‹ Recueil général des sotties (volume 2)Chapitre 106 sur 181 · Forlore, ail. verloren, perdu · texte numérisé non relu

Forlore, ail. verloren, perdu

3. Dès la mort de François I*"", l'Empire (l'Aigle) avait fait des efforts pour prendre pied du côté de la Suisse (l'Ours). Au mois d'avril 1548, la ville de Constance avait reçu une garnison impériale. Charles Quint, il est vrai, protestait toujours de ses intentions amicales, et les Suisses le laissaient faire, espérant que, pour écarter ses menaces, le roi de France ferait les plus larges

250 xxviii. — sottie

Lk premier Suppost.

Il est survenu quelque object 200

Qui a cmpesché le passaige.

Le .1 1". Suppost Le Léopard faict du sauvaigc Encontre le Lyon rampant ; Mays le franc Coq la force cspand Qui le gardera de moleste '. 2o5

La Bazoche. Sainct Jacque avecqucs sa mallette A laissé Espaigne, et dict on Qu'il vient avecques son baston Pour veoir s'il fera quelque chose, On sçayt bien ou.

Lk premier Si:ppost.

Pendant, repose 210

L'Ytalyc et Saint Pierre aussi, Qui avec Sainct Marc prcnt soucy D'entretenir son alliance.

v° Le .IJe. Suppost.

Je croy en ma sotte fiance Que cest an nous verrons merveilles, 21 5

Voire, et des choses nomparcillcs.

Qui les vouldra bien retenir.

206 iacques

concessions en vue d'obtenir le renouvellement de l'alliance avec les cantons. Voy. Edouard Rott, Histoire de la repre'sentation diplomatique de la France auprès des cantons suisses, etc., t. I, 1900, p. 453.

2. Le Léopard désigne l'Angleterre, et le Lion rampant, l'Ecosse. La petite reine Marie Stuart avait été amenée en France au mois d'août 1548. Un des premiers soins d'Anne de Montmorency, en prévision de la guerre avec l'Angleterre, avait été d'envoyer des secours à M. d'Essé en Ecosse.

pour le cry de la bazoche 25 1

Le premier Suppost.

Tout cela qui doit advenir Adviendra.

La Bazoche.

Mes joyeulx suppostz, Pour faire changes de propos, 220

Faitez sonner les instrumentz Recréant noz entendemens.

Icy sonnent les instrument^.

Monsieur Rien.

N'enquerez poinct que je sçays faire, Qui je suys, ne quel est mon nom; Je sçay tout parfaire et défaire 225

Et transmuer ouy en non ; J'ay par le monde grand renom ; Aussi suis je grand terrien.

Ne demandez point mon surnom; Je peulx tout, et si je suys Rien. 23o

Je suys Rien et si l'ay esté,

Et puis je suis devenu Tout;

Rien fuz et pour l'honnesteté

Tout m'a mis dessus le bon bout.

Ce Rien, ce Tout n'est a mon goust; 235

De mon heur ne suys que aux faulx bourgs.

Je veulx faire du tout en tout

Tout le monde aller au rebours.

Je puys faire ung sot estre saige,

Ou au moins il le semblera; 240

2^2 \xvni. — soTTir:

Une vieille, belle en grand aagc, Du moins avmee elle sera.

La maistrcssc serve on croyra, La bourgoyse, une damoyselle ; Fol . iQ Ung souldart evesque on verra, 246

Et une nourrice pucelle.

Brief, je faictz les choses possibles

Soubz ma grande philosophie

Ressembler quasi impossibles;

Toutesfoys fol est qui s'y fie. 25o

J'estudye en cosmographie

Et tiens tout en commandement ;

J'escrips, je liz, j'orthographie,

Et ay par tout l'entendement.

La Bazochr.

Voyla parler estrangement. 25 5

Qui est il, suppostz?

Le premier Suppost.

Je ne sçay.

Le .Ile. Suppost.

