‹ Recueil dramatique;Chapitre 21 sur 106 · Scène II · texte numérisé non relu

Scène II

M r . Virtxuil.

M r . Vibtxuil*— A ce que je vois, Madame Beaumont élève sa nièce, ainsi qu'on l'a élevée elle-même, à s'attifer comme une poupée, et à se tenir toujours en

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parade. J'espère, au moins, que ces frivolités ne lui ont pas fait négliger des soins plus essentiels !

Scèhe m.

Mr Beaumokt, M r . Veuteuil.}

M™ 6 Beaumoitt.— Vous allez la voir descendre dans un moment ; elle n'a plus qu'une plume à placer.

M r . Vsrteuil. — ^Comment! une plume. Et croyezvous qu'une plume de plus ou de moins m'embarrasse beaucoup 1 Son impatience de me voir ne devrait-elle pas être aussi vive que la mienne ?

M? e Beaumontv— Aussi vive, certainement. Cest le désir qu'elle a de Vous plaire.

M r . Verteuil.— -Ce n'est peut-être pas au moyen, de sa plume qu'elle se flatte d'y parvenir. Et avez-vpus eu la bonté d'envoyer chercher votre neveu ?

M?* Beauxobtt, <Ftm air impatienf. — Oh ! mon neveu 1 vous aurez toujours assez le temps de le voir.

M r . Verteuil. — Vous m'en parlez comme si je n'en devais pas recevoir une grande satisfaction.

M™ Bzauxokt. — Ce n'est pas qu'il soit méchant ; mais c'est qu'il est si désagréable !

M r . Vsrteuil. — Comment donc! Est-il impoli, sauvage, grossier ?

M™* Beaumont* — Non pas tout-à-foit* OnAtq^ a déjà la tête meublée d'une quantité j^.c^jases^saxanr tes ; mais pour cette aisance, ce bon>t0nyce>t|,tièuf de politesse. ... p ™ /

Dgt^byGo^^^ >

100 l'éducation a la mode.

M? V«BTWJiiMr-6i ce n'est que cela, il se formé. Et son eœui î

M 1 ** Beaumoht. — Je ne le crois ni bon, ni méchant Mais Léonor, de quelles perfections elle est ornée ! quelles manières enchanteresses ! Je ne vois pas souvent Didier.

M? Vihtbuilw — Et pourquoi donc î

.M? 9 Beaumoht.-— De peur de le détourner de ses études. Aussi bien, lorsqu'il est ici, je ne le trouve pas assez attentif aux leçons de savoir-vivre qu'on lui donne ; il ne sait pas non plus s'exprimer avec grâce. Je l'ai mené quelquefois dans un cercle de femmes. Il n'a pas trouvé un mot heureux à placer. *

M' Veeteuil.— C'est que la conversation a roulé apparemment sur des choses qui lui sont étrangères,

M 1 ? 8 Beaux ont. — Un jeune homme bien élevé ne doit jamais trouver rien d'étranger parmi les femmes.

-M' Veeteuil. — Un silence modeste sied fort bien à son âge. Son rôle est maintenant d'écouter pour «Instruire et se mettre en état de parler à son tour.

M"? e Beaumont. — Bon! voulez-vous en faire une poupée qui ne puisse se mouvoir avant que ses rouages ne soient montés 1 Oh ! il faut entendre jaser Léonor ! -C'est une aisance, un esprit, une vivacité î On a de la peine à suivre ses paroles.

• M! Veeteuil. — Nous verrons qui sera le plus digne de ma tendresse. Vous vous souvenez que je promis à leur père mourant de les regarder comme ma propre famille. Je veux remplir cette parole sacrée. Comme

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je ne peux savoir combien de temps encore le ciel me donne à passer sur la terre, je suis venu ici pour voir ces enfâns, étudier leur caractère, et régler en conséquence les dernières dispositions que je me propose de faire en leur faveur.

