SCENE VI
M 1 ?* BïAtTM^if t, Lboxob.
LioiroH.— Bon ! le voilà débets. Je respiré.
M? Bbàfmoitt.— -Doucement, doucement, Léonor ; qu'il ne puisse vous entendre.
Léoitob*— Qu'il m'entende s'il veut Je suis si piquée, que je briserais volontiers mon piano, et que je mettrais en pièce» tous mes dessins et mas cahiers de musique*
M"* Biaumowtw — Calmez-vous donc, mon enfant, vous avez besoin ici de toute votre modération.
Léokob. — C'est bien assez, je crois, de m'être retenue en sa présence. Ne l'avez-vous pas vu 1 Ne l'avesvous pas entendu 1
M?* Bsj^YncoHTw— Les personnes de son âge ont leurs bizarreries.
l'éducation a la mode. 107.
LioNom — Pourquoi donc m'y exposer 1 II ne fallait pas me faire chanter devant lui. Je ne le voulais pas. Voilà ce que c'est que d'en faire* toujours à sa tête comme vous. Mais il n'a qu'à y revenir*.
M"» BïAUjioirr. — Ma chère Léonor, je tous ea conjure. Vous ignorez peut-être -que votera fortune dépend absolument de monsieur Verteuil 1
Leonoji. — Ma fortune î . '
M? 6 Beat/m oht.— *Hélas 1 ouL Faut-il que- je voua avoue ce que vous .tenez déj^L de ses. bontés 1
LÉoiro*.— Oh ! je le sais. De petits présens qu'il me fait de Ionien loin. Je puis fort, bien me passer de ses cadeaux.
M? e Beaumo^t. — Ahl ma chère enfant, sans lui vous seriez bien malheureuse. Ce que votre père vous a laissé pour héritage est si peu de chose ! De mon côté, je n'ai qu'un revenu très-médiocre. Comment aorajs-je pu, avec ces-seajs moyens» fournir aux dépenses de votre éducation 1
Léonor. — Est-il possible, ma tante 1 Quoi! 1 c'est à monsieur Verteuil que je suis si redevable 1 S- oocupe-t-il aussi de mon frère ?
M me Bbaumont. — C'est lui qui paie également sa pension et ses maîtres. .
Lioiroa* — Vous me l'aviez toujours caché.
M"* Bkaumoht. — Pourvu que rien ne manquât à vos besoins, que vous importait cette connaissance] Vous voyez par-là combien il est important de le ménager, de lui montrer des égards et du respect Mais ce n'est pas tout ; il a voulu vous voir, votre frère et vous*
108 L*ÉDTJCATÏ0N A 1A MODE.
avant d'écrire son testament, afin de régler ses disp -mitions en votre faveur.
Léokor. — Oh! que je suis à présent l&chée de lui avoir montré de l'humeur et du dépit !
M*?* Beàumôwt. — C'est aussi fort mal de sa part d'écouter froidement votre voix brillante! de ne pas être transporté de plaisir à votre exécution sur le piano! Quoi qu'il en soit, il faut le flatter ; autrement toutes ses préférences seront pour Didier.
LsoiroR. — Ah ! il les mérite mieux que moi, je le sens.
M 1 !* Beaumont. — Que dites-vous, Léonor? Rendez-vous p]us de justice. C'est bien peu vous connaître. Et quelle serait votre destinée! Un homme sait toujours faire son chemin dans le monde. Mais une femme, quelle ressource peut-elle avoir 1
LÉoifoRw— Il est vrai Vous me. faites sentir par-là que j'aurais dû apprendre des choses plus utiles que la dessin, la danse et la musique.
M™ BKAtfitoHT.— Que vous êtes folle! Avec la fortune que vous pouvez espérer, qu'est-ce qu'une jeune demoiselle doit désirer de plus que des talens agréables pour briller dans ta société 1 II ne s'agit* que d'intéresser M r . Verteuil en votre faveur. Avec des attentions et des complaisances, nous en ferons ce qu'il nous plaira.
Schs* VIL
M"* BXAVXOVT, LÉONOR, FlNETTE.
Finette. — Mademoiselle, monsieur Dupas vous attend pour vous donner leçon.
1/ilHJCA.TION A LA MO»*. 1W
M^Beaumsitt.— Dis4ui de monter ici» (Fixmi tari.)
LÉoiroB. — Non, mutante, renvoyez4e, je tous en plie. Si j'allai* encore déplaire à M* Vertsuil !
M™ Beaumont\— Comment doncl il fiait «qu'il ▼ans veie danser. Vous dansez avec tant de grâce ! Vous lui tournerez la tête, j'en suis sûre. {Elle va à h perte.) Entrez, entrez, U r . Dupes» .
Scwce vul
MT BiAUMOirr, LÉoirom, M'. Dupas;
M"** Beaumowt, à M r . Dupas»— N'esMl pas vnti, monsieur, que ma nièce danse à merveille ?
' M* Dupas, en 8 1 inclinant. — A merveille, madame, à merveille. ^
M™ Beau moict»— Son tuteur assistera peut-être à la leçon. Songez, monsieur, à faire briller le talent de Léonor de tout son éclat
M T . Dupas»— Oui, madame, et le mien aussi, je voue en réponds. (M^ Vebteuii, paraît.)
