‹ Recueil dramatique;Chapitre 28 sur 106 · L ÉDUCATION A LÀ MODE · texte numérisé non relu

L ÉDUCATION A LÀ MODE

M r . Verteuil. — Je le veux bien. Dites-lui que je ne vous l'ai pas donnée pour flatter puérilement votn vanité, mais pour vous apprendre à distinguer les heure* de vos exercices, et vous empêcher de tes confondre.

Didier. — Oh ! cela ne m'arrivera plus maintenant

M! Verteuil. — Demandez-lui congé pour la journée, et annoncez-lui ma visite dans l'après-midi

Didier. — Fort bien, fort bien. (Il sort en courant*

ScjÈnk XVI.

M r . Verteuil, Léonor, qui paraît triste et pensive.

M? Verteuil. — Qu'avez-vous donc, ma chère Léo nor 1 Pourquoi cet air abattu ?

Léoror. — Ce n'est rien, monsieur, rien du tout

1W Verteuil. — Êtes-vous fâchée de ee que votre frère a une montre 1

Léoror. — Elle lui durera, long-temps, je crois ! Il saura bien comment la gouverner !

M^ v Verteuil. — Je viens de lui en apprendre la manière, et ce n'est pas difficile. Vous savez qu'il en avait grand besoin.

LÉoiroR, d'un ton ironique* — Certainement je n'en ai pas besoin, moi.

M r . Verteuil. — Je l'ai pensé. H y a une pendule dans la maison.

- Léoitor. — Cependant mes égales ont aussi des montres dans notre société.

M T . Verteuil. — Tant mieux, vous pourrez leur demander l'heure qu'il est

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Léon or.— Et quand les autres me le demanderont à moi, je pourrai leur dire que je n'en sois rien.

M? Vertsuil. — Léonor! Léonor! tous êtes un», petite envieuse; mais pour vous faire voir que je ne vous ai pas oubliée. ...(// lui donne un étui») y Léoicoa, en rougissant» — O monsieur Verteuil 2

M r . Verteuil. — Eh bien ! vous ne savez pas l'ouvrir f (H rouvre lui-même, et en tire des boucles d'oreilles de diamans,) Êtes-vous contente à présent 1 '

LÉ0XOR. — OhJ si vous' étiez aussi content de moi ! . M r . Virtxuïl. — Je ne puis vous cacher que je ne le suis pas tout-â-feit. Nous voilà seuls. Il faut que je vous parle avec franchise. Votre chère tante n'a rieri épargné pour vous procurer des talens agréables. Je reconnais, à ces soins, son goût et sa tendresse» J'aurais seulement désiré qu'elle se fût occupée dé vous en donner en même temps de plus solides.

, Léonor.— Mon frère me Ta déjà fait sentir;, mais oui pourrait m'instruire de ce que j'ignore ?

M*. Verteuil, — Je connais une digne personne qui prend en pension de jeunes demoiselles, pour les former dans tout ce qui convient à votre âge et à votre sexe.

Léokor. — Ma tante m'a pourtant dit que vous me mettriez en état de n'en avoir pas besoin.

M* Verteuil. — J'entends ! Eh bien ! je vous laisse la liberté de suivre le genre de vie qu'elle vous a fait prendre, puisqu'il s'accorde avec vos goûts. Reposezvous sur ma tendresse. Après ma mort vous posséderez tous mes biens. >

Léohor. — Tous vos biens, monsieur Verteuil ?

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M* Yertxcil. — Oui, Léonor. Hélas! je crains qu'ils ne puissent encore suffire pour vous empêcher de vivre dans 4a misère.' -

Lio ico il — Que me dites-vous 1

M^ Vsrtsuil. — Êtes-vous en état de vous rendre, à Vous-même le plus-léger service ? de travailler de vos mains, et je ne dis pas à la moindre partie de votre parure, mais à vos premiers vêtemens 1

Léono h. — Je' ne l'ai jamais appris. '

M r . YeUteuii.— H vous faudra ^onc sans cesse autour de vous une foule de personnes pour suppléer à votre ignorance, et à votre paresse. Etes-vous assez riche pour les soudoyer 1

Léouor. — Vous m'avez, dit que non, mansieuT VerteuiL

- Mï Veetevil. — D'ailleurs, quand- viendra l'âge de vous établir, quel -est l'homme raisonnable qui vous prendrait pour des talens frivoles, inutiles à son bonheur 1 Vous ne pourrez être recherchée que par rapport à la fortune dont vous apporterez la possession avec votre , main* Ainsi je me vois de plus en plus dans la nécessité de vous assurer la mienne.

Léohojl — Mais, mon frère î

M r . Vsbteuil. — Il faudra bien qu'il se contente de ce que je fierai pour lui pendant ma vie, et de ce que vous voudrez bien faire vous-même en sa faveur après ma mort. Qu'il s'instruise dans tous les moyens honorables de.se former un état Je lui en ai donné un exemple ; il n'a qu'à le suivre. Je vous laisse réfléchir sur mes intentions. Je veux les communiquer à votre frère aussitôt qu'il sera de retour. (7/ sort)

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