‹ Recueil général des sotties (volume 2)Chapitre 105 sur 181 · On lit dans la farce de Colin qui loue et despite Dieu · texte numérisé non relu

On lit dans la farce de Colin qui loue et despite Dieu

Tant de foys me suis arreste'...

Luy prier en mon chant ramage D'avoir secours a mon besoing.

(Viollet-Ie-Duc, /4«Cî'eH Théâtre français, I, p. 246).

3. Il semble, d'après ce passage, que les chardonnerets aient été connus comme les coucous par leurs infortunes conjugales.

Au ladre cardinal Le Moync ' Kt au Bourguignon enfumé, Nostrc cnnemy maistre Enrymé \

Lie .IL SupposT.

Vovre, qu'i les puisse brusler!

V" La Bazochk.

Je crevé d'en ouyr parler, iio

Tant les parollcs sont puantes, Ordes, villaines et cuysantes.

Fy des villains; laissez les là; N'en parlez plus; f y !

Le premh^r Suppost.

C'est cela.

La Bazochk.

Or sus, mes suppostz, regardons, ii5

Et de trop parler nous gardons, Que c'est qu'on dict, qu'on veoit, qu'on faict, Et qui c'est qui faict ou deffaict Ses affaires au temps présent, Et ce tout soubz joyeulx présent, 120

1. Il s'agit ici du collège du cardinal Le Moine, fondé à Paris, en i3o2. Si le poète accuse le collège de ladrerie et le voue au feu saint Antoine, c'est sans doute parce que l'argent de la fondation et des donations postérieures avait été en partie détourné de sa destination. Le cardinal avait prévu cent boursiers; il n'y en avait que quatorze au commencement du xvi° siècle. Un arrêt du parlement de Paris, rendu sur la proposition du grand maître Léon Aubert, le i5 janvier 1544, avait élevé le nombre des bourses à vingt-quatre : dix-huit pour les ttiéologiens et six pour les artiens; maison était encore bien loin du chiffre primitivement fixé. Voy. Ch. Jourdain, dans les Mém. de la Soc. de Vliist. de Paris, m (1877), p. 5i.

2. Il y a sans doute ici une allusion au collège de Bourgogne fondé en i33i, à Paris, rue des Cordeliers (voy. Lebcuf, Hist. de la ville et de tout le diocèse de Paris, éd. Cocheris, III, pp. 38, 3 16). « Maistre Enrymé », l'ennemi des basochiens, devait être le principal de ce collège.

Sans taxer ou blasmer personne,

Ne dire chose qui mal sonne,

Car Testât des bazochiens,

C'est un honneur qu'i ne dict riens

S'il n'est prouffitable et louable. i25

Le .11^. SupposT.

Le temps présent est admirable.

Le premier Suppost.

Le passé a faict grandes choses

Le .11^. Suppost.

Qu'est devenu le pot aux roses ?

Long temps a qu'il ne fut couvert.

La Bazoche.

Quelque jour sera descouvert i3o

Pour demonstrer a l'advenir Combien de choses peult tenir Qui sont au temps présent cachées.

Le premier Suppost.

Combien de personnes faschees Qu'en publicq ne se peult ouvrir. i35

Le .II«. Suppost.

Nulluy l'oseroyt descouvrir, Car il tient soubz main par trop forte ; Fol. 77 Si fault il ung jour qu'il en sorte

Des choses qu'on veult trop celler.

La Bazoche.

Mes suppostz, gardez de parler 140

Trop avant.

Le .II®. Suppost.

Mot!

Le premier Suppost.

La bouche close !

i32 Combien de cas il peult

XXVllI. — SOTTIE

Le .II". Sl'ppost.

N'est ce grand dommaigc qu'on n'ose Monstrcr son mal au médecin Et faire cracher au bassin Cculx la que tant je n'o7.c dire? 145

La Bazochk.

Ne parlez sinon que pour rire, Mes suppostz.

Le premier Suppost.

Je diz a propos.

L'Aigle en somme prend ung repos ' Et comme...; mays je ne sçays quoy.

Le .II*. Suppost.

Tel se mect souvent en requoy 1 5o

Qui ne prétend repos avoir.

Le premier Suppost.

Le Phénix pour son Aigle veoir A prins son vol bien diligent, Non desgarny d'or et d'argent; Je ne sçay pas s'il reviendra'. i55

Le .II'. Suppost.

Et s'il revient, on le prendra, Et l'Aigle aussi, par bonne chère.

La Bazoche.

La chère me fut un jour chère; V» Mays c'est tout ung, et si regarde

Me tenir tousjours sur ma garde 160

Pour obvier a la surprinse.

1. L'Aigle désigne l'Empire. Cf. t. I, pp. 211, v. 169, 176; 23o, V. 196.

2. Le Phénix est le prince d'Espagne, le futur Philippe II, qui, en 1548, passa d'Espagne en Italie et traversa ensuite l'Allemagne pour se rendre en Flandre.