Ne moy aussi.

La Bazoche.

Faict il l'essay De nous congnoistre ou nous surprendre ? Gardez, supposts.

Monsieur Rien.

On peult comprendre, Au moins si vous avez espritz, 260

Que je suis homme de hanlt pris, Qui sçayt, qui faict et qui deffaict, Qui conirefaict et qui parfaict, Qui prend, comprend et entreprend ; Et celluy qui de moy apprend 265

Il peult grandes choses sçavoir.

La Bazoche.

Je loue en tout le grand sçavoir Qu'i nous faict entendre estre en luy.

Demandez.

Monsieur Rien.

Moy je suys celuy.

Vous ay je pas dict une foys, 270

Que je fais plus que Tout, et voys v° Ou aucun ne sçavroit aller.

Quoy? Fault il plus avant parler ?

Je veulx monsirer en évidence Des receptes que ma prudence 275

Monstre laig saca pappiers.

A faictes par grand appareil

Pour ceulz qui venuz au conseil

Sont a moy de leurs entreprises,

Qui ont esté en tout bien prises,

Et ne leur est venu que bien. 280

La Bazoche.

Votre nom, monsieur?

Monsieur Rien.

Monsieur Rien, Qui ne veult user de deceptes.

Monsieur Rien, quant a vos receptes, Dont vous nous donnez l'apparence, Sont elles par expérience 285

Approuvées et de vertus fortes?

Monsieur Rien.

Ouy, et, en cent mille sortes De cas nouveaulx et joyeulx tours, Despendant du grand dieu d'amours, J'en donne conseil et remedde. 290

•254 XXVIII. — SOTTlli

Li: .1 r. SupposT.

Je veulx doncq requérir vostrc ayde, Monsieur Rien, pour ung pauvre amant, Aux faictz de Venus si pourmand Que, ung jour, luy faisant sacrifficc, P'ui surprins dans une Escrevice, 295

En la rue de la Hucheiie, Auquel lieu souvent se délecte Avec sa dame bien aprinse.

Le premier Suppost.

Ung oncle sot lit la surprinse, A qui cousta plus d'un ducat, 3oo

Et le surpris est advocat, Des nostres assez bien congneu.

Fol. 20 Monsieur Rien.

Recipe. S'en fuyr tout nud, Se cacher dedans une esiable Et endurer par faict notable ; 3o5

Pour luy conforter le cerveau, Estre attaché comme un gris veau, Deux heures de grande froydure, Voire au temps que le grand froyd dure, Pour luy apporter sa challeur. 3io

La Bazoche.

Voyla recepte de valleur, Monsieur Rien, et monstrez vrayment Qu'avez du sçavoir largement.

Le premier Suppost.

Sçavez vous le moyen vollaige Faire d'une ville un villaige? 3i5

C'est un faict quasi impossible.

Monsieur Rien.

Mays rien au monde plus possible.

309 de la grand froydure

Le moyen facille j'entendz

Que vous verrez dedans bref temps.

Cela promect, sans faulte aucune, 32o

Le cours et dispos delà lune.

Lr .II«. Suppost.

Pour payer les fraiz et boissons D'un escot faict aux Troys Poissons A Sainct Marceau ?

Monsieur Rien.

En attendant Vous baillerez pour respondant 325

Le cordelier bien esprouvé Lequel fut tout debout trouvé Besongnant ma dame l'hostesse.

La Bazoche.

Le cordelier, chault de la fesse, Luy faisoit il cela par mal? 33o

v° Le premier Suppost.

Je croy que non.

Monsieur Rien.

Propos final, Je advoue le faict en tout lieu, Car ce n'est en despit de Dieu.

Le .11". Suppost.

A ce propos, mays aultrement, De quoy sçavrez vous ne comment 335

Faire de malle chose bonne?

Monsieur Rien.

