‹ Recueil des travauxChapitre 3 sur 5 · Vous desirez estrc louées · texte numérisé non relu

Vous desirez estrc louées

Et de chascun avoir la grâce,

Et pour ce estes ainsi parées

Par teste, par corps et par face. ^^

Mais croyez qu'il n'est riens qui face

Tant vous louer que humilité,

Ne qui de bien plus vous pourchace

Ne d'amour, c'est la vérité.

3* Humilité est la nourrice ^^

D'amour et de dilection, Et si a de son droit office La garde et la protection De parfaicte excellenction,

Et pour ce, se vous requérez ^^

Grande recommendation, Pour Dieu, humilité querez. *

1 C'est aussi le premier conseil que donne aux femmes Olivier de la Marche, dans son Triumphe des dames , édit. Kalbfleisch, p« 5-6. — Dans le ms. 758, fol. 4^) de la Bibliothèque municipale de Tours, se trouve un poème, encore inédit, intitulé le Droit aiour des darnes^ composé pour inviter les femmes à se vêtir « d'humilité ». Voici la première strophe :

Dame de très plaisant actour

Et de luisante pourtaicture,

Venez toutes de moy entour

Pour entendre cette escripture.

Délaissez d'orgueil la painture,

Revestez vous d'umilité,

Pour éviter Torde pointure

D'enfer et de l'orribleté.

Philippe Bouton, dans son Miroir, trouve au contraire que les femmes sont des modèles d'humilité, « en maintien, en cueur et en œul ». Edit. Beauvois, p. 25.

«5 La benoiste Vierge Marie,

Qui tant fut bonne et débonnaire

Et de tant de vertuz raempiie *^

Que nul ne le sçairoit retraire,

La chose qui plus la fist plaire

A la treshaulte Trinité,

Qui mère de Dieu la fist faire,

Ce fut sa grant humilité. ^^

^ Humilité eust le pouoir

Qu'elle la fist devenir mère

De Dieu, et la fist concepvoir

Jhesucrist, son filz et son père,

Et si fist tant, par son mistere, ^^

Que toutes générations

La tesmongnerent, a voix clere,

Plaine de bénédictions.

^7 Soyez doncques, dames, garnies

D'umilité, s'avoir louenge *^

Vous voulez et estre chéries

Du privé comme de Testrange,

Car toute la beaulté d'un ange,

Sa clarté, son agilité,

Ne vous seront ne plus que fange, *^

Se vous n'aviez humilité.

38 Qui avroit toutes les vertus

Assemblées, et il n'avroit Son corps paré et revestus

D'umilité, il sembleroit ^^

Ung homme qui porter vouldroit Dessus sa teste ung plain panier De pouldre seiche et qui courroit Contre le vent, sans soy targier.

3» Car tout ainsi comme le vent ^'^

La pouldre seiche emporteroit.

Tellement que, le plus souvent, Ou panier riens ne demourroit, Tout ainsi se departiroit

Chascune vertu, se me semble, ^^

Quant humilité n'y seroit, Ne ne se tendroient ensemble.

♦o Portez doncques, dames, portez

Geste ensei^e dessus voz testes^ Et désormais vous déportez ^^^

De porter l'enseigne des bestes ; Car soyez seures que vous n'estes Plaisantes a Dieu ne a homme^ Soit aux jours ouvriers ou aux festes, Ainsi cornues, c'est la somme. ^^

^^ Ne laissiez point les panonceaulx

Ne l'enseigne de vostre ami Jhesus, pour prendre les seaulx De l'ordre de vostre annemi,

Car il n'est ne jour ne demi ^«5

Qu'il n'estudie a vous destruire.

