‹ Recueil dramatique;Chapitre 12 sur 106 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Faiefax, Morgan.

Fairfax, Usant un papier que Morgan vient de lui remettre. — Se peut-il que l'attaque de cette mût nous ait coûté tant de braves soldats ?

Moroan. — Oui, mon général, huit cents hommes-; et, s'il faut l'avouer, l'élite de l'armée.

Faiefax. — Encore si nous avions racheté cette perte par quelque avantage ! Mais après tant d'assauts, Colchester n'en résiste pas moins à nos armes. L'exemple d'Oxford vient d'enfler le cœur des habitans ; et l'opiniâtre Capell . .

n LE ra£0£ Dl COLCHKSTER.

Moboait. — Cet homme seul est pour la ville une sûreté plus forte que se* remparts, C'est en vain que nous les attaquerons, tant qu'il voudra s'obstiner à les défendre.

Faibfax. — Il n'a pas long-temps à me braver encore.

Mobgaîc .— Quoi ! milord. . . •

Faibfax. — Si je ne puis Vaincre sa résistance, son fils saura la forcer.

Moboab.— Son fils ?

Faibfax,— Oui, Morgan. Le jeune Arthur m'ouvrira, dès ce jour, les portes de Colehester. C'est dans ce dessein que je l'ai fait venir de Londres avec mon fils. On vient de m'annoncer leur arrivée.

Mobgajt.— Voici Surrey qui revient de la place.

SCKKK IL

Faibfax, Moboab, Subbit.

Faibfax. — Eh bien! Surrey, la trêve est-elle acceptée î Capell a-^il consenti à l'entrevue que je lui ai fait proposer 1

Subbet. — Oui, milord. Les hostilités sont suspendues pour six heures; et ce matin même, lord Capell doit se rendre sous votre tente.

Faibfax* — Pour étaler sans doute à mes yeux son triomphe. Comment vous a-t-il reçu 1

Subbet. — D'un air froid, calme et ferme. La constance est empreinte sur son front

Faibfax. — Cet orgueilleux royaliste demeurerait seul inébranlable, tandis que. le génie tutélaire d'Albion est

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xïeûs la teneur ! Non, non, il apprend» bientôt à trembler lui-même. Je porterai l'effroi dans la partie la plus sensible de son âme. Surrey, faites venir mon fils. (Surrey sort.)

Soi*** m.

Faibfax, Moboaf* MoaoAH. — Oserai-je voue demander» inilord, oj^bI est 'Votre projet? Je ne puis Tenir à bout* de le

Faiefat. — Je le croîs ; mais il faut tous l'apprendre» Je reçus nier au soir la nouvelle que le duc d'HamUten, arec une , nombreuse armée et suivi de Langdale, s'avance au secours de la place. C'est pour le prévenir que j'ai hasardé cette nuit un troisième assaut» Vous savez quel en a été le résultat Mais Tartinée va me livrer ce que je n'ai pu saisir par la force.

MoaGAw.— Comment le jeune Arthur pourra-t-il tous servir dans cette entreprise ?

FAiBPAX.*~Je lui représenterai vivement le danger qui menace son pète. Ds se verront tous deux dans mon camp» Arthur, tremblant JMp des jours si cher», va l'engager à se rendre. ™

Morne ak. — he croye&*vou** milord ?

Faibfai. — Je l'espère. Celui que l'univers armé n'aurait pu vaincre, souvent une seule larme en a triomphé.

MomoAir.— tCapell porte dans son coeur la tendresse d'un père ; mais il y porte aussi la fermeté d'un héros.

F* i a*- ai. —Si les premières armes de la nature ne

74 LÉ Sl&ftÇ M OOtCMSTEB.

peuvent I» dompter. . . .Mais j'aperçois mon fils. Je veux lui parler seul Aflws joindre le jeune- Arthery «t n'épargnez aucun moyen peur le Isère entrer dans mes

SctoN» IV.

Faissax, Eïhioxd.

FAisrAX^Ihubrassea-moi, mon file.

