MAIN
Martial.— Cen est donc fait! Vous m'avez tous fait perdre le plus beau' moment de ma vie.'
Gehct. — Non, mon cher Martial, tu ne l'auras pas perdu. Mou père va Bavoir le grand sacrifice que tu as voulu faire pour lui. Tu n'avais que son amitié ; et je te donne à jamais la mienne.
Martial. — Oh! vous devez sentir si je l'accepte avec tous tes transports de mon cœur! (Gercy hU saute au cou et Vembrasse.)
M? Verneuil, tendant ta main à Martial.— Que ne dois-je pas aussi vous rendre pour le plaisir dont je viens de vous priver 1 Je n'ai qu'un seul dédommage-
ment à vous offrir. . Je veux que vous me comptiez désormais au nombre de vos meilleurs amis.
Martial, lui donnant la tienne. — Eh bien X mou-, sieur Verneuil, à la pareille 11 . (Se tournant vers le colonel) Excusez, mou colonel ; mais, vous le voyez, il ne me reste plus à gagner que vous.
Le Colonel, avec un sourire, — Je vous entends, Martial. Vous venez de me faire connaître de quel prix sont les sentimens d'un brave homme comme vous, et je vous les demande. Je me charge, en retour, de l'éducation et de la fortune de vos enfans. Je n'aurai qu'un vœu à former, c'est qu'ils vous ressemblent
Martial, lui prenant la main, et la couvrant de baisers. — O mon colonel ! vous venez tout-à-l'heure de me percer le cœur de désespoir, et maintenant vous me faites mourir de joie.
Le Colonel. — Monsieur Gercy, après la leçon mémorable de tous les évènemens de cette journée, je n'ai plus rien à vous dire. Quels discours pourraient vous frapper aussi vivement 1 Vous venez de vous convaincre, par votre expérience, qu'il ne suffit pas d'avoir des qualités estimables et des sentimens élevés; que ces avantages mêmes n'en sont que plus dangereux, sans un ferme caractère, que rien ne puisse ébranler dans ses principes. Jouissez du plaisir de posséder des amis éprouvés. Cherchez à vous rendre digne de leur estime. Cultivez surtout cette vive ardeur que vous aviez pour l'étude. Le temps n'est plus où un militaire pouvait se passer d'instruction. Aujourd'hui qu'il voit les lumières se répandre dans toutes les classes de la société,