‹ Recueil dramatique;Chapitre 6 sur 106 · SÉRAPHINS, EUSTACHE, LÉON · texte numérisé non relu

SÉRAPHINS, EUSTACHE, LÉON

Léo ir, ouvrant la porte.— C'est moi, c'est moi, mou ami Bonjour, mademoiselle Séraphine.

Séraphins. — Bonjour, monsieur Léon.

Léon.— Je suis à la piste de Diane, et j'espère bientôt ...

Séraphins. — Que dites vous ? La retrouver ?

Léon. — Écoutez un peu. Vous savez cette vieille qui est au coin de la rue, et qui vend du pain d'épiées* et des marronél

Séraphine. — Comment ? elle a ma chienne 1

Léon. — Non, non ; c'est une honnête femme, et la meilleure de mes amies. Vous savez bien, Eu st ache, que Diane voulait aussi, l'autre jour, faire connaissance avec elle, en mettant les deux pattes de devant sur la table, et en flairant ses biscuits ?

Eustache. — Hélas! oui. Cette gentillesse ne lui réussit guère. EUe n'y gagna qu'un bon coup de gant fourté sur le museau.

Séraphiîte. — Laissons cala. AchAez, achevez, monsieur Léon.

Léow. — Eh bien ! tout à l'heure, en allant déjeuner à sa boutique, je lui ai raconté notre malheur. Quoi ! m'a-t-elle dit, cette petite doguine î

SÉBAPHiirs. — Doguine, M. Léon? N'appelez pas ainsi ma Diane j j'aimerais mieux ne pas en entendre parler.

Léoît. — Je ne fais que tous rapporter ses paroles. Cette petite doguine, m'a-t-elle dit» qui appartient à ce joli petit monsieur qui est de vos amis 1 Oui, lui ai-je répondu. Eh bien t a-t-elle repris, tous connaissez un autre petit monsieur, qui demeure là-bas, à ce grand balcon ? C'est lui qui l'a détournée.

EusTACHB.—r Comment ! ce serait Rufin ?

Léo;*. — Ne vous souvenez-vous pas qu'il était hier à la boutique de cette vieille, lorsque nous passâmes, et qu'il ne fit pas semblant* de nous voir, de peur d'être obligé de nous offrir de ses marrons 1

Eustache. — Cela est vrai ; je me le rappelle à présent

Léokt. — Eh bien ! lorsque nous fûmes éloignés de quelques pas, il appela Diane qui nous suivait, lui présenta un marron, dans lequel il avait mordu, et lorsque la pauvre bête ne songeait qu'A se régaler, il la saisit, la serra sous son bras, et l'emporta chez lui. C'est la bonne femme qui m'a dit tout ce manège.

Séeapsire. — O le méchant! Mais, enfin, nous savons où elle est. Mon frère, vous n'avez qu'à y aller tout de suite.

Léon. — Je crains bien qu'il ne l'y trouve plu*.

Rufin ne l'a prise que pour la vendre, comme il fait fie ses livres, et de tout ce qu'il peut attraper chez son père. „ IJ est capable de tout Nous avons joué l'autre jour à la paume ; il a -triché.

Eustache. — Que me dites-vous î J'y cours & l'instant.

Léon.— -Vous ne le trouveriez pas chez. lui. J'en, viens : il était sorti. %

Séraphins. — H a peut-être fait dire qu'il n'y était pas.

LÉoir. — Non ; j'ai parcouru toute la maison. . J'ai dit à une servante que j'étais venu proposer à son maître une revanche qu'il me doit à la paume, et que j'allais l'attendre chez vous.

Séraphins. — H n'osera jamais se présenter devant nos yeux, s'il est vrai qu'il ait pris Diane.

Léon. — Oh ! vous ne connaissez pas son effronterie. Il y viendra tout exprès pour détourner les soupçon» ; mais je vais vous le démasquer. '

Séraphine.- — Il faut agir avec prudence, et le questionner adroitement, pour lui faire avouer son secret

Léon. — Tenez, toute l'adresse est de lui faire voir, au premier mot, qu'il est fripon et voleur.

Eustache. — Non, non, mon ami, cela fie servirait qu'à foire une querelle ; et mon papa ne veut pas qu'il y en ait dans, sa maison. Des paroles de douceur seront peut-être pkis propres à ie toucher que des reproches violons.

Séraphine. — Peut-être aussi ne sait-il pas que h petite chienne nous appartient !

Lâoir«— Bon ! ne la voit-il pas tous les jours sortir avec votre frère ? Il a joué cent fois avec elle, et il la dérobe aujourd'hui pour la vendre. Voilà bien de ses traits.

Evstachs.— Paix ! -le voici.

ScKNI IV.

8ÊRAFBIHE, BUSTACHZ, LÉOÎC, RuFIlT.

Rujiiï. — On m'a dit, Léon, que vous éties venu me demander pour une revanche à la paume. Je suis prêt à vous la donner. Ah! bonjour, Eustache. Votre serviteur très-humble, mademoiselle.

8ebafr.ihi.-t Vous allez vous divertir, monsieur Rufin, rien ne vous chagrine ; ejt nous, nous restons ici à nous désoler.

Rufih.— Quel est donc le sujet de votre peine 1

Sbbaphixx. — Notre petite levrette, que nous avens perdue!

Rufut. — Ah! c'est bien dommage*! Elle était gentille vraiment. Le corps gris de cendre, la poitrine, les pattes et la queue blanches, avec de petites taches noires par-ci, par-là. Elle vaut deux louis comme un tiard.

