‹ Recueil général des sotties (volume 2)Chapitre 103 sur 181 · SOTTIE · texte numérisé non relu

SOTTIE

ES JOURS GRAS MIL CINQ CENS QUARANTE HUIT [Paris, 5 mars 1549, /?. ^.j

Voici un curieux spécimen des pièces Jouées par les basochiens parisiens au milieu du xvi« siècle. Les clercs ont encore le droit de parler avec une certaine liberté ; mais ils ne peuvent le faire qu'à mots couverts ; il leur est sévèrement interdit de prononcer aucun nom propre. Les auditeurs comprenaient sans doute les allusions malicieuses; nous ne pouvons, à plus de trois cent soixante ans de distance, savoir qui sont les maris trompés, ou les amants plus ou moins heureux, dont les aventures défrayaient la chronique scandaleuse.

La sottie, qui n'est qu'un simple dialogue dépourvu de toute action dramatique, se divise en deux parties. Dans la première (v. 1-222) la Basoche s'entretient avec deux de ses suppôts de divers faits administra-

tifs, des t5vénemcnts politiques, des préparatifs de guerre (v. 89), de l'avarice du collège du cardinal Le Moine et du collège de Bourgogne (v. 106, 107), de la situation de l'Empire (v, 148), du voyage du prince d'Espagne (v. iSz), de la fermeture du bois de Boulogne (v. 166), de la révolte des Bordelais (v. 179), du mariage d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d'Albret (v, 193), des efforts faits par l'Empire pour réduire les Suisses à l'obéissance (v, 196), de la lutte de l'Angleterre et de l'Ecosse, lutte dans laquelle intervient la France (v. 202), enfin de l'alliance du pape avec les Vénitiens (v. 21 1).

Dans la seconde partie, M. Rien prend la parole et nous raconte les scandales du jour. Il est question d'un cordelier qui a fait bombance aux Trois-Poissons, rue Saint-Marceau, et qui a été surpris en flagrant délit avec l'hôtesse (v. 322); de deux dames de Saint-Eustache qui se sont emparées de l'argent destiné aux pauvres (v. 344); des marchands qui font une fortune trop rapide et des trésoriers qui prêtent à intérêt l'argent du roi (v. 359) ; d'un avocat qui rencontre sa femme chez une entremetteuse (v. 385) ; d'un moine de Saint-Magloire amoureux d'une dame qui le fait battre d'importance (v. 422); d'un moine de Saint-iMartin-des-Champs, victime de semblable aventure (v. 441); des maris du Pont-au-Change (v. 473); de la cupidité des gouvernants, cupidité qui les entraîne à faire la guerre (v. 480) ; du plomb enlevé de la couverture des bâtiments du Temple (v. 495); d'un homme de la rue Saccalye, amoureux de sa chambrière (v. 498); d'un praticien de la rue de la Serpente qui a engrossé sa servante et a voulu la faire épouser par son clerc (v. 529); d'un mari trompé qui cherche en vain à surprendre son rival (v, 577). Ces histoires peu édifiantes aboutissent à une conclusion morale : il faut se rapprocher de Dieu et fuir l'honneur mondain.

En terminant, la Basoche annonce que, suivant la coutume, on va bientôt procéder à l'élection d'un nouveau roi, à qui elle fera la montre générale de ses suppôts.

Nous avons tâché d'éclaircir par quelques notes les allusions politiques ; quant aux autres, on comprendra que toute recherche eût été inutile.

BIBLIOGRAPHIE

a. — Biblioth. munie, de Soissons, ms. 187 (in-fol. sur papier de 95 ff. et 3 ff. blancs), fol. 14 ^^-25 v».

b. Les Clercs du Palais, la Farce du cry de la Bazoche, les Légistes poètes, les Complaintes et Épitaphes du roy de la Bazoche, par Ad. Fabre, Président du Tribunal civil de Saint-Etienne. De V Imprimerie Savigné, à Vienne en Dauphine\ 1882. In-8 de vij et 96 pp., plus I fig.

La sottie occupe les pp. ii-3b.

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