Evmovd, *e jetant dan* m bras.*-*0 mon ipère \ que je me trouve heureux que les soins de la guerre a» rayaient pas eflacé de votre seuwenk ! ■

Fahwax.— Votre joie sera bien; plus glanés, lorsque* vous saurez par quel motif je vous rappaBe auprès de mol.

Edmow ».— Vous me *>y*t prêt à/ remplir vos ordres.

FatuVax.— Ils seront chers à votre cœuty s'il est sensible à l'aminé * ■ .

Ebmokd.— Vous me loi faites désirer avec une nouvelle impatience.

Fairfax. — Vo* pouvez sauver le jeune Arthur du pms grand malheur qu'il ait à craindre.

E*xo«d« — Quedtesj-vous? Ah! mon père, je vous' en conjure, ne perdonapas un moment.

Fairfax. — Milord CapeB, par une aveugle opiniâtreté, se précipite dans «a ruine. J'estime trop sa bravoure, pour ne pas déplorer son malheur* Le sort de son fils surtout, puisque vous l'aimez, ne peut me devenir étranger. Sauvons4es1»us les deux d'une perte inévitable.

Edmonb. — Eh! quel moyen faut-il employer ? Ah!

IB NÉCtB BB COLCHBSTBR. TO

Vil -est en mon pouvoir, avec quelle ardeur je vais le

Fai*taxv— Je dois aroif ce matin une entïevue avec milôrd. Je veux lui donner la joie de revoir et d'embrasser son fils. Mais .quand je lui peindrai les malheurs dans lesquels son aveuglement l'entraîne, je désirerais qu'Arthur appuyât, par ses prières, mes représentations.

Edwohd.— rAh ! mon père, je crains. ...

Faibfax^-Quoî donc 1 qu'il n'en puisse rien obtenir 1 Détrompez-vous, mon fils; la nature a encore donné phis de pouvoir aux enfans sur leurs pères, que ■les teisnta* tiennent aux pères sut leurs enfans*

Enw»HD*— Je connais Arthur. C'est un fils trop xnspeottte«x: pour oser •* permettre de détourner son père de la conduite qu'il se croit obligé de tenir.

Fawfax.— Quand la nécessité lui en fait un devoir, c'est la plus forte preuve, qu'il puisse lui donner de son respect et de sa tendresse.

Edmoud.— Irne le çron» jamais»

Fair^ax. — Son intérêt demande qu'on Fédaire, ^'êtee-rvous pas son ami !

Edmpu^— Ah! si je le suis! Il est, aprçs mes paren», oe que j'aime le plus au monde» Bans cet instant même où nos pères combattent l'un contre l'autre, je donnerais mes jours pour sauver les siens. • Paikvax. — Loin de condamner ce transport» je l'admire. Il m'annonce que le cœur de mon fils est capable des plus beaux mouvemens de générosité. C'est ainsi qu'on doit sentir l'amitié pour en être digne.

78 «S 8X&OS B|B COLCWBMML

Abthu*.— Je conçois les projets de Totre césar généreux. Vous voulez engager les ennemis de mon père à prendre la tête de son fils au lieu de la sienne! Mourir pour son père et pour son roi tout ensemble est une glorieuse destinée f je vous rends grâces, milord, de m'avoir jugé digne de la remplir.

Edmokb, à part, essuyant ses formes.— Qu'il va hii en coûter, de revenir d'une si noble erreur.

Faihfax.— Vous me forcez, mon jeune ami, de vous estimer autant que le héros à qui vous devez îa naissance. Mais me croyez-vous assez cruel pour exiger un pareil sacrifice !

AnrHUBrf— Q^attendè&von» donc de moi t

Faikpax.— Un effort moins funeste pour l'un et pour l'autre. Dans un moment vous verrez- ici votre père. Joignez vos instances aux miennes, pour le porter à rendre une place que tout son héroïsme ne peut défendre ph» long-temps.

AaTHCR. — Moi, milord ?