Autres tesmoingz y a que mi, Qui l'ont ainsi voulu escripre. ^

1 Les coiffures désordonnées des femmes sont condamnées dans de nombreux sermons comme étant les insignes du diable et de l'enfer. Un dominicain traçait des parisiennes de la fin du XIIIa siècle le portrait vivant : « En apercevant une de ces femmes, ne la prendrait-on pas pour un chevalier se rendant à la Table Ronde? Elle est si bien équipée, de la tète aux pieds, qu'elle respire tout entière le feu du démon.... Levez les yeux vers sa tète : c'est là que se voient les insignes de l'enfer. Ce sont des cornes, ce sont des cheveux morts, ce sont des figures de diable. » Lecoy de la Marche, Oav, cit., p. ifiS. — Le chevalier de La Tour Landry, dans le livre qu'il composa pour renseignement de ses filles, raconte qu'un

^ Le deable par son grani orgueil

Fut chassé hors de paradis. ^^

En enfer, en paine et en dueii

Fut mis, ou il sera tousdis.

Et afin qu'il fust plus hardis

Et qu'on le fuye et qu'on le craigne

On luy mist cornes huit ou dix ^^

Sur son chief, pour sa propre ensaigne.

^ Geste ensaigne est la plus propice

Pour luy que nulle autre apparance,

Car elle dénote le vice

D'orgueil et son oultrecuidance ; ^^

Et pour ce que, par arrogance.

Il voulut ressembler a Dieu,

En mémoire de ceste offence

On luy mist cornes en ce lieu.

évéque prêchait un jour devant une grande assemblée « de dames et de damoiseUeSy dont il y en avoit d'aitournees a la nouvelle guise qui couroit, et estoient bien branchues et avoient grans cornes ». Cet évéque compara ces dames « ainsi cornues et branchues » à des limaces et à des licornes, et il ajouta : « Je doute que Tennemy soit assis entre leurs branches et leurs cornes ». Edit. Montaigion, p. 98-99. Ailleurs, le chevalier de La Tour Landry raconte à ses filles qu'un saint ermite vit un jour des chevaliers et des damoiselles qui « bourdoyent et jengloyent » à la messe, et des diables « moult noirs et moult orribles qui aussi se rioyent et jengloyent d'eulx. Ces ennemis saiiloient sur leurs cornes, sur leurs riches atours et sur leurs cointises, aussi comme petiz oiselez, qui saillent de branche en branche. » p. 63. — Quicherat, p. 3 10, rapporte une diatribe du cordelier Pierre des Gros contre les « couvrechefs à bannière » : « La teste, qui souloit estre cornue, maintenant est mitree.... C'est grand folie d'ainsi lever et hausser le signe de son orgueil. Je vois autre mal a ce grand estendard qu'elles portent.... C'est signe que le diable a gagné le chasteau contre Dieu. Quand les gens d'armes gagnent une place, ils mettent leur estandard au-dessus ».

*♦ Se vous voulez doacques, nies dames, '*^

Estre a Dieu et de sa mesgnie, Pour sauver voz corps et voz âmes, Laissiez ces cornes, je vous prie.

Car ne doubtez que trop ennuyé A Dieu, quant il voit que Tensai^ne ^^

De son adversaire partie Vous portez ou lieu de la sienne.

** Je ne saiche roy terrien

Qui ne fut tresfort desplaisant

Se son annemy ancien, **

Par oultrage guerre faisant

Et son royaume destruisant,

Venoit desploier ses banieres

A son pays le plus plaisant.

Et les planter a ses barrières. ^^

^ Encores plus luy desplairoit

S'ainsi estoit qu'il apperceust Son annemy, qui desploieroit En la meilleur ville qu'il eust Son estandart, et que ja feust ^^

Tout au plus hault du chastel mis.

Et que secourir ne lui peust Sans passer par ses ennemis.

^7 Tout ainsi despiaist il a Dieu

Et lui est tresdesagreable, ^^^

Quant il voit oster de son lieu

Son ensaigne tresagreable

D'umilité, et que le deable,

A vostre perte et grant meschief,

Met son ensaigne espovantable ^^

D'orgueil par dessus vostre chief*.

