Scène III
G-feRCT, Versac.
Vbusac.t— Comme»* donc, Gercy ! je viens vous faire eompliment sur votre- exactitude. Il, y a plaisir à jouer avec vous. On n'attend* pas après son argent
Giect. — Puisque tous l'avez re$u, monsieur, que me voulez-vous encore 1
Versac. — Vous iaire une visite d r amitié..
Gerct,, sèchement — C'est beaucoup d'honneur /pour moi, et je ne l'attendais pas, assurément
Versac— Est-ce que vous êtes fâché î Je vous croyais plus de fermeté pour soutenir, un moment de mauvaise fortune. Tout est oublié après le jeu ; et l'on n'en reste pas moins bons amis qu'auparavant
Gerct.— Mais auparavant, notre liaison n'était pas, je, crois, bien intime. >
Versac?— Voici une occasion qui peut la resserrer. C'est une folie de se rebuter pour un caprice du sort Une autre fois vous serez plus heureux, et vous pourrez aisément réparer vos pertes. Nous ne .sommes pas si rétifs que vous; et nous vous. donnerons votre revanche, aussitôt que vous aurez reçu de l'argent» ou aujourd'hui même, s'il vous en reste encore.
Gbrcy. — Non, non, je vous en tiens quittes, et je ne vous, la demanderai jamais.
Versac — Mais tant pis.. Voilà le mal. J'ai commencé, comme vous, par perdre quelque chose; et j'aurais été bien dupe de m'en tenir à ce premier essai
Gerct. — Le mien me suffît
, Versac — Je vous passe cette idée dans un premier mouvement d'humeur. Mais j^espère qu'un peu de réflexion vous rendra bientôt plus avisé. C'est comme si un général se retirait pour avoir eu quelque désavantage dans une escarmouche, tandis qu'il peut, encore tenir la campagne. ■ ' ,
Gbect, <f un air <f trome*— La comparaison est tout* à-fait exacte.
V IB8AC— Beaucoup plus que vous ne pensez.
Girct. — Vous regardez apparentaient le jeu comme de notre métier, autant que la guerre 1
VersÀc— H'en est au moins l'image. C'est une école où Ton peut apprendre comment il faut tantôt serrer de près son ennemi, tantôt se replier sur moimême ; exagérer tour autour ses forces et les dissimuler ; céder un petit terrain, pour en reprendre davantage ; avoir l'air d'offrir le combat lorsque Ton songe à la retraite ; et ne livrer .enfin bataille qu'avec la certitude de la victoire. >
Gebct. — Voilà un détail fort savant : vous, n'y avez oublié que les embuscades.
Vsbsâc. — Ecoutez donc : elles ont aussi leur mérite.
Gercx.— Je ne vois désormais rien de mieux à faire pour nos rois, que d'aller prendre leurs généraux autour d'un tapis vert Gela doit vous donner des espérances pour votre avancement.
Virsac— J'aime à voir que vous savez manier la plaisanterie.
Gebct. — Elle pourrait aller trop loin. Je nie borne à vous dire encore sur le même ton, que vous me paraissez un ennemi beaucoup trop redoutable ; et que toute mon étude, à l'avenir, sera de, veiller sur mes possessions, sans prétendre jamais rien empiéter sur les vôtres, ni même songer à regagner celles que j'ai perdues.
Vkrsac. — Allez, allez, l'esprit de conquête ne- manquera pas de vous venir, avec les renforts que vous
attende!. (La porte de V antichambre Couvre, et Te*, y voit paraître M r . Dubois, M r . Dmtib, et M r . Du*ni. qui ri osent encore s'avancer.)
Vkbsjlc, les apercevant.— Mais, j'aperçois. un parti ennemi qui s'avance pour tout piller. C'est mon devoii de vous aider à repousser ses attaques* '
GiacT. — Parlez mieux» s'il vous plaît, de ces bonne tes gens. J'ai des affaires à régler avec eux, et je serais bien aise d'être seul
VïuajLc.— Non, non, je ne vous quitte pas : je veux vous apprendre à vous débarrasser de ces importuns.
Gbbxiv— Vous êtes trop bon, monsieur Versac ; je ne vous charge pas de ce soin.
Vmsac— Vous' ave» .beau* dire, il faut apprendre à vivre à ces coquins; ce sont eux qui nous ruinent. Comme si notre argent n'était pas à nous pour nous divertir, tandis que nous avons des parons pour payer nos mémoires t