‹ Recueil dramatique;Chapitre 101 sur 106 · Scène XIII · texte numérisé non relu

Scène XIII

M 1 !* de Detmoîtd, le Page, le Prince ; derrière lui,

DORKONVILLE et l'EnSEIGKE.

Le Prince. — Entrez, messieurs, suivez-moi. (A l'enseigne,) C'est donc vous qui êtes Detmond, le fils de ce brave major 1

L'Enseigne, sfhéinant profondément .—Oui, monseigneur.

Ls Prince. — C'est une bonne recommandation auprès de moi. Vous aviez pdur père un homme plein d'honneur, un brave guerrier. Sans doute' que son exemple excite votre émulation, et que vous cherchez à vous rendre digne de lui ?

, L'Enseigne.— Monseigneur, je ne fais eh cela que mon devoir.

Le Prince. — C'est tout faire. Le plus brave homme n'en fait pas davantage. Tenez, monsieur, voilà votre mère : ses vertus, et les espérances que donne cet aimable enfant, m'ont fait concevoir de la famille l'idée la plus avantageuse. C'est pour cela que j'ai voulu vous voir tous rassemblés ici.

L'Enseigne, sHnelinemt toujours, — Monseigneur, -vous me faites beaucoup de grâce.

Le Prince. — Je ne vous en fais pas plus sans doute que vous n'en méritez.

L'Enseigne.— Votre Altesse juge bien favorablement.

Le Prince. — En effet, monsieur, il ne me manque que la conviction dans le jugement que je suis tenté de porter de vous, pour faire votre fortune. Cependant cet air libre et assuré qui vous sied si bien. ...

L'Enseigne. — Ah î monseigneur.

Le Prince. — Annonce (souffrez que je le dise) une âme noble ou très-corrompue. On ne saurait soupçonner un fils né de tels parens. Non sans doute. Ainsi, monsieur, que pourrait-on faire pour vous ? Un grade

de plus ne vous avancerait pas beaucoup. Qu'en pense> vous î

L'Enseigne, se frottant les mains. — Non assurément, monseigneur

Le Prince, — Mais si nous sautions ce grade ! Le rang de capitaine, une compagnie : c'est là le premier but de tous ces messieurs. Mais auparavant. . . . {Il se tourne rapidement vers le capitaine.) Monsieur, que pensez-vous de votre neveu ?

. DornonvilIe, un peu embarrassé. — Moi, monseigneur î Ce que j'en pense ! . . . .

Le Prince. — On dirait, beaucoup de mal.

Dornonville. — Non, monseigneur, plutôt du bien. Je crois qu'il a du cœur, qu'il sera brave. ...

Le Prince, regardant V enseigne avec un air de satisfaction. — Oui î Cela est-il vrai 1

Do rnonville.— D'ailleurs il est d'une taille avantageuse.

Le Prince.— C'est un bel homme, j'en conviens. Mais sa conduite, ses mœurs ! Je rougis de vous questionner sur de pareilles bagatelles. — Enfin, quel est son caractère?

Dornonville, souriant.—? Ah ! un peu trop de gaieté, de pétulance quelquefois. Au reste, monseigneur, comme vous savez, cela ne messied pas à un soldat.

Le Prince; — Comme je saisi C'est en vérité quelque chose de nouveau pour moi. Il ne me manque plus que votre témoignage, madame. Que me direzvous de votre fils 1 (Après une pause.) Rien î

M?" de Detmond. — Que pourrais-je en dire î

Li Pbiitce. — Ge que vous en pensez, la vérité.

M?* de Detmoïd. — Et le puis-je, monseigneur? Si j'avais à le louer, voudriez-vous que je le fisse en sa présence ? Ou si j'avais à le blâmer, serait-ce devant celui qui tient son sort entre ses- mains ?

Ls Phikce, souriant, — Fort bien, madame. Au bon cœur d'une mère vous joignez toute la finesse d'une femme. Je ne puis m'empêcher de vous admirer. (Reprenant un ton sérieux*') Monsieur, chacun a ses principes. J'ai les miens. Quand je veux avancer un officier, je commence par f envoyer aux arrêts. Que vous en semble î

Ji'EirsEiGif b, effrayé. — Monseigneur. ...

Le Pbiitc Ey— Oui, c'est ma manière. Remettez votre épée au capitaine. Un air plus modeste aurait tout excusé. Mais ce ton assuré, cette hardiesse ! . . . . Avec une conscience comme la vôtre, qu'attendre d'un homme aussi effronté 1 qui devrait sentir qu'il a mérité ma disgrâce ; qui sait avec quelle indignité il en a agi avec la Meilleure des mères ; et qui cependant * . . Monsieur, qu'il soit aux arrêts pour un mois. Je ne veux point d'éclaircissemens sur ce qui s'est passé. C'est à votre considération, madame, et à cause de la manière dont je m'en suis instruit; et surtout parce que les circonstances me font présumer que sa faute est très-grave. . . . (Iftth fan ferme et sévère.) Monsieur le capitaine, si dans la suite il se passait quelque chose, je veux en être informé sur-le-champ ; vous m'entendez, sur-le-champ. J'ai dessein d'avancer ce jeune homme : et ni vous, (au capitaine,) ni (d'un ton plus doux) vous, madame, ne

dérangerez mon plan. . . . (^adressant partieuHtrernent à elle,) ' Ne lui donnez jamais rien ; jamais, ne fût-ce qu'une bagatelle, à titre de présent 8es appointemens peuvent lui suffire. Qu'il apprenne à borner m, dépense. (77 hti fait signe avec la main.) Allez, monsieur, rendez-vous aux arrêts, (Les deux officiers marient.)

Scùne xrv.

Le Prince, M?* be Detxokd, u Page.

Lx Pbihce, la regardant. — Eh bien! madame, vousêtes triste?

M? 6 de Detmond, resj^ectoetfsemenb^Monseigneur, je suis mère.

Le Prince. — Mais vous n'êtes pas" une de ces mères faibles qui, pour épargner à leurs enfans quelque» mor* tifications, aiment mieux ne les pas corriger ?

M"* de Detmoicd. — Ce serait une tendresse mal entendue. Non : je crains seulement qu'il n'ait perdu à jamais les bonnes grâces de son prince*

Le Paiwci.— Rassurez-vous. Mon intention n'a été que de le rendre digne des grâces que je veux répandre sur lui Indulgent pour la jeunesse, je lui pardonne volontiers son inconséquence et ses étourderies; mais je ne le puis pas toujours. Ce qui dans l'un ramène, avec le repentir, l'amour de la vertu, fortifie dans l'autre son penchant pour le vice. Au demeurant, soyez sans inquiétude. Ce jeune homme deviendra raisonnable) et je mesurerai mes bontés sur son changement (Se

tournant verê k page.) Quant à cet enfant, savez-vous quelles sont mes vues î

M? 9 ns Dbtxobd. — Non, monseigneur. Quelles qu'elles soient, elles ne tendront qu'à assurer -son bonheur. O mon prince ! je n'ai jamais laissé passer un jour sans payer à vos vertus le tribut de mon hommage ; mais je sens bien aujourd'hui combien il était peu digne de vous.

LbPbihce. — Que voulez-vous dire, madame î Vous ne me connaissez point Mon but est de donner un brave homme à l'état, à moi-même un serviteur fidèle, et d'élever pour mon fils un ami qui Soit disposé à sacrifier sa vie pour lui, comme son père l'a fait pour moi.

Page 1