ACTE IV
eCÈKE PREMIERE.
Gxbct, Geuxais.
Oimcx tort de son cabinet, et s'avance, une lettre i la matn^— Oui, c'en est mit, mm résolution est prise; et cette lettre apprendra tout à mon père.
Ûsexaht*— -Oh l monsieur, quel coup affreux vous allez lui porter!
Gimcx.— Mon cotur en est déchiré d'avance; mai rhonneur me dit qu'il ne me reste plus d'autre parti
' GiBMAtJr.— -Hélâu î il est bien cruel !
Gerct. — Eh ! qui le sent mieux que moi î Je n'aurai pas un moment de repos jusqu'au départ de cette lettre funeste. Mes inquiétudes et mes remords la suivront vers la maison paternelle. Et quel moment que celui où je me dirai C'est à présent qu'elle arrive dans nia famille, pour y porter la désolation !
Gebmain.— Je ne puis moi-même en soutenir la pensée.
Gerct.— Je me représente les domestiques se disputant à qui recevra le premier cet écrit des mains du Courrier, pour le présenter à mon père ; ce père tendre se refusant de goûter tout seul la joie qu'il s'en promet, et courant la partager avec sa femme et ses enfana. Déjà la famille entière est rassemblée dans la grande salle. Tous, le cœur palpitant, le plaisir dans les yeux et le sourire sur les lèvres, attendent en silence les chères nouvelles. La lettre fatale est déployée; oh en commence la lecture, et bientôt toute cette joie est changée en consternation ! Ce fils, ce frère adoré n'est plus qu'un objet de mépris et d'horreur. Les domestiques se dispersent, mes sœurs pâlissent, ma mère s'évanouit ; mon père, indigné, déchire la lettre, et la malédiction échappe peut-être de sa bouche. . . . Non, Germain, jamais ce tableau ne s'effacera de mon esprit, «î dans la veille, ni dans le sommeil.
Gkrmain.— Oh ! monsieur, je vous en conjure} ne vous livrez pas ainsi au désespoir* M r . Gercy se' souviendra toujours qu'il est votre père.
Girct. — N'ai-je pas oublié que j'étais son fils 1
Germain.— Votre repentir et sa tendre»» vous auront bientôt rendus Pun à l'autre.
Gerct.— Oh! si je pouvais concevoir cette espérance ! Oui, mon père, en voyant ma faute, tu verras du moins mes regrets ; tu verras ma confiance- en ton amour. J'aurai fidèlement observé la promesse que je te fis en nous séparant, de t'instrtrire, «ans réserve, de toute ma conduite. Je me serai livré à tes reproches, plutôt que de mettre dans rembarras ton ami le plus cher, ou l'homme généreux que tu as comblé de tes bienfaits.
Germai*.— -Mais, monsieur, si Martial avait déjà exécuté son projet ! J'ai fait ce que j'ai pu pour l'en détourner ; je l'ai trouvé inébranlable, et peut-être. . .
Gerct, avec feu. — Cours le trouver. Je crains qu'il n'ait pris pour un aveu l'irrésolution où j'étais dans mon égarement. Dis-lui qu'il me causerait la peine la plus sensible, s'il s'obstinait davantage à vouloir se perdre, pour nie sauver une honte que j'ai méritée,
Germain. — Oui, monsieur, j'y vole.
Gerct. — Fais-lui bien sentir que sa reconnaissance n'en est pas moins satisfaite envers son bienfaiteur, et que ma lettre est pleine de tous les sentimens qu'il a bit éclater. Je devais sans doute cette consolation à mon père pour tous les chagrins que je lui cause. S'il a le malheur d'avoir à se plaindre de son fils, qu'il apprenne ' en même temps qu'il lui reste encore- des amis qui sacrifieraient tout à là crainte de lui causer la moindre douleur. Cette peinture des sentimens du brave Martial, je l'ai vivement tracée; et mon père, en m'en voyant
sû bien pénétré, sentira peut-être que je n*ai pu porter une atteinte à son cœur, qu'en m'oublient moi-même.
Gehmaik.— Oh! mon cher mettre! qui ne serait touché dé vos regrets î Je ne sais plus si cette lettre ne causera pas à M* Gercy autant de joie que de chagrin. Je cours parler à Martial, et je reviens tout de suite auprès de vous.