‹ Recueil dramatique;Chapitre 33 sur 106 · ACTE L · texte numérisé non relu

ACTE L

Le théâtre représente une forêt. Jl n*eet pas encore jour. 8CKUE PREMIÈRE.

Charles vêtu de simples habits de paysan, est caché dans le feuillage d'un chêne. Le comte Dr Derby, déguisé sous le même habillement, sort du milieu des broussailles, et s'avance vers le roi.

De rb t.— Sire, le temps n'est pas encore venu de quitter votre retraite. Les soldats du parlement continuent de rôder autour de la forêt Nous poumons a chaque pas tomber entre leurs mains.

Charles.-*- Derby, je me sens assez de courage pour

résista' à la douleur ; mais je suis, brisé de fatigues et de souffrances. J'ai déjà passé vingtheures dans cette situation déplorable. Il m'est impossible de la supporter plus long-temps.

Derbt. — Sire, je vous en conjure, souffrez ces incommodités passagères, plutôt que de devenir la proie lie vos ennemis. Ils seraient impitoyables. Notre malheur, en les enivrent de leurs succès, n'a fait qulr» riter leur barbarie. Elle se déchargerait tout entière soi vous. Bientôt, je l'espère, nous irons chercher un asile plus commode et moins dangereux.

Chablis. — Le soleil ne doit pas tarder à paraître. Si les ténèbres vous ont semblé si. peu favorables pour nous sauver, la lumière du jour nous sera bien plus contraire. Et comment pourrai-je attendre la nuit prochaine dans l'état où je suis ? L'âme s'arme en vain de ses forces, quand le corps perd les siennes.

Derbt. — Je sens doublement tous les maux,que vous devez souffrir. Je voudrais pouvoir vous les épargner au prix de ma vie ; mais la destinée est au-dessus de nos volontés. Elle impose des lois ; le courage est de s'y soumettre. Je m'immolerais moi-même pour vous conserver; cependant, vous l'avôuerai-je, sire 1 il m'en coûterait moins de vous perdre ici sous mes yeux, que de vous voir tomber au pouvoir des rebelles, pour orner leur triomphe insolent J'entends venir des soldats. Dérobezvous à leurs regards. Dès qu'ils seront passés, je reviendrai près de vous. (Il retourne dans les broussailles.)

Chaules. — Eh fcien ! fidèle Derby, je suivrai vos conseils. Je saurai souffrir, dût l'épuisement de mes

forces me fidre tomber sans vie au pied de cet arbre. (Jf «e eoéfe enfre /es branche**)

Scèn* n.

. Taxgol, Pxxbel, soldais de Cromwell.

Taloolw— Ne serait-il pas mieux de nous reposer ici jusqu'au jour ?

Pimbsl.— Pourquoi s'arrêter ? Nous serons bien plus à notre aise, les coudes sur la table, dans la première auberge.

Talgol.— ^Prenez les devans, si vous voulez. Tout le monde est encore dans le sommeil. Au lieu d'aller perdre mon temps à frapper aux portes, je vais m'étendre ici (lise couche sous le chçne où le roi, se tient caché.)

PfiMBKL. — Du haut de cet arbre, vous pourriez voir le jour prêt à poindre là-bas.entre les collines. Entendezvous les premiers chants du coq, le réveil-matin du 'paysan 1 nons trouverons toutes les maisons prêtes à s'ouvrir. Allons, levez*- vous,. marchons.

Talgol. — Ce qUe j'ai une fois résolu, je l'exécute.

Pembïl. — H ne tiendrait qu'à moi d'en dire autant, et il faudrait nous séparer. Je ne change pas plus que vous dans mes résolutions; ma barbe le témoigne. Jusqu'à ce que Stuart soit entre nos mains, j'ai juré que le rasoir n'y toucherait pas. Voyez comme elle est déjà longue.

Talgol. — Une barbe est plus facile à supporter que la fatigue.

PxjfBZL*— N'avez-vous pas de honte d'être fatigué dans une poursuite qui peut faire votre fortune.

TALG<>i.-^-Je n'en voudrais pas à ce prix.

Pem bel. — C'est que vous n'êtes pas encore tout-à-fait éclairé. . Je puis vous prouver, moi, qu'il est impie à des élus de se laisser abattre par un peu de lassitude, lorsqu'il s'agit des ordres du Ciel

Talgol. — Il ne m'a rien ordonné. Je n'ai pas juré par ma barbe de livrer Stuart .S'il faut le dire, quel droit avez-vous sur lui ?

Pem bel. — Le droit de la bonne cause. Comment un profane peut-il dominer sur les élus ? Nous marchions hors des voies du ciel. Il nous a donné, dans sa colère, un tyran armé d'une verge de fer. Maintenant que nous sommes éclairés, il nous donne la puissance de briser la verge dont if nous a châtiés si long-tempe.

