IL — GERMANIE SUPÉRIEURE
STRASBOURG
(ARGENTORATVM). (Voir les tomes : VII, p. 140; X, p. 6; XIV, p. 45).
Les découvertes récentes de sculptures faites sur l'emplacement de la ville antique permettent un classement nouveau des monuments et font connaître l’existence d’ateliers travaillant à la fin du 11€ ou au début du 11e siècle. Cette école de sculpture n’est peut-être que la suite d’une tradition d’art : en 150 de notre ère, on constate avec l’arrivée du la VIII légion, l’apparition d’un courant hellénistique et orientalisant originaire des Balkans et, à cette première génération de sculpteurs, on peut rattacher le Mithra tauroctone de Koengshofen (E., VII, n° 5530), le Mercure de Wasselone (E., X, n° 7354) et la statue équestre de la place
Kléber.
9245. Base à quatre faces trouvée place Kléber, entre la banque Schwartz et le Café de France, « dans une rigole située entre deux cailloutis de voie se prolongeant en coupe vers le Nord-Ouest par une rampe menant à un sol bétonné, correspondant à une sorte de terre-plein dominant la voie de quelques 90 centimètres ». Au Musée archéologique de Strasbourg. Moulage au Musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye. Grès tirant sur le blanc, provenant d’une carrière située probablement près de Phalsbourg. Stèle : hauteur, 0,915 m ; largeur, 0,42 m. Chapiteau : hauteur, 0,25 m ; largeur, 0,45 m (PL. CVII-CVIII).
Photographie communiquée par M. J.-J. Hatt. — J.-J. HarT, Cahiers d’archéologie et d’histoire d’Alsace, 134, 1954, p. 57-70 (figure) ; 1957, p. 82. — Du MÊME, Gallia, XII, 1954, p. 488-498 (figure). — Du MÊME, Revue des Études an-
ciennes, LIX, 1957, p. 101 (figure). — Du MÊME, Revue archéologique de l’Est, VIII, 1957, p. 75.
Dans des niches rectangulaires :
1. Sur la face principale, Junon debout, légèrement hanchée ; s’appuyant de la main gauche sur
une longue torche ; de l’autre main disparue, elle tenait une patère ronde, dont la trace est encore visible à l’endroit de son arrachement au-dessus d’un autel enflammé, en forme de balustre. Elle est vêtue d’une longue tunique serrée sous les seins et descendant jusqu’aux pieds chaussés. Un très long manteau enroulé et serré autour de la taille, passe derrière les épaules puis sur la tête, couvrant l’épaule et le bras gauches et retombe en plis obliques jusque sur le jarret. De petits poids attachés aux deux pans du manteau assurent la tombée de la draperie. La coiffure, en bandeaux plats autour d’un ruban enserrant le crâne, est celle des impératrices et des princesses romaines du milieu du 11€ siècle de notre ère. L’exécution du visage, empreint d’une certaine mélancolie, et plus particulièrement du menton, de la bouche et des yeux, est à rapprocher de celle de la tête de Caracalla (E., n° 9246).
2. Minerve. A l’exception de l’œil droit, le visage a entièrement disparu. Sur la coiffure en épais bandeaux, descendant sur la nuque et couvrant les oreilles, est posé un casque à muffle de lion. La
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poitrine et les épaules sont protégées par une cuirasse de cuir, fixée par des épaulières de bronze dont les manches sont terminées par des lambrequins. La cuirasse est placée sur une très longue tunique à manches courtes, descendant jusqu'aux pieds chaussés, sous laquelle apparaissent la cuisse et la jambe droites, celle-ci protégée par une cnémide de cuir à armature métallique. Un manteau militaire court, retenu par une courroie passant sur l'épaule droite et serré au-dessus de la taille, drape sur le devant du corps. La déesse s’appuie de la main gauche sur un bouclier, dont le manipule est rendu avec précision, et de l’autre main levée sur une lance.