ScKNB IX.
M™* Bbaumoht, M r . Vebteuil, Lioiroa, M: Dupas.
M? 8 Biaumont, prenant M r . Vebteuil par la main.— Venez vous asseoir à mon côte, M r . Yerteuit Je veux que vous voyiez danser Léonor. C'est un vrai zéphir. M r . Dupas, cette allemande nouvelle de votre composition.
Laeiron. — Mais je ne la danserai pas toute seule»
1 10 l'éducation a la Mode.
M 1 !* Beaumowt.— M r . Dupas la dansera avec voua, je vais la fredonner. N'ayez pas peur ; Je vous conduirai bien.
- M r . Vbbthtiimi — Permettez-moi, madame, de demander de préférence un menuet. ,
M T . Dupas*— Je ne pouirai y mettre beaucoup de grâces, s'il faut que je joue en même temps.
M 1 : Verteuil.— Ce n'est pas de vos grâces qu'il , s'agit, monsieur ; c'est de celles de. Léonor.
M^ Dupas. — Comme il ^vous- plaira, monsieur. Allons, mademoiselle. (Lgoxoa danse le menuet, M r . Dupas la suit en jouant d& sa pochette. Il s'interrompt de tempe en temps pour lui dire : ) Portez votre tête plus* haute. . < . lies épaules effacées. . . . Déployez mollement vos bras.-. . . En cadence. ... Un air noble, voyez-moi.
M r . VzaTEui^, quand le menuet est fini. — Fort bien, Léonor, fort bien, (à M r . Dupas.) Monsieur, votre leçon est finie pour aujourd'hui (M r . Dupas fait un salut profond à la compagnie, et se retire.)
LÉeoroB, bas à M™ Bkaumokt. — Eh bien! ma tante ; vous voyez les grands, complimente que j'ai reçus ?
ty" 8 Bbaumont. — Quoi ! M r . Verteuiï, vous n'êtes pas enchanté, ravi, transporté ? Vous n'y avez sûrement pas fait attention, ou vous êtes encore si fatigue de votre voyage. ...
' M* Vïetbuil.— Pardonnez-moi, madame, j?ai déjà marqué ina satisfaction à Léonor. Mais voulez-vous que j'aille m'extasier sur un pas de danse 1 Je réserve mon enthousiasme pour des perfections plus dignes de l'exciter.
.l'éducation à Là MODï. 111
SCBNfc X.
M?* Bbauxoxt, M r . Verteuil, Léojtqr, Didier.
Didibx, s* élançant dans le talon, court ver» M r . Vbx- TïuiL, lui saute au cou, et Vembraete avec fendrene.-— O mon cher M r . Verteuil, mon tuteur, mon père, quelle joie j'ai de vous voir.
M? 6 Bbauxoxt. — Que veut dire cette pétulance 4 Est-ce qu'il faut étouffer ses anus?
M r . Vbxteuil. — Laissez-le faire, madame. Les transports de sa joie me flattent bien plus que des révérences froides et compassées. Venez, mon cher Didier, que je vous presse contre mon cœur. Quels doux souvenirs vous me rappeliez. Oui, les voilà, ces traite nobles, et cette figure aimable qui distinguaient votre père.
M™ 6 Bbaumoxt. — Pourquoi, n'avoir pas mis votes habit neuf et votre gilet de velours 3 On ne fiât pas des visites en gilet rond.
Didieb,— Mais, ma tante, pour mThtbiller il m'aurait fallu perdre au moins un quart-d'heure, et je n'aurais jamais eu la patience d'attendre.
M r . VinTsuni.— J'aurais eu bien du regret aussi, je l'avoue, de voir un quart-d'heure plus tard cet excellent enfant
M™* Sbauxoxt* — Eh bien 4 monsieur, vous n'avez donc rien à nous dire, à votre soeur ni à moi 1 Vous ne nous avez pas seulement souhaité le bonjour*
Didier* — Daignez me pardonner, ma chère tante, j'étais si joyeux d'embrasser mon tatoue (à Lxoxon,
112 l'éducation a la modk.
en hi tendant h main.) Tu ne m'en veux pas, Les* nor!
Lêokor, sèchement, — Non, monsieur.
M? Vbbtïuil.— VetnTle* Y excuser, madame, à m* considération. Je serais fâché d'être pour lui un sujet de reproche.
M* 6 Beauxoht, à part*— Je n'y saurais tenir* plus long-temps, (à Mï Vbrtbuil.) Voulez-vous bien perme tt re, monsieur? J'aurais quelques ordres à donner à la maison.
M? Virteuil. — Ne vous gênez pas, madame, je voua en supplie.
M~ Bïaumokt, bas à Léoitor.— Est-ce que voua voulez être témoin de leur insupportable entretien (Haut.) Suivez-moi, Léonor ; j'ai besoin de vous.
Léohor. — Non, ma tante, je resterai avec M r . Ye> teuil, s'il a la bonté de me le permettre.
M^ViRTiuiL. — Très-volontiers, mon enfant (M* Beatoort sert avec un air de dépit.)