Faibfax.— Représentez-lui la proscription terrible du parlement, son sang prêt à couler sur un échaiaud, la douleur dé sa veuve, le désespoir de son fils, la confiscation de vos biens. Peignez-lui cet abfme de malheurs où son obstination barbare va. tous vous précipiter.

àrthtjh.— Tout-à-l'heure, milord vous daignies me témoigner quelque estime. Ce témoignage venait-il du fond de Totre coeur! '

Faibiax.-— En doutez-vous, Arthur 1

Abthfbv— Permettez-moi donc de le mériter, et de

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regarder votre proposition comme une épreuve ou tous Voulez mettre ma vertu.

Fairfax. — Vous la prouverez assez en arrachant votre père aux horreurs d'une mort cruelle. Quand il vous terra frémir à ses pied» sur le sort qui le menace, pourra-t-41 résister à votfe amour suppliant ?

AmTHtra.— Si j'avais cette indigne faiblesse, mon père est trop aage pour céder aux larme» d'un enfant tel que mot

- > Faibfax,— 8'il est sage, il Terra qu'elles coulent pour son salut

Abtbub.— Mettea*ous à «a place, nûlord. Chargé de la défense d'une ville, la rendriez-vous aux sollicita* tions de votre fils 1

FAiarAX, fmôarrcw^.— Demande» à mon Edmond quel pouvoir ont sur moi ses prières. Ingrat, c'est l'attachement de mon fils pour vous qui me fait trembler pour tout ce qui tient à son ami. Vofcre père connaît aussi la nature ; il ne sera pas insensible à sa voix.

Abthtjb.— Il n'est sensible qu'à la voix de son devoir. Eue lui apprendra bien mieux que moi-même ce qu'il doit mire. ,

Faibtax. — Souvenez-vous que vous tenez sa vie

Abthur.— Pardonnez, mâord, elle n'est ni dans les

miennes ni dans les vôtres.

Faibtax. — Vous voulez donc le perdre 1

Abthdb. — Quand il serait en mon pouvoir de le

sauver, c'est mon sang 4 U '^ &** me demander pour

offrande, et non une trahison.

U0 ,u «iéor m: «oLcnmnHu

F.ii*i*x*-rJe le reconbwsyCe saa& à wr orgueil indomptable. Ecoutez, Arthur, je ne vous doute qu'un moment peur vous décidée Je reviendrai bientôt voua demander, pour la dernière foi», « tous ajmsa mieux voir votre père «ut un éeha&ud, que sut -le char de. la fortune. Edmond demeurez auprès dé lui. iSeseye&fi : votre tendresse fera plus d'impression sur lui que ma pitié. Aftvwra.— Votre paie, milord 1 Elis est trop généreuse. Je ne vous l'avais pas demandée» (F*m*X éui ktnet «m regard furieux* et eort êamJtdtrépottdre.)

SCKH* VIL

Edmond, Arthub.

. ( Jk se regardent un moment en tiknce.) Ajrriiu*.— r Eh bien ! Edmond, quel parti aUe&vong prendre! Oseses-vous, pour servir votre père, m'ensjejpr à trahir le miep î

Bmcoitd.— Voua me connaissez trop bien, pour me «aire capable d'en avoir l'idée. , , . Abthdb-p— N'écoutez, pour un moment, ni l'aminé ni la nature. Si vous étiez Arthur, que feriez-vous ?

Edxowdw— Je voudrais, en égalant votre constance, mériter ce nom que vous ennoblissez. Ce n'est pas moi qui chercherais à porter mon père à une lâcheté.

Arthur* — Avec d'autres sentunens, je me croirais indigne de votre amitié». Hélas ! la nossédersi-je longi temps encore ?

., Edmond.— D'où vient cette injure, Arthur î Çn quoi l'ai-je méritée 1

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LE sréOE D» COLCPÇSTSft. SI

Ahthur.— Pardonner, Edmond ; ce n'est pas vous que je crains. Mais qui sait si votre père. . . . 8*3 allait vous défendre de m'airaer !

