes, au moyen de deux impressions différentes, est un fait nié par M. Wheatstone, et dont nous affirmons la réalité ; la dernière expérience que nous avons tentée doit être considérée d'ailleurs comme sa confirmation la plus absolue et la plus frappante.

Si deux rayons colorés, capables en arrivant sur un écran blanc de produire une teinte mixte, font naître la même sensation en arrivant isolés sur les éléments correspondants des rétines, il nous a semblé fort probable que deux rayons colorés complémentaires, c'est-à-dire susceptibles d'engendrer la lumière blanche par leur rencontre, devaient produire la sensation du blanc en ébranlant les portions correspondantes de la membrane sensible.

Pour constater la possibilité de cette recomposition, nous devions nécessairement agir sur des teintes complémentaires naturelles; c'est ce que nous avons fait en adoptant la disposition expérimentale suivante. Nous avons annexé à l'appareil de M. Wheatstone deux miroirs plans formant un angle dièdre variable dont l'arête verticale est placée symétriquement par rapport à celle des deux glaces du stéréoscope. Les montants verticaux portant les coulisses destinées à faire glisser les images ont été percés de deux larges orifices circulaires. Dans les coulisses, nous plaçons deux glaces sur lesquelles sont collés deux écrans circulaires de papier blanc de même grandeur et d'un diamètre moindre que celui des orifices pratiqués aux montants.

Au moyen des phénomènes de polarisation chromatique, nous obtenons deux larges faisceaux cylindriques offrant des teintes complémentaires, nous les dirigeons horizontalement de manière qu'ils se réfléchissent sur nos miroirs plans; ils traversent les glaces des coulisses qui restent obscures, mais se réfléchissant irrégulièrement sur les écrans circulaires plans, ils donnent deux disques lumineux exactement identiques quant à la forme et à l'étendue, qui deviennent les images que Toq amène par le stéréoscope à tomber sur des éléments correspondants des rétines.

La disposition des appareils polarisateurs permet de passer par une série de teintes complémentaires nombreuses, de faire varier en même temps l'intensité des deux images colorées et de modifier l'intensité de l'une ou de l'autre des images isolément.

Voici les résultats physiologiques constatés :

Lorsque les éléments correspondants des deux rétines sont impressionnés en même temps par les images des deux disques de teintes complémentaires, les alternatives d'activité ou d'inertie de l'un des yeux se manifestent généralement au début de l'expérience, et l'on perçoit tantôt l'une des teintes, tantôt sa complémentaire; mais après quelques instants, nous avons constaté, sur nous et sur d'autres observateurs, que Tonne voit plus qu'un seul cercle blanc.

Quand les yeux sont en quelque sorte accoutumés à ce mode d'impressionnement inusité, la tendance à la recomposition devient tellement énergique chez quelques personnes, que l'on peut faire passer les écrans par toute la série des teintes complémentaires que donne l'appareil sans qu'il y ait sensation correspondant aux couleurs; on perçoit seulement la lumière blanche.

Si on diminue l'intensité de Tune des couleurs l'autre restant constante, la recomposition s'opère encore, mais le disque blanc paraît se teindre légèrement de la teinte dominante.

Lorsque l'intensité des rayons complémentaires varie de la même manière pour les deux faisceaux, on observe que la recomposition se fait

avec d'autant plus de facilité au début de Tobservation que leur intensité est plus modérée.

Parmi les rayons complémentaires que nous avons essayés, la teinte bleue sensible et le jaune se prêtent le mieux à Texpérlence et donnent immédiatement la sensation du blanc. Nous pensons que ce dernier phénomène tient à ce que l'accommodation des yeux étant la même pour ces groupes de rayons, d'après les portions du spectre qu'ils occupent, les efforts nécessaires à la recomposition sont par cela même beaucoup moindres.

Nous n'insisterons pas sur l'intérêt qui s'attache au phénomène que nous venons d'énoncer. Bornons-nous à faire remarquer : Que jamais on n'avait fait naître la sensation de la lumière blanche par deux impressions chromatiques dans chacun des yeux ; — Que la sensation unique blanche naissant de deux rayons complémentaires est tout à fait indépendante d'une action réciproque de ces rayons en dehors de l'appareil visuel ; — Que les impressions lumineuses produites sur les rétines conservent toutes leurs propriétés jusque dans les profondeurs les plus intimes de l'encéphale.

NOTE

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