M?" Sbaumost. — le plus fidèle et le plus généreux des hommes ! Mon frère, jusque dans sa tombe, sera touché de vos bienfaits. Et moi, comment pourrais-je vous exprimer ma reconnaissance au nom de ses enfans 1

M r . Verteuil.— -Ce que vous appelés un 'bienfait n'est qu'un devoir. Votre digne père me fit autrefois partager l'heureuse éducation qu'il donnait à son fils. C'est à ses soins que je dois la fortune que j'ai acquise. Je n'ai point 6?ehfans ; ses petits-fils m'appartiennent, et ils ont droit, pendant ma vie et après ma mort, à des biens que je n'ai cherché à étendre que pour les enrichir.

M 1 ?* Beaumout.— En ce cas, Léonor, comme la plus aimable. ...

M r . Verteuil.— • Si je fais quelque distinction, ce ne sera point pour de frivoles agrémens, ce seront les qualités et les vertus qui décideront mes préférences.

M"?* Beaumoxt. — Ah ! la voici qui vient

Scène IV , M? 6 Beaumont, M t . Verteuil, Lêokor, dans une parure atp-dcuus de son état et de son bien, M* Vbrteuie, étonné, — Comment ! c'est-E Léonor î M"? Beaumokt. — Vous êtes surpris, je le vois, de la trouver si charmante. Vous nous avez fait un peu attendre, mon enfant

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I^Édirom, faisant à M f . Vibteuix upa révérence cérémonieuse. — C'est que Finette n'a jamais pu réussu; à placer mes plumée. Je les lui ai fait ôter et remettre «i moins dix fois. Enfin, je l'ai renvoyée de dépit, et je me suis coiffée moi-même. Je suis enchantée, mon» sieur Verteuil, de vous voir en bonne santé.

M r . Vbbteuïi., allant vere elle, et lui tendant k$ bras. — Et moi, ma chère Léonor. . . . {Elit u détourne avec un air dédaigneux.} Eh bien ! est-ce -que vous craignez de me recevoir comme votre père ?

> M™ Bsauxoct. — Oui, Léonor, comme votre père et votre bienfaiteur. (A M r > Vbbteui:^) Il faut lui pur* donner, je vous prie. Elle est élevée dans la modestie et dans la réserve.

M r . Vebtbuii» — Elle ne les aurait point blessées en recevant les témoignages de mon amitié. Je lui dois aussi de tendres reproches pour avoir tardé si long-tempe à satisfaire mon impatience.

Léoxob. — Pardonnez-moi, monsieur ; j'étais dans un état à ne pouvoir paraître devant vous avec bienséance.

M r . Vebtbuil. — Une jeune demoiselle doit être toujours en état de paraître avec bienséance devant un honnête homme. Un déshabillé modeste et décent, est toute la parure qui lui convient pour cela dans la maison.

M** Beaumoitt.— Oui ; mais pour recevoir un hôte comme vous, le respect demande. ...

M r . Vbbteuïi* — Une plume de moins, et quelques empressemens de plus à venir au-devant d'un ami qui (ait quinze lieues pour nous voir. Oui, je l'avoue, mon

l/ÉÏHJCATION ▲ LA. ifODl* 10$

««sur aurait été mille fois plus flatta de voir mes enftns (car ils le sont par la tendresse qu'Us m'inspirent, et far mon amitié pour leur père) de les voir, djs-je, accourir à moi les bras ouverts, et m'accabjer de leurs touchantes caresses..

•M*?* Beaumoft.— C'est la vénération dont vous fave* d'abord saisie. ...

. M r . Vmteuil.— N'en parlons plus* Vous me recevrez une autre fois avec plus, d'amitié, n'est-ee pas, ma chère Léonor 1

Léofor.— -Ce sera beaucoup d'honneur, pour moi.

M r . Vebteuil.— Mais comme vous vous êtes formée, depuis que je ne vous ai vue ! Une taille élégante, des manières aisées, un noble maintien. ...

M 1 ?* BsAirxôirr>-~Oh ! charmante ! adorable !

