‹ Recueil dramatique;Chapitre 62 sur 106 · Scène V · texte numérisé non relu

Scène V

Ladt Sophie, Wixdhax, Elisabeth, Jacques.

Jacques, entrant d'un air effaré. — Milord, toute la cour est pleine de soldats; et Cromwell lui-même s'avance.

Ladt Sophie, se ranimant. — Cromwell! Qui est

ce Cromwell î N'est-ce pas un antm assassin de mon filsî (EU s'évanouit.) r

. Wikitham, cpr& lu» tfwtr donné kê premiers secours.— Elisabeth, entraînez votre mère. (Éusab*tb emmène ladt Sofhii.) Que le barbare ne repaisse pas sa vengeance de ce spectacle. Ciel, donne-moi là force de vaincre ma douleur, pour le confondre et l'accabler ! (B se raffermit et attend Cbomwill.)

Scùnc VI. <

Cromwell, Wixdhax.

Cbomwill.— Milord, vous me voyez entrer chez vous pénétré d'une sainte indignation. Que vous ayez voulu me tromper en me livrant votre fils au lieu de Stuart, je ne m'offense point de cette injure : mais trahir la nation, et prétendre vous jouer des volontés du Ciel, comment vous pardonnerais-je cet excès «d'audace et d'impiété î

WiiroHAir. — Et vous n'en voyez point à vous donner» vous, Cromwell, pour le vengeur de leur querelle!

Cromwell. — Je sais que l'homme n'est rien aux regards de l'Être suprême. Apprenez aussi qu'il peut servir d'instrument entre ses mains pour signaler sa puissance..

Wikdhax. — Et c'est pour la faire mieux éclater, sans doute, qu'il est allé vous choisir au sein de la bassesse et de la crapule, perdu de dettes «t d'honneur, noirci de plus de crimes qu'il n'y eut jamais de toouvemens pervers dans l'âme du dernier scélérat

Cromwell.— Le ciel 'a vu mes faiblesses, mais il ▼oyait mon. amour pour la patrie.

Wikdham. — La patrie! Ce nom est dans votre bouche comme celui de la vertu dans les enfers.

■ Crom^ell. — La nation me traite avec plus de justice. Bile a senti que je venais de lui rendre sa grandeur.

WnroHiM.— Est-ce donc en dégradant ses esprits par le fanatisme et l'hypocrisie î en la livrant aux mépris de ses voisins par son acharnement furieux à se détruire elle-même, et à l'exécration de l'univers par le meurtre abominable de sou roi 1 Osez-vous dire que tous lui avez rendu sa grandeur, lorsque vous la faites servir de jouet à votre ambition ! Quand vous ne l'auriez réduite qu'à souffrir lâchement les indignités dont vous l'accablez, ne l'auriez- vous pas assez avilie! Jusque* à quand sera-t-elle la dupe de votre imposture ? Que ne peut-elle vous voir, non comme je vous vois; car la profondeur de votre scélératesse me dérobe encore des abîmes de forfaits, mais tel que vous vous verriez vousmême, si l'affreuse lueur du remords pouvait pénétrer jusqu'à votre cœur ténébreux.

Cbomwell. — La servitude osa toujours ainsi calomnier les nobles efforts du courage. Il fallait, pour vous plaire, laisser gémir un peuple généreux sous le joug de la tyrannie 1

Wiitdbam. — Monstre! croyez-vous m'avoir dérobé la marche perfide de votre ambition V Je ne suis point l'esclave des rois, j'ai détesté toutes leurs entreprises contre notre liberté. Quelles malédictions ne voUs doisje donc pas, à votre parlement et à vous, les deux plus

cruels oppresseurs du peuple ? Sous quel tyran couronné le peuple a-t-il répandu plus de larmes et de sang? Des mœurs féroces, des erreurs frénétiques, des proscriptions vengeresses, la licence, les. déprédations, et les massacres; voilà ce, que vos fourbes républicains donnent pour liberté à une populace aveuglée, dans le même temps qu'ils l'écrasent de taxes accablantes, et qu'ils punissent ses murmures comme des rébellions. Ce chaos monstreux est l'ouvrage de votre sombre politique. Je vous ai vu caché dans la secte des Indépendant incapable de la dominer par la vigueur de l'éloquence, l'entraîner par la fougue .d'une imagination en délire ; vous envelopper de voiles religieux, pour tromper l'ambition personnelle de vos rivaux, les pousser tous ensemble au plus haut degré d'usiirpation du pouvoir arbitraire, pour y parvenir sur leurs traces et les en précipiter ensuite par. la violence et l'audace de votre génie. Resté seul à cette hauteur, confondant à vos pieds les armes et les lois, vous tourmentez aujourd'hui la nation des tempêtes de l'anarchie, pour la faire tomber de fatigue sous votre despotisme. Venez me parler maintenant de grandeur et de liberté.

