‹ Recueil dramatique;Chapitre 99 sur 106 · Scène XI · texte numérisé non relu

Scène XI

I4X Prince, M? e de Detmonb, ie Page,

Le Page, courant au-devant de lui.-~ N'est-il pas vrai, monseigneur, que vous m'avez d'abord dcmnéjdouxe louis pour avoir une montre î

Le Prince, souriant, — Oui, mon ami.

Le Page. — Et ne m'ayez-vous pas dit ensuite que je n'en avais pas besoin î ' v

Le Prince. — C'est encore vrai

Le Page, se tournant aussitôt vers sa thère.*- -Eh bien ! maman î eh bien ?

M™ de Detx ond, embarrassée, — Votre Akesse voudra-t-elle bien excuser. la simplicité d'un enfant, qui oublie le respect 1 .... .

Le Prince. — Excuser, madame î Cette simplicité me ravit ; et je voudrais, pou voir la trouver dans tout le monde. Elle est si naturelle \ Parle, mon ami Ta mère ne voulait donc pas te croire ?

Le Page, un peu fâché, — Non, monseigneur.

D'abord elle ne voulait pas me croire, et ensuite elle ne voulait pas accepter l'argent.

Le Prince. — Que disntu, accepter ? As-tu fait assez peu de cas de mon présent, pour avoir voulu en disposer 1 Je ne le pense pas.

Li Page, embarrassé, — Monseigneur. . . ;

Le Peihce. — Si je le savais, cela ne m'engagerait pas beaucoup à t'en faire davantage. Eh bien ! avouele-moi, est-il vrai V

- Le Page, en montrant sa mère, — Ah ! monseigneur, elle est si pauvre !

Le Pbikce, lui prenant le menton, — Bon petit coeur t Tu as donc sacrifié l'unique objet de tes désirs, pour secourir ta mère ? En vérité, il serait affreux que cela te fît perdre une montre. (// tire la sienne.) Tiens ! quand je ne posséderais que celle-là, pour récompenser ta tendresse, je te la donnerais.

Le Page, la prenant avec joie, — Ah ! monseigneur ! Va-frelle?

Le Prince.— Sois tranquitte, elle va bien. (Le page court à sa mère pour lui faire voir la montre,)

Le Pbikce. — Viens, mon ami, mets la montre dans ta poche. Et puisque tu as si bien employé le peu que je t'ai donné, (il lui donne une bourse,) tiens, prends, voilà cent louis en place des douze- premiers.

Le Page, h regardant avec étohnement, — Quoi, monseigneur f

Le Pbixce. — Tu hésites ! Allons, prends.

Le Page» — La bourse et tout ce qu'il y a t. . . . (If veut la rendre,} En vérité, c'est trop.

Le Priitce. — Oui, si c'était pour toi Mais je te les donne pour en disposer. Et qui penses-tu qui en ait besoin?

Le Page. — Qui en ait besoin ! (B regarde le prince,

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puis sa mère, et le prime encore,) Tenez, ma chère

M?* de Detmond, Rapprochant du princes-Vôtre Altesse. ...

. LePrikce. — Point de remerciemens, madame. Vous trouverez que c'est très-peu, et je crains de vous faire beaucoup plus de mal que je ne vous ai fait de bien. Mais, (montrant le page,} vous le voyez sans que je Vous le dise, cet enfant est trop faible, trop petit pour être avec moi. Il est dans un âge où Ton n'est pas en état de rendre service aux autres. En un mot, j'espère que vous le reprendrez sans difficulté. Vous gardez le silence 1

M? 6 de Detmond. — Pardonnez, monseigneur. • . «

Le Prince. — Et quoi 1 » M 1 ? 6 de Detmond. — Pardonnez, j'ai tort de rougir d'une pauvreté dont je ne suis pas la cause ; et je peux sans honte en faire l'aveu sincère à mon prince. (Rapprochant de lui, et le fixant.) Oui, monseigneur, je suis trop pauvre pour élever mon enfant Déjà depuis long-temps je portais sur l'avenir un œil inquiet Je vais donc être en proie à la douleur. Ah ! «'il faut que je ramène dans le triste asile de la misère l'unique objet de toutes mes alarmes, cet enfant que vous voulez me rendre, cet enfant trop jeune encore. . . . (Elle veut retenir ses larmes) pour. . . . sentir la perte qu'il a faite dans son père. . . » Ah ! pardonnez à la faiblesse d'une mère!

I4E Paue, prenant la main du prince, et d'un ton pénétré. — Elle pleure, monseigneur !

Li"Prisce.— *Eh bien ! quand tu vivrais auprès de ta mère!

