SCÈNE PREMIÈRE
Pope et Thomas, entrant ensemble et s'empressant de desservir Ja table.
Thomas. — Il semble que ces coquins soient venus tout exprès pour nous manger le dîner du roi.
Pope.— Sois tranquille, le roi en a eu sa part Je lui avais mis en réserve ce qu'il y avait de meilleur.
Thomas. — Oui, mais tandis qu'ils étaient ici tranquil» fement à se goberger, il n'a pu faire son repas qu'au milieu du trouble et des inquiétudes.
Pope. — Moi, qui me faisais tant d'honneur* de pouvoir le servir à table, me voir forcé de servir au contraire ses plus grands ennemis.
Thomas. — H m'est venu cent fois dans la pensée de leur donner de ma bouteille sur fa tête, quand ils me demandaient à boire.
Pope. — Et moi, je les ai suivis* lorsqu'ils ont fureté dans tout le château pour butiner. Je te l'avoue; s'ils étaient parvenus jusqu'à la chambre secrète du roi, j'avais mes pistolets tout prêts, et je leur faisais sauter la cervelle.
, Thomas. — Il est heureux pour nous qu'ils soient si persuadés de sa mort Mais de quel ton il» en parlaient 1 Je n'ai jamais vu d'insolence pareille..
Popb.— Le capitaine en était encore-plus pourvu que les autres.
Thomas. — C'est qu'il se souvient de son premier*
180 CHARLES 6SCON1».
état Sais-tu que je l'ai tu autrefois garçon boucher 2 ' Bristol?
Popi. — Je ne m'étonne plus qu'il ait un air si tranchant
Thomas. — fet M r . Pembel, son ami, ce garçon tailleur, l'orateur de son quartier, qui s'est fait soldat théologien de Cromweïï ! je parierais qu'il a perverti plus de monde par sa maudite langue, qu'il n'en a tué de son épée.
Pope. — Connais-tu le troisième 1
Thomas.-— Non ; mais à sa mine enfumée, je le croirais un de ces misérables chaudronniers qui courent tes campagnes. On l'aura recruté sur les grands chemina,
Pope. — Il faut convenir que voilà une espèce de héros bien choisie.