‹ Recueil dramatique;Chapitre 94 sur 106 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Le Prince, à demi-habillé, couché sur un lit de camp,

et couvert d'un çranà manteau ; le Page, dormant

sur un fauteuil dans V antichambre.

Lé Prince, se réveillant. — Voilà ce qu'on appelle dormir ! ... * Heureusement la paix est faite. ... Or peut se livrer au sommeil, sans craindre d'être réveiHi par le bruit des armes. (// regarde à sa montre*) Deux heures ? Il doit être plus tard ! j'ai dormi plus que cela. (// appelle.) Page ! page !

Le Paoe se réveille en sursaut, se lève, et retombe 25 289

290 tE PAGE.

dans le fauteuil. — Eh oien ! qui m'appelle ? Tout-à- ' l'heure, un moment

Le Prince»— Y a-t-il quelqu'un î Personne ne répond!

Le Page, se tournant de côté et d > autrè J et se parlant à lui-même. — Oh ! je dormais si bien !

Le Prince. — JTentends parler. Qui est Uî (// tourne le garde-vue de la lampe, et regarde.) Est-il possible! Quoi! c'est cet enfant î Devait-il veiller près de moi, ou mol près de lui ? A quoi a-t-on pensé 1

Le Page se lève tout endbrmi, et se frotte les yeux. — Monseigneur !

Le Prince^— Viens, viens, mon petit ami, réveillatoi ! Vois lf heure- qu'il est à t» montre ; la mienne est arrêtée.

Le Page, 8 appuyant sur lés bras du fauteuil; et toujours endormi.— ^Comment 1 comment dites-vous, monseigneur ?

Le Prince, souriant r-Tu tombes de sommeil. La 'drôle de petite figure !' Qu'il serait bon a peindre dans cet état ! Je t'ai dit de voir à ta montre l'heure qu'il esL.

Le Page, Rapprochant à pas lents. — Ma montre, monseigneur ! Ah ! excusez-moi, je n'en ai point

Le Prince.— Tu rêves encore. Mais en effet, n'aurais 'tu pas de montre î

Le PAOE.r-^Je n'en ai jamais eu;

Le Prince. — Jamais? Comment V ton père t'a envoyé ici sans te donner une dès choses les plus nécessaires, et même la seule dont tu aie» besoin, pour, tairaton service *

Li Page. — Mon père ? Ah ! si je l'avais encore !

Le Prince. — Tu ne l'as plus ? ,

Le Page, — Il est mort même avant que je fusse né. Je ne l'ai jamais connu.

Le Prince. — Pauvre enfant ! mais, ton tuteur, ta mère, auraient bien dû sdnger. . . .

Le Paoe.— Ma mère, monseigneur? hélas ! vous ne le savez donc pas ? elle est si malheureuse ! si pauvre! Tout ce qu'elle avait d'argent, elle l'a employé pour moi ; mais elle n'en avait pas assez pour m' acheter une montre. Mon tuteur a bien dit qu'il nTen fallait une ; (il bâille.-) cependant il ne me l'a pas encore donnée.

Le Prince. — Qui est ton tuteur ? • '

Le Page.— Monseigneur, c*est mon oncle.

Le Prince, souriant. — A merveille ; mais il y a bien des oncles dans le monde ; comment s'appelle le tien ?

Le Page.- — C'est un des capitaines de vos gardes. H <est de service aujourd'hui ,

Le Prince.~Tu as raison.; je m'en souviens, c'est lui qui t'a présenté. Mon petit ami, prends cette bougie. (Il lui met. une bougie dans les mains.) Tiens-la bien. Dans ce cabinet, (il le lui montre,) Jà, à côté, tu trouveras deux montres pendues à la glace. Apporte celle qui se trouvera à ta droite ; et surtout prends .garde de mettre le feu avec la bougie^ . Va.

Le Page, en sortant.— Oui, monseigneur.

Scène IL Le Prince, seul Le Prince. — L'aimable enfant! Quelle naïveté! quelle franchise ! Ah ! s'il y avait un bomme comme

292 Le pagev

cet enfant, et que cet homme fût mon ami! .C'est dommage* qu'il soit si petit : je ne pourrai pas - m'en servir ; il faudra le renvoyer à sa mère.

SctNE IIL Le Phixçe, Le Page;

JLe Paoe, tenant la lumière (Tune main et la montre de r autre — Il est cinq heures, monseigneur.

Le Phince. — Je ne me trompais pas. Le jour va bientôt paraître. (Il reprend sa montre.) Mais est-celà celle que j'ai demandée 1 celle qui était à droite î

Le Page, — N'est-ce pas elle, monseigneur ? Je le croyais pourtant

Le Priwce. — Eh! mon petit ami, quand ce serait elle ! si tu avais bien entendu tes intérêts, tu aurais pris l'autre ; car celle-ci, tout enrichie de brillans, ne peut convenir à un enfant. N'aurais-tu consulté que ta cupidité ! Aurais-tu le sort de ceux qui perdent tout pour vouloir trop gagner 1 Réponds-moi.

]*s Page.— Comment celai monseigneur, je ne vous comprends pas.

' Le Priwce. — H faut que je m'explique plus clairement. Sais-tu distinguer la droite de la gauche ?

Le Page, regardant alternativement ses deux mains. — Èa droite et la gauche, monseigneur ?

IiE Phiitce, lui mettant sa main sur V épaule, — Va, mon enfant, tu les distingues peut-être aussi peu que le bien et le mai. Que ne peux-tu conserver cette heureuse ignorance ! Va, cours chercher ton oncle le capitaine, qu'il vienne me parler. (Le page sort.)

Page 1