Faveur par avarice ordonne Le moyen, faisant fricassée Dont les auteurs rendent cassée Raison et le droict tout ensemble. 340

Le premier Suppost.

Mays, monsieur Rien, que vous en semble De l'argent aux pauvres donné ?

2?(-> XXVIll. — SOTTIE

Monsieur Rikn.

Par statut il est ordonné Recepte en chacune paroisse, Affin que la somme apparoysse 345

Justement, sans aucune tache.

Le .II". Supposr.

En la paroisse Sainct Eustachc, Deux dames plaines de sçavoir, Commises iceulx recepvoir Et les bailler soubz bonne foy 35o

Au saige primat de la foy, Qui veult les sommes calculler...

Il sçait bien les dames culler Premier que de bailler quictance.

La Bazoche.

Sur aultres cas donnons sentence 355

Pour rendre nos espritz contens.

Fol. 21 Le .II'. Suppost.

Monsieur Rien, en combien de temps Peult devenir un marchant riche?

Monsieur Rien.

Selon qu'il est fin et qu'il triche, Les ungs plus et les aultres moins. 36o

Les affineurs prens pour tesmoings, Riches en ung an ou en deux.

Si des aultres sçavoir tu veulx, Ce sont usuriers qui attendent Plus longtemps, car leurs deniers rendent 365 Prouffit, mays c'est a plus longs termes. Exceptez ceulx, d'espritz bien fermes.

Qui prestent les plus grosses sommes, Comme trésoriers et tels hommes, Et baillent les deniers du roy 370

A interest, c'est leur arroy.

Le premier Suppost.

Combien d'argent voudriez vous prendre Pour un procès tout instruict rendre Concernant confiscation?

Monsieur Rien.

Pour mieulx faire telle action 375

Et rendre ennemys plus vaincuz, Je veulx cinquante mil escuz, Moyennant Icsquelz forgeray Des tesmoings et m'obligeray Vous rendre la sentence au poing. 38o

La Bazoche.

De faulce monnoye faulx coing.

C'est bien entendu le dispos.

Venons a plus Joyeulx propos Et a matière plus civille.

Le .11^. Suppost.

Ung gaillard officier de ville, 385

De deux advocatz compaigné, N'a point ung escu espargné V° A une masque ou macquerelle

Qui, pour la chose de laquelle, Promect en secrette maison 390

Produyre fresche venaison.

Le premier Suppost.

De faict, fist telle diligence Avec sa bonne intelligence, Qu'elle amené pour troys ducatz La femme d'un des advocatz 395

Qui estoit en la compaignie.

Cependant la chaulde mesgnye Disputent et sont en débat Qui avroit le premier combat.

Le .II«. Suppost.

Enfin fut dict d'accord facond 400

T. IH. ï7

Que le mary seroit second.

La dame, en secrette manière, Entre par l'huys de derrière, Sans que personne la peuh veoir.

Lk l'RKMIliR SlPPOST.

Après du premier le debvoir, 4o5

Le mary dedans la chambre entre,

Prest de donner ventre sur ventre,

Fort esbahy de veoir sa femme,

Qui dict lors : « Ha! putain infâme,

« Es tu icy ? » — « Non, ce dict elle, 410

« Je y suis venue par cautelle,

« Et sçavoys bien que j'espiroys

« Le lieu ou, meschant, tu seroys.

« C'est assez! » Ainsi s'en alla.

La Bazoche.

Or, quel remedde sur cela, 41 5

Monsieur Rien?

Monsieur Rien.

Je diz pour celluy :

Recipe. Qu'i te faict, faiz luy.

Il n'est vaincu, n'elle vaincue; S'il est cocu, elle est cocue, Et voyla la conclusion. 420

Fol. 22 La Bazoche.

C'est tresbonne dérision De propos.

Le .IP. Suppost.