Le premier Suppost.

Je ne sçay par quelle entreprinse De ce Paris on a osté L'ung des grandz esbatz de l'esté.

La Bazoche.

Or diz nous comment, Sotte Trongne. i65

Vacabat per curiam.

Le av. Suppost.

On a cloz le Boys de Boulongne, Si bien qu'on n'y sçayt plus entrer '.

La Bazoche.

As tu aultre cas a monstrer Oui dire? Parle, sot cerveau.

Tu ne nous diz rien de nouveau; 170

Il est cloz, voyre en double sorte Et d'une closture si forte Que tous ceulx la qui sont dedans N'oseroient plus monstrer les dentz, Car pour résister aux effortz

I . Dès avant la fin du règne de François l^^^ Charles de Pierrevive, seigneur de Lézigny et trésorier de France, avait été nommé capitaine et gruyer de la garenne de Rouvray, dite le bois de Boulogne, et avait reçu mission d'y réprimer les délits de chasse [Catal. des actes de François 7^', IV, n° i3865, 22 mai 1544); mais il ne se borna pas à prendre des mesures de police, il semble qu'il ait fait alors élever un mur entourant toute la forêt.

On croit, dit P.-N. Qu'iW&i {Chroniques de Passy, i836, II, p. 5), que la clôture du bois fut faite par François !<"' après qu'il eut fait bâtir son château de Madrid, dont il rendit ainsi le séjour moins exposé à un coup de main. Notre sottie prouve que, si le travail avait été commencé sous le règne précédent, il ne fut terminé que sous Henri II. D'après l'auteur que nous venons de citer, la clôture du bois de Boulogne mesurait 13.760 mètres; elle était percée de 11 portes. La superficie du terrain enclos était de 765 hectares environ.

248 XXVIII. — SOTTIK

Il y a des gens fortz es fort/. 175

Qui sçavent tresbien ung bien taire.

Le premikr Suppost.

Cculx qui sont cause de l'affaire, Ne sçay s'ilz s'en trouveront bien.

Le .II«. Suppost.

De Bourdeaulx nous ne dirons rien; La prudente espee a bien dict.

La Bazochk.

C'est trop a raison contredict 180

S'eslever encontre son prince '.

Le premier Suppost.

Il n'y a si grande province Dont le plus grand et le plus riche, Le plus pauvre homme ou le plus chiche Ne soit au roy de corps et biens, i85

I. Depuis quelques années les exactions de la gabelle avaient poussé au désespoir les populations de la Saintonge, de l'Angoumois et de la Guyenne. Les Rochellois, qui avaient donné les premiers le signal de la résistance, s'étaient soumis, et le roi leur avait pardonné (1542) ; mais les agents d'Henri II redoublèrent de rigueur, et les habitants de la Guyenne se soulevèrent. \u commencement du mois d'août : 548, alors que la cour était à Turin, la ville de Bordeaux était en pleine révolte et se laissait entraîner aux désordres qui accompagnent toujours les mouvements populaires. Ce fut alors que " la prudente espee », c'est-à-dire le connétable Anne de Montmorency, résolut d'agir avec énergie. Il fit venir des troupes du Nord, en prit lui-même le commandement et bientôt la rébellion prit fin dans le sang (octobre 1548). Pendant deux mois, la province fut traitée en pays conquis. Les malheureux Bordelais furent traités avec la dernière sévérité par l'impitoyable connétable.

Nous avons réimprimé en 1890, dans le Bulletin du Bibliophile (p. 84), une pièce en vers barbares intitulée -.Regrets et Complainte dti pauvre populaire a rencontre de la gabelle, qui est un remaniement naïf de La Venue et Résurrection de Bon Temps.

Et quant luy plaira, peu ou riens, Tant soit il de grant et hault pris.

Fol. 18 La Bazoche,

C'est trop follement entrepris, Dont enfin ne peult que mal prendre.

Le .Ile. SUPPOST.

Pour l'advenir l'on peult comprendre 190

Tout bon heur.

Le premier Suppost.

Par noble alliance, Le sang françoys au sang de France. S'est conjoinct par vraye unité '.

La Bazoche.

Dieu garde ceste affinité Cent milliers d'ans et cent encore! 193

Le .II«. Suppost.

Je cuydoys l'Ours toute forlore % Car l'Aigle faisoit sa menasse De luy faire changer de place, Ou l'enchesner comme subject ^

193 Cest — 195 encores

1 . Allusion au mariage d'Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, et de Jeanne d'Albret, héritière du royaume de Navarre. Le mariage avait été célébré à Moulins le 20 octobre 1548. Les noces de François de Lorraine, duc de Guise, avec Anna d'Esté, qui venaient d'avoir lieu à Saint-Oermain le 4 décembre 1548, n'unissaient que des princes à demi-français.

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