Chomwell. — Homme charnel, c'est bien à vous de juger . l'empire des saints, et de sonder les décrets impénétrables de la Providence !

Wiif dham. — Allez porter ces mystiques déclamations à vos soldats énergumènes. Allez jouer des extases, et répandre des larmes hypocrites dans votre parlement Ils sont bien dignes d'être condamnés à la honte de les applaudir. .

CaeirwiLL.— Je déplore l'aveuglement de votre cœur ; il est trop profond pour que je puisse y porter la lumière. Il n'est donné qu'au ciel de vous éclairer, si tous méritiez cette grâce. Rendez-moi seulement 8tuart, qu'il tous demande par ma voir,

Wijtbham.— -Puisqu'il vous a (ait son organe, il tous aura révélé, sans doute, où Vous devez trouver votre victime.

Oroxwxxl. — H m'a révélé de la faire chercher dans votre château et dans toute la contrée.

Wiitdium. — Eh bien ! que tardez-vous à suivre des inspirations gi manifestes 1

CroMweli. — C'est à quoi mes soldats sont employés en ce moment, tandis que vous me croyez uniquement occupé à répondre à vos vains discours.

Wiîcdïum. — Attendez donc en silence l'efièt de vos recherches.

Cbomwzll.— Songez-vous que votre vie en dépend ?

Wiitdhaii.-- Je vous ai livré celle de mon fils : pcn* sez-vous que je tremble pour la mienne ?

Chomwell. — Vous périrez avec votre fils, et avec vous vous verrez périr votre famille entière. Vous l'avez entraînée dans votre rébellion, vous l'entraînerez dans votre supplice.

Wiitdham. — Nous brûlons tous d'y marcher et de braver votre vengeance. La mienne est déjà satisfaite, en vous forçant de m'éstimer autant que je vous méprise»' Voyez, Cromwtell, quelle est la différence du crime à l'honneur. A force de violences et de fourberies vous pouvez trouver un parlement assez vit pour 18*

tous déférer le rang suprême : mais, revêtu d'un pouvoir auquel vous n'aspirez que par l'attrait des forfaits qu'il doit vous coûter, il vous lassera bientôt, quand vous n'en trouverez plus de nouveaux à commettre. II ne vous restera que les terreurs d'une conscience intimidée par votre décrépitude précoce. Vos enfans vous maudiront, avec l'héritage d'un trône criminel ; et moi, je mourrai béni de ma famille, en me sacrifiant à la vertu.

Cromwell. — J'ordonnerai que votre nom soit flétri comme celui d'un traître.

Windham. — Il ne l'est pas, même en passant par votre bouche infâme; jugez si rien peut le souiller. C'est de mon supplice qu'il doit tirer son plus. grand éclat Ce nom va s'attacher au vôtre pour le couvrir d'opprobre jusque dans la postérité la plus reculée. J'attends encore de ma mort un effet plus glorieux. De nombreuses alliances m'attachent aux premiers lords de ce comté : ils ne verront point froidement couler sous le ter des bourreaux, le même sang qui remplit leurs veines. D ne pourra jamais naître dans les trois royaumes un monstre pareil à vous ; mais j'honore trop mqn pays pour croire qu'il ne lui reste plus de citoyens qui me surpassent en vertus, pn voyant une famille entière périr avec enthousiasme pour son devoir, une généreuse •émulation saisira leurs grandes âmes. La chute de ma tête sera le signal qui va les rallier de tous côtés. Je les vois fondre déjà sur la vôtre. Hâtez-vous donc de consommer un meurtre qui doit me délivrer de la vue de vos crimes, et armer tant de vengeurs pour les punir. Venez dresser vous-même mon échafaud» Je me fais

gkrire d'y devancer vos pas. (27 veut sortir. Il aperçoit UlDt Marie qui s'avance d'un pas précipité*)

Soène VII.