Rue Sainct Denys, Ou sont plus d'oyseaulx que de nidz, A une dame vigoureuse,

De cueur et de corps amoureuse, 425

L'un des moynes de Sainct Magloyre

407 vendre contre ventre

Laisse cheoir en son oratoire Ung billet du lieu, heure et jour D'accomplir l'amoureux séjour.

Le premier Suppost.

Cela veu de bonnes façons 43o

Par troys ou quatre bons garçons Qui n'estoient la pour prier Dieu, Espient la dame et le lieu Ou vint le monachus crotté; Mays Dieu sçait s'il fut bien frotté 435

Et servy de boys et coups lours, Au lieu de baiser ses amours Et faire ce qu'il pretendoit.

Monsieur Rien.

Qui plus hault monte qu'il ne doibt Il veoit de plus loing un clocher. 440

Le .II«. Suppost.

Suyvant ce propos, fault toucher D'un aultre a Sainct Martin des Champs, Désirant les amoureulx chantz D'une dame de la grand rue, Et tellement poursuict et rue, 445

Que sa requeste elle luy signe Et pour l'accomplir jour assigne; Mays, en attendant ses misteres, La dame en advertist ses frères, Qui conseillent son mary mectre 450

Soubz le lict, et pour myeulx congnoystre Quant le moyne sera venu, Affin qu'il soit par eulx congneu, v» Qu'elle dira : a Belin, belin! »

Le mary, faict au jobelin, 455

Respondra en mouton : « Bez bezl »

Le premier Suppost.

Sans faire plus longs collibetz,

•l{^0 XXVlll. — SOTTIK

Ainsi tilt laici, ainsi Im Jici.

Le nioync, poursuyvant lo dict

n'ami>ur fainct a luy prcscntc, 460

N vint a sa malle santc.

u Belin » dict et « bez » respt)ndu,

Dessus son doz lut estandu

Ung millier de coups de basions,

El ramené, non en bas ions, 465

Par deux labourinsau convcni,

Ou fut receu myeulx que devant

Avec des verges et dos l'ouetz.

La Bazoche.

C'est assez dict pour ccste foys; Il convient aultre cas comprendre. 470

Lk .11'. SUPPOST.

A tous moynes puisse ainsi prendre Et a tous les Jeunes maris Du Pont au change.

Monsieur Rien.

Je m'en ridz; Hz méritent bien telle otîrande.

La Bazoche.

Monsieur Rien, je vous faitz demande Pourquoy le royaulme de France N'est jamais en paix n'asseurance. 475

Monsieur Rien.

Je vous respondray sur ce pas :

Pour ce qu'on ne la cherche pas.

Lk premier Suppost.

La raison?

Fui. 23 Monsieur Rien.

Paix, ou tout bien sonne, 480

Ne desiruict ne gaste personne,

471 A tou5 les mo3-nes en puisse ainsi prendre

Et n'est possible qu'homme chiche

Ou avare devienne riche

Premier qu'un aultre n'apauvrisse.

Or voyons nous régner ce vice, 485

Et fault que ung perde et l'aultrc gaigne;

Pourquoy, guerre a tous maulx compaigne,

Est meilleure, il le fault penser,

A gens qui veulent s'advancer

Que la paix.

Le .11=. SupposT.

Donnez nous conseil 490

Si, par grand ardeur du soleil, Le plomb peult devenir argent.

Monsieur Rien.

Ouy da, et tout par ung art gent.

Qui bien le bon moyen contemple.

Et qu'i soit vray, du plomb du Temple 495 On ne faict argent seuUement, Mais du fin or pareillement '.

Le premier Suppost.

Est il temps que le sac on lie De la rue de Saccalye '^1

Chassé est qui le mal apporte; 5oo

Mays de celluy qui bien rapporte.

Amoureux de sa chamberiere, Qui trouva façon et manière, De se fascher hors tout diffame.

De coucher avecques sa femme, 5o5

Luy estant esmeu par le membre,

1. Ce passage prouve que les bâtiments du Temple venaient d'être découverts. On avait probablement substitué la tuile ou l'ardoise au plomb.