3. Hercule nu, debout. Les jambes légèrement écartées, le poids du corps reposant sur la jambe gauche, ont disparu. Le dieu, une chlamyde enroulée sur l’avant-bras gauche et couvrant la tête, s’appuie sur une massue. Le front est barré d’une ride profonde au-dessus du nez, les arcades sourcilières et les pommettes sont plus ou moins tuméfiées, comme sur l’image d’un pugiliste, et les maxillaires massifs sont recouverts d’une barbe touffue, dont les mèches, de même que celles de la chevelure, sont spiralées à la mode sévérienne. La poitrine à la musculature très puissante est barrée par un baudrier auquel est attaché, dans le dos, un large carquois à couvercle conique. L’avant-bras et la main, à droite, tenant un attribut, ont disparu.
4. Mercure nu, debout, le poids du corps reposant sur la jambe gauche en extension, l’autre jambe fléchie. Une chlamyde couvre l’épaule et le bras gauche est plié, la main tenant une grosse bourse. Dans l’autre main est placé le caducée, dont la hampe prend appui dans la saignée du bras. La tête des serpents enlacés est pourvue d’une crête. Sur la chevelure, stylisée en un gros feston, est posé le pétase. La rudesse de l’exécution du visage carré, aux traits grossièrement rendus, autant que la gaucherie du modelé du corps, témoignent d’un faire différent de celui des trois premières figures. Le Mercure pourrait être de la même main qui exécuta le chapiteau.
5. Chapiteau orné de feuilles d’acanthes retournées en crochet sous l’abaque, décoré d’une torsade gravée et de quatre fleurons. Entre les acanthes, au centre de chaque face, une tête, deux viriles, deux féminines, arrachées récemment, semble-t-il.
Au centre du chapiteau, un trou de tenon carré a été pratiqué et, vers la périphérie, un cercle de 0,40 m de diamètre a été gravé, marquant
vraisemblablement la place du socle soutenant le groupe placé au sommet, Dieu cavalier au Géant anguipède, dont le pilier aux quatre divinités constituait la base.
Les circonstances de la découverte permettent de dater le monument du début du re siècle de notre ère (200-230).
9246. Fragment de haut-relief trouvé sous un immeuble en reconstruction de la place Gambetta, dans une couche de remblais postérieure à l’incendie de 235 de notre ère. Au Musée archéologique de Strasbourg. Grès gris des Vosges. Hauteur, 0,17 m ; largeur, 0,14 m. (PI. CIX).
Photographie communiquée par M. J.-J. Hatt. — J.-J. HaTT, La revue des arts, 1952, p. 120-121 (figure). — Du MÊME, Cahiers d’archéologie et d'histoire d’Alsace, 1952, p. 88 (figure). — Du MÊME, Strasbourg au temps des Romains, 1953, p. 21, pl. VIL. — Du MÊME, Gallia, XII, 1953, p. 149 (figure). — M. Durry, Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France, 1951, p. 221. — J. BRAEMER, ibid., p. 221.
Caracalla, âgé de 10 à 14 ans. Le visage, malgré les craquelures conséquence du passage par le feu de la sculpture, conserve la douceur et la rotondité de la jeunesse, caractérisées par la lourdeur de la bouche et du menton. La chevelure, assez plate sur le sommet de la tête, prononce sur les côtés une grosse mèche en accroche-cœur et s’ordonne sur la nuque en une masse de bouclettes compactes.
Un arrachement derrière celle-ci prouve l’appartenance de la tête à un haut-relief, détruit par l’incendie allumé sous le règne d'Alexandre Sévère. Le relief aurait été sculpté en 202 de notre ère, année du premier consulat de Caracalla et date de la reconstruction du tabularium de la VIII légion.
9247. Sculpture trouvée à Ginswiller (Bas-Rhin), dans un champ. Au Musée de Niedrebronn. Pierre. Hauteur, 0,38 m ; largeur, 0,30 m. (PI. CIX).
Photographie communiquée par M. J.-J. Hatt. — Lanp- SENBILD, Cahiers d’archéologie et d’histoire d’Alsace, 1937, p. 213-214 (figure).
Maisonnette à toit à double pente très inclinée. Sur la façade, une porte en plein cintre est ouverte et, dans le gâble, est pratiqué un fenestron carré fermé par une grille en forme d'étoile. La présence à la base d’une moulure suppose l’existence d’un socle élevé, colonne ou pilastre.
De semblables chapelles rustiques, dressées dans les campagnes, sont nombreuses en pays trévire (E., V, 4193, 4206, 4256, 4264, 4265, 4269, 4282, 4625).