‹ Recueil dramatique;Chapitre 53 sur 106 · Scène V · texte numérisé non relu

Scène V

Charles, Béret, ladt Marie, Wiitdhax, Heicri- Charles.— Windham, reconnaissez-vous ces habits î* %IÎ écarte le manteau qui renveloppe»ct laisse voir Pha~ $i£ et livrée dont il est revêtu.)-

Wiijdham, — mon prince, quelle douleur de vous voir réduit à cette affreuse nécessité !

ItADX Miaix, les yeux baissés*— Je n'ose porter sur vous mes regards ; je crains qu'ils ne vous offensent

Charlxs, avec dignité, — Non* milady, rassurez-vous : ils ne me verront point rougir. Ce n'est pas. d'aujourd'hui que le sort me condamne à d'étranges métamorphoses. Contraint, il y a peu de jours, à manier la cognée dans la profondeur des forêts» pourquoi m'étonnerais-je de ce nouveau travestissement 1 Ce n'est qu'un trait de plus de l'inconstance de la fortune. Plus elle m'accable de ses caprices, plus je mets d'orgueil à les mépriser. C'est* de l'abaissement où elle me plonge que je veux m'élever au-dessus d'elle et de mownême» Un roi, sous ces habits,, reçoit une grande^ leçon de la destinée, pour la donner au reste des souverains.

Dkebt, se détournant, et levant les yeux vers le CieL — Ah, sire !

Chàrlis.— Derby, vous ne voyez que de l'abjection dans ce vêtement ; moi, je sais m'en faire une parure triomphale. Le bandeau royal sur mon iront n'en imposerait pas ai audace de mes ennemis ; et sous la livrée de la servitude, j'ai la gloire de régner encore sur des cœurs fidèles. Voila les hommages qui m'élèvent bien plus haut que les trônes de la terre. Milord, j'ai vm régner dans votre maison des vertus qui «e suivent pas toujours le diadème, et qui en efiaceot l'éclat. Si l'amour de mon peuple et les lois de rhenneu? ne me frisaient un devoir de maintenir ma couronne, c'est dans

1» paix de cette retraite, et dans la jouissance de votre amitié que j'aspirerais à vivre.

Ladt Marie. — Par pitié, sire, cachez-nous de pareils sentimens ; ils mêleraient trop d'amertume à nos regrets.

Wihdham. — Hélas ! telle est notre situation. Quoi* que votre aspect me pénètre de la joie la plus vive, je me trouve réduit à désirer de vous voir manquer bientôt a nos regards.

Charles. — Milord, ma présence a produit le désordre et. le trouble dans votre maison ; mais je jure de ne jamais oublier, ni le danger où je vous expose, ni votre fermeté généreuse à le braver.

Wiwdham. — Ah! sire, dans le sentiment profond qui nous anime pour l'intérêt de la patrie, tout ce qui nous est personnel est d'une bien faible considération. Ce n'est ni ma sûreté, ni celle de ma famille qui fait naître mes inquiétudes. C'est la vôtre dont je suis occupé tout entier. La fortune nous a mis hors* d'état de pouvoir nous rendre utiles à notre pays. Mais vous, aire, vous pouvez encore faire son bonheur.

Charles. — En travaillant à ce grand ouvrage, je me rappellerai sans cesse que vous m'en avez fourni les moyens. Si je parviens à l'accomplir, je ne vous en laisserai pas demander le prix à l'État, c'est moi qui me chargerai d'acquitter sa reconnaissance.

Wikdhaw.— Que je voie mon pays heureux, et je serai assez récompensé! Mais, hélas! mes forces épuisées par de longs services ne me permettent guère cet espoir» Je le laisse du moins à mon fils dans l'hér>

*ige de mes sentunens. Permettez-moi, sire, de ie recommander, ce seul fils qui me reste, à votre souvenir. Je ne vous demande pour lui que de l'employer utilement au service de sa patrie. J'ose vous répondre qu'il ne fera tort ni à votre choix, ni à l'honneur de ses ancêtres. Charles.— Milord, je vous en donne pour gage ma parole. Et si j'étais assez malheureux pour l'oublier, (il prend Hzhri par la main) digne fils de mon bienfaiteur, venez vous placer devant mon trône, et dites-moi en face : " Je suis Windham ;" mon cœur me dira ce que j'aurai à faire.

Scènb VI.

Charlrs, Dsrbt, xxdt Maris, Windham, Élisa-

bith, Hsrri, Pops, Thomas.

Pops et Thomas en «nirani.— Milord, tout est prêt pour le départ de sa majesté.

Dsrbt. — Il n'y a pas un instant à perdre.

Ladt Marib, levant les bru* vers le ciel — Dieu, protecteur des rois, daigne nous prendre sous ta sauvegarde ! (Wihdhàm paraît enseveli dont une profonde rêverie.)

Charles, allant vers lui. — Windham, vous ne me dites rien 1

Windham. — Sire, je voudrais vous dérober les agitations qui troublent mon cœur en ce moment

Charles. — Et moi, je voudrais pouvoir exprimer tout

ce qui se passe dans le mien. Je suis entré dans votre

maison en fugitif; vous m'y avez traité en roi, j'en sors

votre ami. ( Wirdham veut se précipiter à ses pieds,

'Charles le retient, et lui tendant les bras .-y Que faites- vous 1 Je ne veux recevoir que vos embrassemens. (H V embrasse avec transport.) Mon ami, le destin ne sera pas assez cruel pour me ravir le bonheur de vous revoir. J'emporte avec moi cette espérance* ( Wietdh am, sans pouvoir lui répondre, lui saisit une main, qu'il arrose de ses larmes» Charles le regarde avec attendrissement: Pope, dans cet intervalle, s'avance pour baiser le bas de son manteau, Charles l'aperçoit, hd prend h main, et lui dit .*) Je vous dois le sahit de ma vie : de pareils services ne se paient que par l'honneur, et je ne vous en offre pas d'autre récompense. Mais, veillez avec soin sur les jours de vos dignes maîtres ; c'est un bienfait que je saurai payer, à mon retour, de la plus brillante fortune. (// s'avance vers ladt Marie.) Milady, je suis à vos ordres. (Henri s'élance au cou de son père.)

Windham, avec feu. — Mon'' fils, je vous confie la personne sacrée de votre roi. Vous me répondez de sa sûreté. Sachez, s'il le faut, mourir pour le défendre.

Henri, vivement. — J'engage devant vous et devant le Ciel ma vie à le sauver.

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