SérafhtnEv— -Vous vous la remettez si bien ! Ne pourriez-vou8 pas nous aider à la retrouver 1

Rcfut. — Est-ce que je suis inspecteur des chiens 1 Ou m'avez-vous donné le vôtre à garder 1

EusTAcm. — Ma sœur n'a pas voulu vous fâcher, mon ami. ,

50 LA LBVRBTTE BT LA BACWB.

Séraphins.— Vraiment, non. Ce n'était qu'un* petite question d'amitié, Vous demeurez dans noti voisinage. C'est ici tout près qu'elle s'est pdrduv. J'ai pensé que tous auriez pu nous en donner des nouvelles.

Léon. — Certainement, on ne pouvait pas mieux s'adresser.

Rufin. — Que voulez-vous dire par-là, monsieur Léon ? ^

Léo*. — Ce que vous devez entendre encore mieux que moi-même, quoique je sois parfaitement instruit.

Ruriir. — Si ce n'était par considération pour mademoiselle. ... '

LÉoîf. — Rendez-lui grâces vous-même de ce que je ne vous châtie pas de votre impudence.

EusTACHE, écartant Léon* — Doucement donc, mon ami, ou notre chienne est perdue.

SittAlPHiirB, retenant Rufin. — Si, comme vous le ' dites, vous avez quelque considération pour moi, monsieur Rufin, faites-moi la grâce de nTécouter attentivement, et de me répondre par un oui, ou un non;

Léon.— Et sans barguigner.

Séraphikbv— N'avez-vous point notre levrette 1 ou ne savez-vous pas où elle est ?

RuFizr, déconcerté. — Moi, moi ? votre levrette î

Léo x.— -Vous vous troublez, vous l'avez. Aussi bien j'en sais toutes les circonstances. Vous l'avez prise en traître, en l'affriandant d'un marron.

Rufoc .— -Qui vous a dit cela 1

liiox. — Qui vous a vu faire.

Sébapbiîtk. — Je voua le demande en gr&ce, monsieur Rufin, cchuestjil vrai ou fajui ?

Rofiit.— Et quand j'aurais régalé votre chienne de marrons, quand je l'aurais prise un moment pour la caresser, s'ensuit-il que je l'aie, ou que je sache ce qu'elle est devenue 1

Séraphins. — Nous ne le disons pas non plus*. Nous vous demandons seulement si vous ne savez pas où elle est dans ce moment-ci.

Eustache.— Ou si, par espièglerie, vous ne l'auriez pas gardée cette nuit chez vous, pour nous mettre un peu en peine, et nous causer ensuite le plus grand plaisir 1

ReFiir.— Est-ce que vous prenez ma maison pour une auberge de chiens.

LÉex.—Il nuit être bien effronté.

Rufin. — Ce n'est pas à vous que j'ai à faire*. Soyez, tant qu'il vous plaira, l'avocat des levrettes, je n'ai rien à vous répondre.

Léuk.— Parce que je vous ai confondu.

Séraphins. — Doucement, monsieur Léon; il faut que vous vous soyez. trompé. Je ne puis soupçonner M 1 ; Rufin de tant de bassesse, que s'il avait trouvé* notre chienne, il voulût la garder.

Eustache.— S'il avait perdu quelque chose, et que je pusse lui en donner des nouvelles, je me forais une joie de le faire. Ainsi, il ne doit pas s'offenser de nos questions. •

Rufin.— J'en suis ttès-oflènaé, et je vais m'en plaindre à votre père.

92 LA UmKTTS BT LA BAGOTE.

Lêoh.— Venek plutôt chez la marchande de marron» qui Vous accuse. Je vous y accompagnerai.

Rtrriir,— Il Vous sied* bien d'en croire les caquets de femmes du peuple*, mais moi; je ne* m'abaisse pas ainsi.

Lâoir.— Le* femmes du peuple ont des yeux et des oreilles; et tant qu'il s'agira d'honnêteté, je m'en rapporterai plutôt à eHes qu'à tous.

Jtçrix.— Je ne souffrirai pas cette msulte, et vous me la paieres. (// tort.)

SCKNE V.

SÉSANUrK, EcSTACHZ, LÉO*.

I*É*ir.— Voila un menteur bien impudent! Je n'ai pas. le moindre doute qu'il a la chienne*. It'ave*voua pas tu comme il avait l'air embarrassé, quand je rai a* dit positivement qu'il l'avait 1

8iaAraixi»— Je ne puis la croire encore ; ce serait être trop coquin.

Lioir. — Voas ne pouvea le* croire, parce que tous avex une ime «i belle; mais 4e sapait, je croirais toutes les noirceurs»

SraiPHixK.-^Je conviendrai toujours qu'il est bien grossier de n'avoir pas répondu poument à nos questions.

Léo*. — Si vous n'avies pas été là, je l'aurais un peu secoué par les oreilles.

Ecstache, — Bon! il est plus grand que tous de toute la tête.

Léo v.— -Quand il le serait deux mis plus ; je parie qu'il est sans courage. N'avea-vous pas observé qu'il

devenait plus impudent à mesure que nous étions phw polis, et qu'il prenait un ton plus honnête à mesure que je lui serrais le bouton* ! Mais je vais le suivre» et j'irai lui prendre Diane, en quelque endroit qu'il Tait mise.

Séraphine. — Votre peine- serait inutile, monsieur Léon. , Encore une /fois, je ne puis le croire. Nous demeurons trop près Fûn de Kautre, pour qu'il ait pu espérer de nous cacher son vol.

Eustache. — Pourvu qu'il n'aille pas la tuer, s*H l'a prise, de peur d'être convaincu de mensonge.

Léon. — Il ne la tuera pas, mon ami ; c'est pour la vendre quHl l'a dérobée.

Séraphins. — Eh mais, quelle idée aves-vous donc de lui

Léon. — Celle que je dois avoir;' et je vais vous en convaincre. (Il sort,)

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