2. La rue « Saccalie » est aujourd'hui la rue « Zacharie ». Elle va du quai Saint-Michel à la rue Saint-Séverin (V" arrondissement).

2^2 XXVnil. — SOTTIïï

Et faire troys lictz en sa chambre, Les deux pour sa femme et sa serfvc; Le tiers pour luy seul il reserve, v» Et de nuict, sans avoir sommeil, 5io

Va donner l'amoureux rcsveil A la servante, en telle sorte Et d'une chaleur si trcsforte, Qu'i lui a faict enfler la pence.

Le .II«. Suppost.

Quel remedde pour recompense 5i5

De rinterest de la maistresse, Qui en porte grande destresse Quant les faictz lui sont apparentz ?

Monsieur Rien.

Recipe. Mander les parens, Auxquels elle en fera complaincte, 520

Et le mary, en voix non faincte, A genoulx, trop myeulx qu'estre assiz, Cryera a sa femme mercys, Promectant n'y retourner plus.

Lors la faulte et tout le surplus 525

Sera pardonné et remys.

La Bazoche.

Au besoing on veoit ses amys; A cela on le peult congnoystre.

Le premier Suppost.

Un practiquant, assez bon maistre, En la rue de la Serpente, Qui est aux fortz d'amours ardente, 5 3o

Il a sa servante engrossée.

Ce voyant, tout d'une poussée, Le maistre a son clerc persuadé

53o-53i qui aux forestz d'amour ardente

en la rue de la serpente

De donner l'amoureuse aubade 535

A la pauvre pucelle grosse, Affin que le clerc eust l'andosse D'espouser la mère et l'enfant.

Le .11^. SupposT.

Le clerc guieres ne se défend, Fol. 24 Mays faict d'une volunté grande 540

Ce que son maistre luy commande, Joinct qu'il avoit en cest affaire Acoustumé de cela faire, Et, sans que son maistre en sceut rien, De long temps se congnoyssoient bien. 545

Le premier Suppost.

Quant est de la fille espouser, Le clerc ne se veult disposer Et dict : Nego. Remède quel?

Monsieur Rien.

C'est que le maistre de Thostel, Ainsi comme vray successeur, 5 5o

Demourra l'entier possesseur De l'enfant du clerc et la mère, Qui se Joueront sans chose am.ere Ensemble tout a ses despens, Eust il des chappons et des paons. 555

Le premier Suppost.

Avez vous moyens nécessaires Que les estais des commissaires Vaillent plus que le temps passé?

Monsieur Rien.

Ouy, le tout bien compassé, Et fault de toutes choses une, 56o

C'est faire la bourse commune, Et la signer comme l'on faulche Du bon signe de la main gaulche, Pour les garder de parjurer.

264 XXVIII. — soTTin

Li: .11'. SupposT.

On faici aux oHîciers jurer 565

N'avoir baillé or ny avoir Pour office de juge avoir; Pour quoy, veu que toutes se vendent, A faire ce serment entendent?

v° Monsieur Rien.

Affin de s'acoustumer d'heure 5jo

A avoir bonne bouche et seure

Et ne descouvrir les secretz

Qui sont cachez soubz leurs decretz.

La Bazochk.

De dire point ne me repens Que c'est grand mal d'estre en suspendz 5j5 De sa femme ou quelque aulire chose.

Le .II«. Suppost.

Comme un quidam qui ne repose Jour ne nuict, mays de corps et biens S'employe et cherche les moyens Pour trouver comme il est cocu, 58o

Car en ce jour, a broche en cul Avec sa femme, on luy a dict.

Le premier Suppost.

Un jour entend que par edict L'amoureux est en sa maison, Et faict aprester grand foyson . 585

De viandes pour le bancquet.

Le .11*. Suppost.

Le mary trousse son pacquet Et s'en va chez ung paticier.

