Scène X
Li Colorel, M r . Vbrrsuil, Gerct, Martial, Gerxair, M r . Dubois, M r . Drrib, M r , Dufré. :
Martial. — Non, mon capitaine, ce n'est pas à vous, c'est à moi que ce droitappartient
Le Colorel^ — Que vois-je! Martial? Eh! que voulez-vous, mon ami!
Martial* — Ce que je veux? Ah! mon colonel, je me jette à vos pieds, et j'implore votre justice.
Le Colorel.— Eh bien ! parles mais relevez-vous d'abord.
Martial. — Non, non, je reste à vos genoux. Si vous avez toujours paru content de mon service, c'est en ce moment que j'en demande la récompense.
Le Colorel. — Voyons ; je vous écoute.
Martial. — J'ai été le premier instruit du malheur du jeune M r . Qercy. Je ne suis déjà que trop à plaindre de n'avoir pu empêcher que cette affaire ne vînt à votre connaissance et à celle de M! YerneuiL N'achevez pas de me jeter dans le désespoir.
Le Colorel. — Comment donc ?
Martial. — Vous, savez tout ce «que je dois à son digne père. Je ne veux pas être ingrat ; non, je ne le serai pas. (Il se relève, et ae tournant vers M* Verreuil.) O monsieur Verneuil ! M r . Gercy est votre meilleur ami, je le sais ; mais il est plus pour moi, il est mon bienfaiteur. Vous avez eu mille fois occasion de lui témoigner votre amitié. Voici la seule où j'aie pu,
jusqu'à présent, lui prouver ma reconnaissance. Ne cherchez, pat à me la ravir.
M? Verrruil. — Mais, y pensez-vous, Martial ?
Martial. — Oh.! si j'y pense! (-4 M r . Dubois.) Tenez, monsieur, voici la somme que je viens de me procurer pour satisfaire à vos demandes. Prenez-la, prenez-la, je vous en conjure. Cet or appartient à M r . Gercy. Il ne me vient que de ses bienfaits, et c'est par mes mains qu'il voua le présente.
M r . Dubois.— Non, s'il vous plaît, nous ne le prendrons pas.
Martial.— Oh ! pourquoi me refusez-vous ?
Lz Colorsl. — Eh bien ! Gercy, vous voyez l'intérêt qu'inspire le souvenir des vertus de votre père ! Il se répand sur vous-même, tout coupable' que vous êtes. Vos créanciers oublient pour vous leurs droits. Deux ■ hommes sensibles et vertueux se disputent fe plaisir de vous obliger. Moi-même, qui venais vous juger avec rigueur, je n'ai pu sentir, à votre aspect, que la plus fendre indulgence. Ah ! si ce qui vient de se passer ne vous rendait digne de la famille dont vous avez le bonheur de sortir, je ne verrais plus en vous que le dernier des hommes.
Gbrct. — Oh ! n'en doutez pas. Le souvenir de cette leçon me restera toute ma vie. ,
Martial.*— Oui, mon colonel, j'ose vous en répondre pour lui, sur la foi d'un vieux guerrier. Mais, de grâce ne différez pas à m'accorder ce que je vous demande. Songez que si je ne fus qu'un soldat, mon devoir m'élève, en ce moment, au-dessus de ce que je suis.
Le Colonel. — Écoulez, Martial: dans Une autre occasion, je ne rougirais pas d'accepter, au nom du père de monsieur Gercy, vos offres généreuses. Les bienfaits et la reconnaissance rendent a mes yeux tous les hommes égaux. Mais dans cette affaire, un autre a pris un engagement formel ; et vous sentez que ce serait une injustice de le dépouiller de ses droits. (En se tournant vers MM. Dubois, Denis, et Dupbé :)
Messieurs, voici yos mémoires que je remets entre les mains de M! Verneuil. Il aura soin de vous satisfaire, et vous pouvez vous retirer.
M 1 : Dubois. — Il suffit, monsieur le comte. (MM. Dubois, Denis, et Dupré sortent:)