Crojtwill, ladt Marie, Wiitdham.

Wutdham.— C'est vous, ma mère ! Quels transports je vois éclater dans vos yeux. Qu'allez- vous m'appren» dre du roi 1

Ladt Marie, avec un cri de joie. — Il est sauvé.

Wijtdham, dans un excès de ravissement— Qu'entends-je !

Ladt Marie. — Oui, mon fils, je n'ai quitté le port que lorsque le vaisseau, dérobait ses voiles à ma vue. Un vent favorable a toujours continué de soufler. Il l'aura déjà porté sur les côtes de France.

Wiwdham, les bras levés vers le deL— Juste ciel ! tu veux donc couronner à la fois tous mes vœux. Tu sauves le roi par mes soins ; tu rends ma vie et ma mort également utiles à la patrie. $îh bien ! Cromwell, vous voilà consterné ! Où sont les espérances dont vos saintes révélations enflaient l'orgueil de votre armée! Charles devait être chargé de vos ferai Tremblez, scélérat; c'est lui qui va vous en préparer. De l'autre bord de l'océan, son nom viendra ranimer le courage des bons citoyens, et vous glacer de terreur. Quelle jouissance à mon dernier soupir, de voir vos projets confondus!

Cromwell, avec un sourire amer*— Windham, vous ne me connaissez point Vous allez voir si je laisse dépendre ma fortune de l'opinion des hommes, ou des

événcmens. (fl marche vere h porte, et Jbit signe au* soldats ds s* avancer.)

ScJheVHI. CmoxwxLï^LABY Marie, W itsbk am, troupe de soldats. On voit dans ïélmgnement Hekri qui tend ses bras à

Wirdrajc, et qui voudrait s' élancer vers lui ; mai»

Luke, Peu bel, et Talool le retiennent.

ÇROMirïtL, m«r première «o&ftrft .^--Entrez, braves défenseurs de la bonne cause ; venez tous réjouir avec moi. Vous voyez dans Windham le libérateur de la patrie»

Les Solbats, étonnés.-^Wiiïâhaxnl

Crohwell/— Oui, mes. amis, le parlement avait promis une récompense à ceux qui s'empresseraient de remettre Ôtuart entre ses mains. Le généreux Windham pouvait la gagner ; il Ta dédaignée. Il m'ava» déjà vu renvoyer au-delà des mers le jeune frère du tyran; 1 il a fait plus, il a chassé le tyran lui-même, pour qU'il ne restât plus rien d'une fymille maudite dans la terra des élus.

Wiwdhaji.— -Qu'osezHvous dire, Cromwell 1

CRomwbix, l'interrompant. — Allez, ne craignez point <|ue je désapprouve votre sage politique. Vous voulez montrer aux derniers partisans du lâche 8tuart combien il était indigne de leur attachement Tremblant f>our lui seul» il les livre à notre juste vengeance,

» Le duc de Glouceater, le dernier des enfant de Charleâ t, que Cwmwell fit passer en Hollande, après la suppliée de son père.

CHARLES SECONB. 213

Ên&ns ûvl Ciel, bénissez le Seigneur ! Un tyran exécuté par le glaive vengeur de» lois, un autre renvoyé sans retour de cette. île sacrée, assurent pour jamais l'empire des saints et le règne de la liberté.

Wikdham.— Quoi ! fourbe! c'est ainsi que vous .avez l'impudence d'interpréter mes actions }

Cbomwell. — Taisez-vous, profane. Vous ne voyez pas que le Ciel gouverne votre cœur malgré vous-même. U manifeste sa puissance et sa protection de la bonne cause, en vous rendant l'instrument aveugle de ses décrets. Je suis juste. Vous avez fait le bien de l'État Voyez votre fils ; je vous le rends. Qu'on le remette entre ses bras. (On amène Henri; et tandis que Wihdham se livre aux transporte muets de sa joie, Cbomwell, profitant de son silence, dit à ses soldats.) Venez, amis, allons rendre grâces au Tout-Puissant Le prix que le parlement avait mis à la tête de Stuart, va vous être remis, puisque l'Angleterre en est délivrée. Je vais solliciter encore de nouvelles largesses. Il faut que l'année sainte partage la joie qu'éprouve le Seigneur lui-même dans ce jour de ses bénédictions, (H sort avec un air de triomphe, et les soldats le suivent,)

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