M r . Vbeteuil. — Tous ces avantages cependant ne sent rien sans les grâces de la modestie, le charme de Faflabilité, l'expression ingénue des mouvemens de -Pâme, et la culture des talens de l'esprit >

M 1 ?* Bsaumoht. — Oui, oui, de ces talens qui donnent de la considération dans le grand monde.

M'. Verteuiim — Dans le grand monde, madame 1 Est-ce que Léonor doit y paraître 1 Si elle possède seulement les qualités qui peuvent l'honorer dans une société choisie et dans l'intérieur de sa maison, devant sa conscience et aux regards de Dieu, je n'ai plus rien à désirer.

M 1 ? 6 Beatjmoiïtv — Oh! sûrement, cela s'entend de soi-même, M T . VerteuiL Je veux dire qu'elle est en état de se présenter partout avec honneur. Venez, ma

104' h'ÉDVCATlGH A LA MODE.

1 chère Léonor, faite s- n ous entendre quelque joli morceau sur le piano.

Léoror.— Non, ma tante, cela pourrait déplaira à MtVertenîL ,

M r . Vzrteutl. — Que dites-vous, ma chère enfant? Je suis tr ès sen sible au charme de la musique; et je ne connais point d'amusement plus convenable à une jeune demoiselle, • •

M™ BsitrxoHT. — Eh ! quoi de plus digne de notre admiration que ces talens enchanteurs, le desain, la danse, la musique ! Léonor, chantez-nous cette charmante ariette ! (Lroror va d'un air boudeur au piano, prélude un moment, et commence une tonate.) Non, non, il faut aussi chanter. EHe a une voix, M'. Verteuil! Tous allez l'entendre. Si vous 1 saviez combien d'applaudissemens elle a reçus dans le denier concert ! Mais elle a un peu d'amour-propre, et il faut la prier beaucoup. >

M r . Vertbcil. — J'espère bien que j'obtiendrai quelque chose sans cette cérémonie. N'est-il pas vrai, Léonor 1

Lroror* — Vous n'avez qu'à ordonner, monsieur.

M? Vïrtïttcl. — Non, cela n'est pas dans mon caractère, je vous en prie seulement.

LÉoiron, bas à sa tante, en ouvrant son cahier avec dépit — Je vous suis bien obligée, vraiment!

M™ Beaumoht, bas à Lroror. — Au nom du Ciel, ma chère, obéissez; votre fortune en dépend.

M? Virtbuil. — Si elle n'est pas en voix aujourd'hui, je puis attendre.

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Léokor chante en s'aceompagnant sur le piano.

"Vermeille rose, Que le zéphyr, &c*

(£fc d /Km* a-t-clle Jini t que M^ Bs aumoitt V&rte, 0i> battant des mains.) — Bravo ! bravo ! braviscimo !

M^ Vxbteuil. — En effet, ce n'est pas mal pour un enfant de son âge. J'aurais pourtant désiré une chanson phis rapprochée des principes que tous lui inspirez sans doute.

M"** Beauxoiît. — Eh bien ! monsieur, n'en sentez» vous pas la morale 1 (Elle chante .-)

Mais sur ta tige - Tu vas languir . Et te flétrir, &C.

C'est-à-dire qu'une jeune personne doit se produire dans le monde, si elle veut tirer quelque avantage de ses talens, et ne pas mourir ignorée au fond de sa retraite.

M r . Veeteuil— Croyex-moi, madame, c'est-là de préférence qu'un époux digne d'elle viendra la chercher. (B aperçoit un dessin suspendu à la muraille, représentant une jeune bergère surprise dans son sommeil par un faune» U le considère avec étonnement.)

M"? Beaumoxt. — Ha, ha ! comment le trouvez-vous ?

M r . Vertsuil. — Fort bien, si Léonor l'a fait sans le secours de son maître.

M?" Bbaumoitt.— Véritablement, U L'a un peu retouché.

M r . Vebtbuil.— Je crois qu'il aurait pu mieux faire encore, en lui choisissant un sujet plus heureux, quelque trait de bienfaisance, une action vertueuse, qui aurait élevé son âme en perfectionnant son talent.

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