Le Page, d'un air suppliant. — Vous n'allez pas me renvoyer ?

Le Prince. — Non] Tu ne le crois donc pas] Cette confiance, mon petit ami, me fait plaisir. Madame, il peut tester. ( Voulant réprouver.) Ce serait cependant bien dommage*, si ses mœurs, son innocence. ... Mais non, il n'y a encore rien à craindre.

M** de Detxond, le regardant attentivement.— Son innocence, monseigneur 1

Le Priuce, continuant sur le même ton.—pe n'est rien, madame. Vous vous imagineriez peut-être que je cherche à retirer ma parole. Soyez tranquille.

M 1 ?* de Detmobtd, avec timidité. — Mais cependant, sans manquer au respect que je vous dois, oserais-je vous prier de vous expliquer, monseigneur ?

Le Prix ce. — Madame, ce que je voulais dire, c'est que depuis long-temps je suis très-mécontent de mes pages. Leur société et leur exemple pourraient bien. . . . Mais après tout ce n'est qu'un peut-être, et on peut tenter. • . .

M? e de Detxond, prenant vivement la main de son fik. — Non, monseigneur.

Le Prin ex, feignant de se trouver q$fen*£— Non]. .„ . Comme vous voudrez, madame.

M? 8 de Detmokd. — L'innocence de mon fils m'est trop précieuse. Je frémis des dangers où j'allais l'ex-

Le Prince. — Mais considérez. .

M? 6 db DsTxoirjh— Je né considère rien. Je toit mon enfant dans le feu : pourvu que je le sauve, que m'importe qu'il soit nu !

Le Pbince. — Mais sans biens, sans éducation, que deviendra-t-il, madame î

M 1 ** de DsTxonD«-^-Ce qu'il plaira au CieL Je me soumets à sa volonté. S'il ne peut pas soutenir sa. naissance, qu'il aille cultiver les champs, qu'il meure, mais innocent, dans le sein de l'indigence.

Ls Peutce, reprenant son ton naturel— C'est penser noblement Oui,- madame, je le vois; vous mérites tout ce que je suis en état de faire pour vous. (Rapprochant d'elle avec intérêt) En quoi puis-je vous être utile î Quels secours puis-je vous donner ? Parlez, demandez; c'est un ami que vous voyez devant vous.

M? 4 bb Dbtmond, avec émotion.— Monseigneur. • • .

Le Piiiwce. — Pites-moi avant tout quelle est votre situation. Où en êtes-vous pour votre terre ?

M? 6 de Detmowd. — Il m'est absolument impossible de la sauver.

Le Prince. — Vos dettes sont donc bien considérables ? Vous avez, m'a-t-on dit, des procès. Né vous donnent-ils aucune espérance 1

M? e de Detmond. — Aucune, monseigneur. Un seul, où il s'agit d'une petite succession, aurait depuis longtemps dû être jugé en ma faveur ; mon droit est incontestable, mais le crédit et les richesses le combattent La nécessité m'avait amenée à la ville pour tenter un accommodement ; je n'ai pu y réussir.

LE PAGE. 9$j|

Li Peiwcb. — C'est un bonheur pour vous. Justice vous sera rendue sans que vous fassiez de sacrifice ; je vous en donne ma parole. Acceptez de plus une pension de cent louis. Je souhaite qu'elle puisse veus mettre au-dessus de tous les besoins.

Mf* de Detmofd, se jetant à ses pieds.— Tant de bonté, monseigneur ! comment pourrai-je. . .

Le PaiNCK la relevant. — Que faites-vous 1 levez-vous, madame, levez-vous. Je m'acquitte de ce que je dois à la mémoire d'un homme dont vous êtes la veuve. Je ne fais pour vous que ce que je ferais pour tous ceux dont les vertus me toucheraient le cœur. Dites-moi : hésiteriez-vous encore à reprendre votre enfant 1

M 1 ?* de Dbtmond. — Monseigneur, pourrais-je oublier]....

Le Prutce. — Et toi, mon ami, retournerais-tu volontiers avec ta mère ?

Le Page, la montre À la mai/i. — Avec ma mère ? Oui, monseigneur.

Le Pbijtce. — Mais cependant, je sais que tu m'aimes. Tu voudrais bien aussi rester avec moi 1

Le Page. — Très-volontiers, monseigneur.

Lé Pbihce. — Eh bien ! si cela est ainsi, en te tendant à ta mère, je te renverrais: et tu m'as prié si instamment de te garder près de moi! Ta mère d'ailleurs t'a jeté dans mes bras. Il faut donc que je prenne d'autres mesures pour concilier les choses. Restez ici, madame ; je suis à vous dans le moment (Il sort.)

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