Scène VII
< Martial, Germain.
Girmain. — O mon cher Martial ! l'admiration où je suis de ta générosité vient de tenir jusqu'à présent ma langue enchaînée dans le silence : mais non, je ne puis 22*
258 LES JEUNB8 OFFICIERS
le souffrir; il ne faut pas que la fan$e de mon maître te coûte le bien de tes enfans»
Martial.— Qu'appelles-tai leur bien 1 II n'est ni à eux, ni à moi II appartient toujours à mon bienfaiteur ; et c'est à hii que je le rends dans la personne de son fils.
Germai*. — Toi, qui et ri bon père, ne songes-tu pas que tu te dois d'abord & ta famille !
Martial. — M r . Gercy n'avait-il pas la sienne lorsque j'ai reçu ses* bienfaits 1 -
Gxrmair.-^Quoî ! tu perdrais dans un moment le fruit de dix années de travail et d'économie î
Martial.— A me serait bien phis affreux de perdre le fruit de cinquante ans d'honneur.
Germai*.—- Je connais l'honneur comme toi; et c'est peut-être t'elagérer à toi-même ce qu'il te demande. .
Martial. — Ecoute, Germain; ne crois pas que je me laisse emporter À l'orgueil de m'acquitter d'une manière éclatante envers M r . Gercy. Ah ! je l'aime trop pour ne pas mi sacrifier jusqu'à mon amour-propre. Le sang-froid, qui est le partage, d'un vieux guerrier, m'a laissé voir d'un coup d'œil cette amure dans toutes ses suites. . Pour peu* qu'elle éclate, ton jeune maître perd tout-à-coup l'estime qu'il avait acquise, et celle qu'un jour il doit mériter. Sa mute, qui tient à fa. noblesse même de ses sentimens, ne sera envisagée dans ie monde que comme l'action d'un joueur forcené. Flétri par la honte, et croyant n'avoir plus rien à perdre, il se plongera dans tous les excès de ses camarades pour éviter leurs railleries, ou s'engagera dans mille
A LA GÀRNWON. 259
querelles pour 1m repousser. Et si cette aventure allait jusqu'aux oreilles de son père ! O Germain ! toi qui le connais, conçois-tu quelle serait sa douleur 1 Au lieu * des espérances qu'il a fondées sur son fils pour l'illustration de sa famille^ il ne verrait plus en lui que sa ruine et son opprobre. Et moi, qui n'existe, que par ses grâces, je le livrerais à ce désespoir! Non, non, mon ami, ls^misère, la mert, rien ne peut m'enrayer autant qu'une si horrible perspective.
GiBXAiirw — Oui, sans doute, Martial ; il faut lui épargner cette désolation. Mais M r . Verneuil. . .
Mabtiai» — Ah! Germain, qu'il ignore aussi toute cette aflaire. Ton jeune maître en a de trop justes reproches à craindre, pour que je l'expose à sa sévérité.
Gsbxaiit. — Tu ne le connais pas. S'il est sévère pour lui-même, il n'a pour les autres que dé l'indulgence M de la douceur.
Martial. — N'importe. Il n'est pas père, comme moi. .Comment saurait-il ce qu'on doit pardonner à l'imprudence de la jeunesse 1
Gibxaix. — Tu peux du moins le lui faire sentir. Va le trouver, Martial, et . . .
Martial. — Qu'ai-je besoin de lui, lorsque je peux agir par moi-même î Si je voyais ton maître roulant dans un abîme, irais-je chercher M r . Verneuil pour le sauver?
Gbbxaik.— Il est plus en état de faire ce sacrifice.
Martial. — H ne le doit pas autant que moi.
GxBifAiir*--Mais, tu le. sais, il en a contracté l'en-
MA*TiAL.-^'èn ai un plus ancien et plus sacré. H n'a répondu que sur sa bourse; et moi, j'offre tout les jours dans mon cœur à M* Gercy, moi, mes eu&as,mom sang et ma vie, tout ce que j'ai, tout es que je suis. Voilà, les garans de ma reconnaissance : voilà le gage d'une dette bien plus sacrée ; et je veux l'acquitter. Va, Germain, va rsjomdie ton maître. Craignons de le laisser tomber dans le désespoir. Sensible, comme il l'est, à l'honneur, cette première faute sera pour lût une leçon éternelle, fille lui vaut mieux peut-être que dix ans de sagesse sans épreuve. Adieu, Germain ; je prends cet argent Ses dettes du jeu vont être payées, et je sais comment satisfaire à tous ses autres créanciers. (Gkrxaih eeitf An* répondre) Mabtial ne lui en donne pas k temps, H U sert. Gsaxj.iv lève les bras au ciel, etpamdan* k cabinet où edson maître.