^ Se vous saviez bien la raison

Pourquoy devez estre voillees Et avoir en toute saison

Le chef couvert, si empeschees ^^

Ne si tresfort embesongnees Ne seriez de lever voz testes, Pour estre de tous regardées, Ainsi cornues que vous estes.

♦» Le voille a esté ordonné* ^^

Pour les femmes generaument, Et si leur a esté donné Pour deux causes principaument :

L'une, pour moustrer clerement Qu'elles sont en subgection ^

D'omme et en son gouvernement Et dessoubz sa protection ;

> C'est à peu près ce que disait l'auteur du Dit des cornetes, publié par Jubinai dans ses Jongleurs et trouvères, p* 91 :

De lor cornes est grand parole, Genz s'en gabent, n'est pas frivole,

Parmi la vile.

Tel cointise est a Dieu trop vile, C'est aussi voir comme évangile,

Et n'est pas fable.

Mes je croi bien que le deable, Les veut asseoir a sa table.

Qui leur ensaingne Qui n'i ait nule qui se faingne De porter de pechié l'ensaingne

Desus son chief.

« Voy. I Epît. aux Corinthiens, chap. XI, v. 2-16.

^ L'autre, aussi en siç^nifiance

De la granl malédiction Que Eve par inobediance En sa ^ande transgression Fist a sa generacion, Et pour mouslrer appertement Que la prevaricacion Vint des femmes premièrement.

6^ Par ainsi vous pouez congnoistre

Et clerement apercevoir Pour quoy couvertes devez estre, Et que le voille blanc ou noir Vous est baillé, a dire voir, *^

En signe de pugnicion, Pour vostre mal plaindre et douloir Et en avoir contriction.

^ Si m'esbahis dont tout ce vient.

Ne qui vous a ainsi deceues, **^

Si non folie qui vous tient,

De vouloir estre ainsi cornues.

Et d'eslever jusques aux nues

Le couverteur de penitance.

De vouloir ainsi estre veues **^

En reprouche et en desplaisance.

^ Je ne tendroye pas a saige

La femme qu'on aroit mistree

Pour murtre ou pour maquerelage.

Ou qu'on aroit pilloriee, *^

« I Epit. à Timothce, chap. II, v. i4.

S*elle se tenoit a parée D'avoir la mistre sur sa teste Bien hault assise et eslevee, Guidant que ce fust chose honneste.

M Ainsi me semblent grans follies *^

Quant femmes, pour elles parer Et pour ressembler plus jolies, Veullent leurs voilles eslever Qu'on leur a voulu ordonner

Pour leurs deffaultes regarir, *^

Et qu'elles deussent abesser Si bas qu'on ne les peust choisir.

^ Et affin qu'on ne die mie

Que j'aye mes rimes trouvées

Par courroux ou par quelque envie, *^

Sur celles qui sont attournees

Et qui ont leurs testes voillees

De cuvrechiefz, tant seulement %

1 Les couvre-chefs étaient réservés aux nobles (voy. la strophe 107 du Miroir)^ les chaperons aux bourgeoises. On peut lire, au sujet de la rivalité entre les hauts atours et les chaperons, un débat fort intéressant intitulé le Débat de la demoiselle et de la bourgeoise, composé quelques années après le Miroir aux Dames, et que Montaiglon a publié (Recueil de poésies françoises, t. Y, p. 5-33) d'après une édition de la fin du XVe siècle. (On trouve ce poème dans les manuscrits suivants : Paris, Bibl. nat. fr. 1661, fol. 2-12 ; n. acq. fr. 4^i3, fol. 93-106; Arsenal 3523, p. 51-70; La Haye, T. 328, fol. 2g6-3o6; Vatican. Reg^. i363, fol. 85-io5 ; Reg. 1720, fol. 1 16-126). Voici deux strophes sur les couvre-chefs et les chaperons :

Page 1