Scène IX* Charles, Dsbbt, Wutdhav
Wiîcdham. — J'espère qu'avec ce» précautions, votre majesté pourra se mettre à l'abri des premières fureurs de la tempête.
Charles. — J'en conçois un augure favorable. Mais nous voilà seuls, mes amis, asseyez-vous, et prenez place à mes. côtés. Donnons quelques instans à l'examen de ma situation. Supposé que j'arrive heureusement en France, quelles ressources me restent pour l'avenir? Le froid accueil que je reçus, il y a deux ans, à 'Paris, ne me permet pas d'attendre de grands secours de ce royaume.
Dsbbt. — La France étant à peine revenue du trouble de ses guerres civiles, la politique lui défend de s'armer pour vos intérêts. Mais les descendans du brave Henri ne sauraient manquer d'être généreux. Les droits de l'hospitalité seront sacrés dans votre personne. C'est l'unique objet dont il faille nous occuper dans le moment
Wijcdham. — Les plaies dont ce pays est déchiré ne peuvent être fermées que de la main des bons citoyens. Le temps seul doit y apporter le remède. Laissez-nous le soin d'en préparer l'effet, et d'en accélérer le succès.
Chablbs. — Je m'abandonne à votre zèle; mais je frémis des insultes et des persécutions que vous aurez peut-être à souffrir. En débarquant, l'année dernière, en Ecosse, le premier spectacle qui s'offrit à mes regards fut la tête sanglante du généreux Montrose, dont le
seul crime était son inviolable fidélité. Cette image affreuse me poursuit jusque dans mon sommeil; elle me tourmente plus que mes propres périls. Combien de sang précieux peut me coûter encore le rétablissement de ma fortune ! Vous-mêmes, dont je ne saurais trop récompenser rattachement, qui sait si* tous n'en serez pas les tristes victimes 1 II manquait à mes malheurs cette idée accablante !
Derby. — De pareils sehtimens 4e votre part, sire, suffiraient pour nous dédommager du sacrifice de nos vies. Le devoir' de la noblesse est de soutenir les droits de votre couronne, et son honneur est de braver tous les périls auxquels ce grand dessein peut l'exposer.
Wiitdham. — Oui, sire, il n'est rien que je n'ose attendre de nos efforts, si vous les secondez par votre constance, La situation violente où nous sommes ne peut durer long-temps. . La plus saine partie de la. nation soupire après le calme dont votre aïeul et votre père l'ont fait jouir. La populace, surchargée des impôts accumulés sur sa tête pour l'entretien d'une soldatesque meurtrière» se soulèvera bientôt contre des exactions devenues chaque jour plus tyrànniques. La discorde est près d'éclater entre le parlement et l'armée. Cromwell qui la fomente, démasquant tout-à-coup ses projets ambitieux, irritera contre lui jusqu'à ses partisans. Objet de l'exécration générale, il voudra la dompter par la violence et la terreur ; mais un peuple encore ébranlé d'une longue agitation ne reçoit pas en silence le joug qu'on lui impose. La vie du tyran se passera dans les difficultés. Épuisé de ses anciennes
débauches, dévoie de crimes, et bourrelé de remords, il finira bientôt ses jours, sens avoir affermi son usurpa* tion, et ne hissera pour la consommer que deux fils accablés du poids de leur fortune, et dépourvus de son audace et de son génie. C'est alors que la noblesse, libre enfin d'élever sa voix, et la soutenant de ses armes, fera reconnaître en vous à» la nation un chef qui sera d'autant plus digne de la régir qu'il aura mûri ses vertus à l'école de l'adversité.
Charles, — Sage Windham, avec quelle joie j'accepte cet augure î
Wihdham. — Sire, comme fidèle sujet, j'ai cru devoir vous présenter ces espérances, pour vous témoigner notre zèle, et pour soutenir votre courage. Mais je croirais trahir mon attachement inviolable à notre constitution, si je ne vous parlais aussi de ce que le peuple a droit d'attendre de vous. En détestant le crime atroce commis sur la personne de votre père, j'oserai dire, avec la noble liberté d'un Anglais, qu'il a souvent violé nos privilèges pour donner plus d'étendue à sa prérogative, et qu'un prince doit être le premier à respecter les lois de son pays.
Charles. — Les malheurs et' les mutes de son règne seront une leçon frappante pour ma vie entière. Mais, Windham, vous savez si c'est à lui qu'il faut les attribuer. Son caractère ne respirait que la douceur et l'indulgence ; ses derniers sentimene attestent son courage et sa magnanimité. Plaise au Ciel que je lui ressemble dans ces vertus! Je ne connais aucun reproche dont on puisse charger sa mémoire, que celui 14*
1£2 CHARGES BfcCOND.
d'avoir mis sa confiance en des personnes indignes de la posséder, et qui en ont abusé contré son peuple et contre lui-mémo* Le choix des vrais amis est bien difficile dans la vie privée ! De sages ministres sont-ils plus faciles à distinguer pour un prince entouré de tant de courtisans intéressés à le séduire par des qualités affectées ? Plus il aime son peuple, et moins il peut soupçonner que de pareils sentimens. soient étrangers à ceux qui < rapprochent Le malheur de mon père, «commun à tant de rois, fut d'avoir vécu long-temps dans la prospérité. J'aurai sur lui l'avantage de l'épreuve utile de l'infortune. Peut-être le Ciel ne veut-il me donner qu'à ce prix l'instruction nécessaire pour governer avec sagesse. Je ne croirai pas l'avoir payée trop cher, si je la fais servir au bonheur de la nation, et si je puis faire oublier à l'Angleterre, dan? un règne de justice et de paix, les troubles dont elle a été si long-temps désolée. Je prendrai pour modèle ce Henri dont le nom sera toujours si cher aux Français, et que nous sommes forcés de révérer nous-mêmes. Je vais dans sa patrie recueillir la mémoire de toutes ses vertus. Ferme comme lui dans l'adversité, j'imiterai sa clémence et sa modération en montant sur le trône. -Voilà les engagemens que je prends avec mon peuple ; et vous qui le représentez en ce moment à mes yeux, recevez le serment que je fais de respecter et de défendre ses droits jusqu'à mon dernier jour.
Windham. — Oui, sire, nous le recevons avec transport, ce vœu sacré. Votre propre bonheur y tient autant que celui de la nation.
BiHBT.— Et le mien sera de consacrer les der mers instans de ma vie à vous mettre en état de l'accomplir.