‹ Recueil dramatique;Chapitre 25 sur 106 · Scène XII · texte numérisé non relu

Scène XII

, Léo if oh, Didier.

LioKOB.— B peut garder ses cadeaux. Ce «rat de beQes choses* j* crois, qu'il nous apporta.

DiDiia.-r-Que di-ta, Léonor? Tout ce que tu as dans ton appartement et sur ta personne ne te vient-il jais de notre cher bienfaiteur 1 Ah ! quand il ne me donnerait qu'une bagatelle, je serais toujours sensible à sa bonté.

Laos»*. — Non, je suis si dépitée contre lui, contre moi, contre ma tante ! .... je crois que je battrais tout IVunve^s.

DiBiEHvr-Comment ! et moi aussi 1 Qu'as4u donc, ma pauvre sœur ? (Il lui prend la main.)

Lioirom.— Si tu avais ^té aussi maltraité !

Didiibw— Toijniatoaitée ? fit par qui 1 Ma tante ne te laisse pas prendre l'air de peur" de t'enrhumer, et je* crois qu'elle mettrait volontiers la main sous tes pieds, pour t'empêcher de toucher la terre ■

Léowob^— Oui, mais W. VerteuiL C'est on homme si grossier !

Di»is*d— -Comme tu parles, ma soeur? Il est, au contraire, si indulgent, si bon !

LzoHoa. — Je n'ai rien fait à sa fantaisie : mon chant, mon dessin, ma danse, tout cela n'est rien pour lui ; il méprise ce que je sais, et me parle de choses essentielles que j'aurais dâ apprendre.

Dibibr.— Et bien, ma sœur, je crois qu'il a raison.

LéoiroR. — Il a raison 1 Et ma tante, elle a tort»

116 l'éducation a la mode.

n'est-ce pas! Qu'est>oe qu'il entend par ses choaes essentielles 1

Didier. — Je puis te le dire sans être bien savant.

ÏiÉofou. — Oh oui ! toi, qu'est-ce donc 1

Didier. — Dis-moi, Léonor, lis-tu quelquefois 1>

Léokor. — Sans doute, quand j'ai le temps.

Didier. — Et que lis-tu alors 1 >

Léoror. — Des comédies pour aller au spectacle, ou un gros recueil de chansons pour les apprendre par coeur.

Didier. — Vraiment, voilà de bonnes lectures pour ton âge! Croifrtu qu'il n'y ait pas de livres plus instructifs 1

Léonor. — Quand il y en aurait, où trouver un Brament pour les lire 1 ma toilette du matin et mon déjeuner m'occupent jusqu'à dix heuDss. Ensuite» vient le maître de danse jupqu'à^onze ; après lui le maître de dessin. Nous dînons. A quatre .heures ma leçon de musique; puis je m'habille pour le soir; puis nous «lions faire des visites, ou nous en recevons^ et puis nous voilà au bout de la journée.

Didier. — Ept-ce tous les, jours 4a même chose I

Léokor. — Sans contredit

Didxer.— <Oh bien ! mon maître a des filles, grandes à-peu-prës comme toi ; mais leur temps est tout autve- «nent partagé que le tien,

Léofob.— ^Comment donc, mon frère 1

Didier.— D'abord à six heures, l'été, à sept heuses l'hiver, elles sont habillées pour toute la journée.

LÉojroB. — Elles ne dorment donc point, ou elles sont assoupies dans la journée

i/ÉDrrrCATION Â LA MOV*. 117

Didisr. — Elles «ont plus éveillée» que toi. C'est qu'elles se couchent à neuf heures.

Léoic on.— A neuf heures au lit î

Didizb,— Sûrement, pour se lever de bonne heure le lendemain. Tandis que tu dors encore, elles ont déjà reçu des leçons de géographie, d'histoire et de calcul. A dix heures, elles prennent l'aiguille jusqu'à dîner, ou elles s'occupent avec leur mère de tous les détails de la maison.

LioiroB, d'un air de mépris. — Est-ce qu'on en veut faire des femmes de charge ou des couturières?

DiDiEm.— J'espère qu'une si bonne éducation leur procurera un sort plus heureux. Mais ne doivent-elles pas savoir commander aux domestiques, ordonner un repas, conduire un ménage ?