Ebjéond. — Croyez-vous donc que je pourrais lui obéir 1 Ne vous ai-je pas toujours chéri comme un frère 1 Et ces nœwjp, formés dans l'enfance, peuvent-ils se rompre aujourd'hui que tout semble les resserrer? Ah! mon ami, laisse-moi estimer Fauteur de mes jours. Laisses-moi croire qu'il sent comme moi tout le prix de' votre vertu.

Arthoh.— Il m'aimait autrefois lui-même. Il se réjouissait de nous voir croître ensemble, compagnons d'exercices et de jeux. Combien de fois nous a-t-il fait promettre de vivre étroitement unis, comme il l'était avec son cher Capell ! Vous voyez cependant avec quelle fureur il le poursuit aujourd'hui. Ce n'est pas assez de sa ruine ; ne pouvant lui donner la mort, il veut faire sa honte.

Edmond. — d'il s'oubliait jusqu'à cet excès, que le ciel me pardonne une telle pensée ! j'oublierais, à mon tour, que je suis son fils.

Arthur, 8> essuyant les yeux. — Faut-il qu'un nom si doux coûte tant de peines à nos cœurs f Pourquoi ne puia-je penser, sans frémir, à celui qui me donna la naissance 1 Je sais trop bien que la ville ne peut se défendre plus long-temps ; et le brave Capell est trop fier pour se rendre. S'il ne meurt pas accablé sous les coups de ses ennemis, s'il tombe vivant entre leurs mains» quelle sera sa destinée. Plus il aura montré de grandeur d'âme et de valeur, plus on voudra se venger de

Htë LE SIEGE DE COLCHESTEE.

sa gloire «a la flétrissant Le plus vertueux des Anglais sera livré au supplice d'un criminel. Ses ennemis sont trop implacables. Cette tête, qu'ils n'auront pu atteindre dé leurs armes, ils la feront tomber, sous la hache des bourreaux.

Edmond, avec fin. — Non, il ne périra point Je lui a^ i ^ pyfa un libérateur.

ABTHDn^-Et quel est41 1

Edmond* — Moi.

Arthur. — -Vous, cher Edmond ? Où vous égarent les vœux impuissans de l'amitié.

Edmond.— ^Elle a plus de forée que vous ne le croyez. Le temps nous presse, il ne. s'agit plus de délibérer. Me promettez-vous d'exécuter ce que je vais vous prescrire î

Ahthur.— Tout, si l'honneur me le permet

Edmond. — Arthur me croirait-il capable de lui proposer rien de déshonorant ?

Arthur. — Eh bien! Vous n'avez, qu'à parler, et j'obéis,

Edmond. — Venez donc, et suivez-moi. Nos deux chevaux sont encore devant la tente. Volons en France, Je me remets entre vos mains pour servir d'otage à Capell contre les entreprises de Fairfax.

Arthur. — Qui, moi, vous arracher à votre père ?

Edmond. — Il n'a pas craint de vous ravir au vôtre.

Arthur. — Non, je ne me rendrai point coupable d'une action que je viens de blâmer dans un autre.

Edmond. — C'est pour l'empêeher de la commettre. C'est pour lui, c'est pour moi que je vous le demande.

LB SIÉOE *Dte CO£t!RS9TÊR. 88

Au nota -de notre amitié, cher Arthur, sauvez à mon père d'éternels remords ; sauvez-moi la douleur de Pen v«r tourmenté.

AjWHtJB»— Voulez^ous que ce «oit moi qui les éprouve 1

Bdmoïtd.— Que dîtes-vous* Non, tous n'aurez point de reprochée à vous faire. Mon père lui-même, quahd ses premiers transports seront passés, vous bénira de lui avoir conservé fhonneur.

Abthuh. — Qu'exigez-vous de metî Jamais, Edmond; jamais î

Edmowd, le saisit par la main, et rentratne.—J* ne votts écoute plus. H faut me suivre. Partons. <(Fairrk* paraît, suivi de quelques soldats.)

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