‹ Recueil dramatique;Chapitre 7 sur 106 · Scène VI · texte numérisé non relu

Scène VI

SÉRAPHINE, EuSTAÇHK.

Eustache. — Léon prend aussi .trop vivement les choses. ïl fait une grande bataille du moindre différend. S'ils ont à se chamailler, je suis bien aise que ce ne sdit pas ici.

Séraphins. — ftous aurions été joliment tancés par notre papa ! Léon a, je crois, un caractère >officieui ; mais je suis fâchée qu'il ait encore plus envie <le se venger que de nous' servir.

Eustache: — Il ne demande qu'à se fourrer éans toutes les querelles ; et il nous a' fait plus de tort que 5*

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de bien. S'il est vrai que Enfin ait dérobé Diane, il me l'aurait plutôt rendue pour de bonnes paroles que pour des menaces. Mais voici mon papa.

Scim VIL

M r . CALVlàBIS,, SÉEAPHIKK, EvSTACHE.

Mt Calvi^s**.— Qu'avez-vous donc fait à Rufin ? Il est venu tout échauffe me trouver dans mon appartement Il se plaint beaucoup de tous, et surtout 4e Léon. Il dit que. tous l'accusez de vous avoir dérobé Diane. Est-ce qu'elle est perdue 1

Eustachk,— Hélas-l oui» mon papa» Je n'ai pas voulu vous le dire, parce que j'espérais à chaque instant la retrouver. C'est moi qui l'ai égarée hier au soir.

6Éa aphinb.— Ah ! vous ne sauriez imaginer combien je la regrette. J'ai pleuré toute la nuit de ne pas Ja sentir à mon côté.

Mï CALviinis.— Heureusement ce n'est qu'un chien. On mit tous le* jours, dans la vie, des pertes plus importantes. Il faut s'accoutumer de bonne heure à les soutenir.— Mais toi, Eustache, que n'y misais-tu plus d'attention.

Çustachxw— Vous ave» raison, mon papa; c'est ma mute. J'aurais dû la laisser à la maison, ou ne pas la perdto de vue, puisque je m'en chargeais. Cela me mit surtout de la peine par rapport à ma sœur, parce que Diane lui appartenait encore plus qu'à moi

SsBiraura.— *Oh l je né saurais en prendre de

Fhnmfctir contre mon frère. Je fui si fait quelquefois de la peine sans le vouloir, et il me l'a pardonné.

M r . Caltieses.— Embraese-iboi, ma ftHe. J'aime à voir que ta sais rapporter un malheur arec courage : mais j'aime bien plus encore à te voir, dans tes chagrins, sans aigreur contre celui qui te les cause.

Sébafhihe.— Mon pauvre frère est assez puni de sa négligence. Diane lui était aussi chère qu'à moi ; elle faisait tous ses plaisirs. Il a encore de plus le regret dé causer ma peine.

M r . Calyièbes.— Conservez toujours ces senthnens l'un pour l'autre, mes chers enfant. Prenez-les pour tous vos semblables; ils sont aussi vos frères. Je connais des personnes qui, pour une pareille bagatelle, auraient chassé un honnête domestique de leur maison.

SÉBAraiHE.— Oh! que le Ciel m'en préserve! Préférer un chien* à un domestique, une créature sans raison à une personne de notre espèce !

M* Cixviinxs. — Pourquoi tous les hommes ne fontils, comme toi, ma chère Elle, cette distinction 1 On n'en verrait pas qui aimeraient mieux voir souffrir la faim on le froid à un pauvre enfant, qu'à leur chien favori: qui pleurent sur une indisposition de leur épa» gneul, et qui voient sans pitié le sort d'un malheureux orphelin abandonné de toute la nature.

Sébapuihe.— Oh ! mon papa !

M r . CALYifeuxsrf-- En récompense du sentiment qui t'arrache ce soupir généreux, je te promets, ma fille, une chienne aussi jolie que celle que tu as perdue, si tu as le malheur de ne pas la retrouver.

Si»ArHiHX.-~Non, mon papa, je voua en remercie. J'ai trop souffert de la perte de Diane ! Si elle ne revient pas, je "n'en veux plus d'autre. Je ne veux pas m'exposer davantage aux mêmes chagrins. •-

M! C.Ai.Tiàmss.— Tu vas trop loin, ma chère Sétaphine. Nous devrions donc renoncer au plus doux plaisir de la vie, en craignant de nous choisir un ami, parce que la mort ou l'absence pourrait un jour noms en séparer ? Si tu compares, le plaisir que Diane, depuis qu'elle est née, t'a fait sentir par son attachement, avec le chagrin passager que te cause sa perte, tu verras que le premier excède de beaucoup le second. Rien n'est plus naturel que de prendre de l'attachement pour une charmante petite bête comme Diane, et ce serait même de ta part un trait d'ingratitude. ...

Séraphikk.— Oui, si je cessais de penser à elle, parce qu'elle n'est plus là pour me caresser.

M r . Calvièhbs.— Ce qui me console un peu dans ce malheur, c'est la force que tu dois en retirer, pour en soutenir, s'il le faut, de plus grands. Tout ce que nous possédons sur là terre, peut échapper de nos mains avec la même rapidité ; et il est sage de s'accoutumer de bonne heure aux privations les plus sensibles. Mais, pour en revenir à' notre premier sujet, vous avez donc maltraité Rufinî

Séraphins. — Ce n'est pas nous, mon papas nous ne lui avons parlé qu'avec douceur. C'est Léon qui l'a poussé un peu vivement

M r . CALvifcRES.-T-Et quelle a été sa réponse î

LA LEVltETTK ET LA BAOVK. 57

Eustachi. — Il s'est assez mal défendu. Il a été même tout décontenancé à la première question.

8ÉaAPHiFE.— Mais vous, mon papa, croyez-vous qu'il pût être assez effronté pour nier d'avoir pria ma levrette, s'il l'a effectivement dérobée 1

M* Càlviêres.— 4e ne puis rien affirmer là-dessus ; cependant ce trouble ne vient pas d'une conscience bien , pure. Au reste, pour n'avoir rien à nous reprocher au sujet de Diane, il faut la réclamer, dès demain, dans les annonces publiques.

Eustachk.— Mais, mon papa, si elle est réellement eu son pouvoir, ce soin devient inutile.

M r . Càivieees.— -Il peut ne pas l'être. Un chien demande à être nourri : et ce n'est pas un animal si petit et ai tranquille, qu'on puisse cacher aux jeux 4e tout le monde. Il se trouvera peut-être dans sa maison quelqu'un d'assez honnête pour nous en donner des nouvelles. Je ne veux faire aucune démarche auprès 4e son père; je connais trop sa grossièreté. D'ailleurs il est piqué contre moi de coque je vous ai défendu une liaison étroite avec son fils. Il faut attendre l'effet de noire réclamation,

SÉmAPfliKEw — J'en espérerais quelque chose, si je pouvais promettre une récompense à celui qui ma rapporterait la chienne.

M? Caitiebes;— C'est moi qui me charge de ce point Viens, Eustache, je vais dans mon cabinet dresser le signalement de Diane ; et tu lé porteras au bureau du journal

SÉBAFHiHK. — Oh! quelle joie es serait pour k pauvre petite bête et pour moi de nous revoir!

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