Léowob.— Et l'après-midi Voccupent-elles encore ?

Didieb. — Pourquoi non ? Elles ont leur écriture et leur musique. Le soir, on se rassemble autour d'une table, et l'une d'elles lit à haute voix " les Conversations d'Emilie" ou "le Théâtre d Éducation," tandis que les autres travaillent au linge du ménage, ou à leurs ajustemens.

LÉ0VOB4 — Elles ne prennent donc jamais de récréation? -

Didibb. — Que dis-tu ? Elles s'amusent mieux que des reines. Tous ces travaux sont entremêlés de petits jeux, d'entretiens agréables. Elles rendent aussi et reçoivent quelquefois des visites ; mais toujours leur sac à ouvrage à la main. Je ne les ai jamais vues oisives un moment. .

118 l'éducation a j-a mode.

Léovor. — Ah ! c'est apparemment ce qu'entendait M r . Verteuil. Ma tante dit cependant que c'est une éducation commune, qui ne convient ^qu'à des enfans de bourgeois.

Didier. — Oui, comme nous le sommes; Mais même si elles possédaient une fortune immense; ces instructions-là ne leur seraient pas inutiles. Il faut bien qu'elles connaissent le travail d'une maison, pour le faire exécuter par leurs domestiques. Si elles n'y entendent rien, tout le monde s'accordera pour les tromper; et plus elles seront riches, plutôt elles seront ruinées.

Léoxob. — Tu m'épouvantes, mon frère. J'ignore absolument tout cela. A peine sais-je manier une aiguille. Cependant, je viens d'apprendre que nous n'avons rien que ce que nou3 tenons de M r . Verteufl.

Didier.— Tant pis, ma chère Léonor ; car s'il venait à nous abandonner, ou si nous avions le malheur de le perdre. . . . Mais peut-être que ma tan^e est riche ?

LÉoiron. — Oh! non, elle ne Test pas, elle me l'a dit tout-à-l'heure. A |>eine aurait-elle de quoi vivre elle-même. Que deviendrions-nous tous les deux 1

Didier.— Je serais un peu embarrassé d'abord. Mais je mettrais ma confiance en Dieu, et j'espère qu'il ne m'abandonnerait pas. Il se trouve toujours des personnes généreuses dont nous gagnons l'amitié par nos talena, et qui se font un plaisir de nous employer. Par exemple, dans quelques années, lorsque je serais un peu plus avancé dans ce que j'apprends, je pourrais montrer à des enfans moins instruits que moi, ce que je saurais.

L'ÉDUCATION à LA H0DE. 119

Je nr*mMruirais tous le» jouis davantage ; et Vec du courage et dé la conduite, l'habitude du travail et de l'application, on s'ouvre tôt ou tard un chemin pour arriver à la fortune.

LÉoicoR. — Et moi, à quoi me serviraient mon chant et ma musique, mon dessin et ma danse 1 Je mourrais ds misère arec ces vaines perfections;

Didier. — Voilà pourquoi notre tuteur demandait si l'on ne t'avait pas fait apprendre des choses plus utiles que celles qui ne servent qu'au plaisir et à l'agrément '

Léonor.- — Qui, et quelquefois au chagrin ; car lorsque je danse, ou que je fais de la musique dans la société, si l'on ne me donne pas autant de louanges que je m'en crois digne, je suis d'une humeur. ... Je t'avouerai que je m'y ennuie aussi fort souvent»

Dïdikh.— Et de quoi vous entretenea-vov» donc 1

LéoifOR.— De modes, de parure» de comédies, de promenade, d'histoires de la ville. Nous répétons dans une nuason ce que nous avons appris dans l'autre ; mais tout cela est bientôt épuisé*

Didieb* — Je le crois* Ce sont des sujets bien pauvres, quand on pense à tout ce que la nature offre d'admirable à nos yeux, et à tout ce qui se passe autour de nous dans la grande société de l'univers. Voilà les objets dignes de nous Occuper, et qui peuvent nous apprendre à réfléchir sur nous-mêmes.

Léonob. — Tu viens de m'en convaincre. Quoique plus jeune de deux ans,, tu es déjà bien plus formé que moi. Oh ! combien ma tante a négligé de choses utiles dans mon éducation !

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