Talgol. — Je dirai toujours que c'est une injustice de nous ôter les rois que Dieu nous a donnés.

Pem b il. — Dieu ne veut de roi que lui-même pour gouverner son peuple. H né veut de spectacles que toute Tannée en prières. Voilà ce qui nous a fait avancer dans le bon parti.

Talool. — Beaucoup trop loin. Passe* pour extirper l'épîscopat, et le papisme ; je ne m'étais armé que pour cela. C'est dans ce grand dessein que nous vous avons pris pour auxiliaires ; mais vous avez si bien fait, que vous nous avez ravi le pouvoir, et vous l'exercez selon vos erreurs. Vous avez déjà fait mourir votre roi II vous en coûtera cher.

Pembbl.— Vous n'avez qu'à entendre CromwelL II vous apprendra ce que vous devez penser. Voici ce

qu'il dit : " Lorsque je voulus parler pour le rétablissement du roi, je sentis ma langue se coller dans ma bouche. Réponse manifeste du. ciel, qui rejetait le prince endurci" Mais répondez vous-même, ce roi était-il digne de nous commander ? N'avait-il pas le premier attaqué votre parti 1

Talgol. — Oui, sans doute. Il voulait asservir nos consciences à sa pensée.

Pexbel. — Qui s'est d'abord élevé contre ses entreprises 1 N'est-ce pas vous 1

T algol. — Ce n'était pas à lui qu'en voulaient nos armes, c'est à ses médians conseillers.

Pexbel. — Il en était inséparable. Leur laisser faire Je mal, n'était-ce pas le faire lui-même 1

Talgol.— Il est vrai C'était sa faute.

Pexbel.— Bt quel était votre objet!

Talgolw— La liberté de nos âmes.

Pexbel. — Vous l'a-C-il donnée ?

Talgolvt-Noil

PBXBELs^L'auriez-vous jamais eue, ai le parlement ne vous eût soutenus 1 . Talgol. — Jamais, j'en conviens.

Pexbel. — Et le parlement n'est-il pas la voix de k nation 1

Talgol. — Sans doute, puisqu'il la représente.

Pexbel. — C'est donc au parlement, c'est à la nation qu'il nous faut obéir, surtout quand nous en sommes si bien payés»

Talgol. — Vos raisons commencent à me paraître plus fortes.

136 CHÀRLBS SECOND.

PsMBSL.-r-Voyes comme vous étiez aveugle. Bien voulait punir un tyran, et il vous a d'abord choisis pour commencer sa vengeance. Il fallait d'autres instrument pour la consommer, et nous sommes venus achever ce grand ouvrage. N'agpssons-nous' pas en société avec vouai La bonne cause n'est-efle pas notre objet aussi bien que le vôtre ? Fallait-il souffrir un profane qui voulait nous écraser, nous qui sommes les ennuis du Seigneur!

Talgol.— Je commence à voir.

Pxicbkl. — Patience. La lumière va descendre encore plus sur vous. Débarrassés du premier tyran, pour» quoi sommes-nous allés à main armée à Worcester 1 N'était-ce pas dans la vue d'empêcher son fils de renverser les fondemens que nous avions établis pour la sûreté de nos consciences et de nos libertés ? Le Ciel n'a-t-fl pas approuvé nos actions, par la victoire éclatante que nous avons remportée 1 Stuart était venu contre nous avec une, armée nombreuse. Ne l'avons-nous .pas chassé comme le vent chasse la paille légère? Quand Dieu parle» est-ce à nous' do résister à sa voix î

Talgol. — Vous aves raison, il a fait éclater visiblement sa volonté.

PsjfML.— Il demande que nos consciences soient pures. Stuart veut les souiller de ses erreurs, et nous pourrions cesser de le poursuivre ?

Talgol.— Le ciel nsus en préserve ! Le fils n'est pas encore assez lavé des impiétés de son père, pour commander à des élus comme nous le sommes» Nous

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devrions Tai-rêter, de crainte de désobéir nous-mêmes tu Seigneur.

Peicbsl. — Peut-être aurions-nous eu déjà le bonheur de le prendre, si votre cœur, par ses doutes, n'eût offensé le Ciel. D'autres, avec des cœurs plus dociles, nous auront enlevé ce bonheur. Nous allons sûrement trouver Stuart près de CromwelL

Talgol.— Quemedites-voua? Je ne me consolerais jamais de le voir arrêter par d'autres mains que les nôtres. Partons sans délai, et cherchons notre proie de tous les côtés. Je ne me sens plus de fatigue..

Pkmbil, d'un air hypoesrite.-^Si le Ciel ne m'eût prêté de la patience et des lumières, vous ne seriez pas encore éclairé. (Ils partent)

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