Pour myeulx son faict assocyer, Se charge de patisserye Sgo

Et s'habille sans menterie En paticier, puis se transporte En sa maison, frappe a sa porte.

Parle en voix faincte; mais je croys Qu'il fut bien congneu a sa voix, SgS

Car Tamoureulx, desja caché, Sort et s'enfuyt. Bien empesché, Le pasticier entre tresbien, Fouille, cherche et ne trouve rien Fol. 25 Et tous confus demoure la. 600

Le premier Suppost.

Dedans deux ou troys jours de la, Trouve i'amoureulx et lui dict Que sa maison luy interdict.

— « Et pourquoy !» — « Pour un cas infâme. « Je sçay, dict il, qu'avec ma femme 6o5

« Vous besongnez. Pour ce, au surplus, « Mon amy, n'y revenez plus, « Si ne voulez gouster des vins « De la rue des Poictevins ! »

Le .II«. Suppost.

Comment peult on venir sans guerre 610

Plus riche que homme de la terre?

Monsieur Rien.

Il fault avoir le cueur plus dur, Plus ferme et asseuré qu'un mur, Ne que dure pierre d'aymant; Parce moyen faciilement 61 5

Il tirera a luy tout l'or Et l'argent de chacun.

Le .II«. Suppost.

Encor Je demande comme est possible D'avoir tel cueur?

Monsieur Rien.

Rien impossible N'est a l'homme qui laisse Dieu, 620

Son amour et crainte en tout lieu,

206 XXVIII. — SOTTŒ

Et mcctra son esprit souldain A aymcr tout honneur mondain El ses plaisirs.

La Bazochk.

C'est grand simplessc A riiomme pour vaine richesse 625

Laisser Dieu, honneur ci venu.

V* Le premier Suppost.

Le temps présent est abaiu Et aveuglé par avarice ; Tout y va, tout tire a ce vice, Dont le commun ne se peult taire, 63o

Car il est destruict.

Monsieur Rien.

J'ay affaire Aultre pan ; si n'estoit cela Je desployeroys, tant cy que la, Cent aultres milliers de receptes Propres a monsirer les deceptes 635

Du monde. Or adieu; je m'en voys.

La Bazoche.

C'est assez dict pour ceste foys.

Quand sçavoir en vous s'assocye.

Monsieur Rien, Ton vous remercye Du bien qu'avons aprins de vous. 640

Bazochiens, entendez tous :

Je veulx en triumphant arroy Eslire et faire ung nouveau roy, Comme il est coustume de faire ; Pourtant chacun pense a l'affaire, 645

622 meetre

Autant les grandz que les petitz,

Et faire les preparatifz;

Car, ainsi comme liberalle,

Je tendz a monstre generalle

Qui, l'esté qui vient, sera faicte. 65o

En honneur du triumphe et feste,

Ne faillez monstrer vos bons cueurs

Qui font de la vertu approche,

Tant que l'on dye par honneurs :

Vive l'excellente Bazoche ! 655

Fin.

FARCE A CINa PERSONNAGES

c'est a sçavoir

[Rouen, octobre i556.]

Nous voyons ici trois pèlerines, c'est-à-dire trois filles, qui se mettent en route pour le grand voyage que les filles aspirent à faire: le mariage. Les trois filles rencontrent un vieux pèlerin qui a déjà parcouru le chemin qu'elles veulent suivre et qui leur en montre les dangers. Un jeune pèlerin qui survient est aussi peu expérimenté que les filles; il ne demande, lui aussi, qu'à entrer en ménage. Les raisons du vieillard ne le convainquent pas; il se moque de lui et s'apprête à passer outre. L'homme d'âge admire cette ardeur, non sans témoigner quelque incrédulité. Alors s'engage une dispute où les interlocuteurs s'expriment en couplets d'une habile facture (v. 179-255). Ce sont des quatrains dont le dernier vers est chanté en chœur par tous les personnages.

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