ET DE LA PELERINE 3 1 I
A mes despens je l'ay apprins,
Tant que j'en suis en grand malayse. 95
La Pèlerine.
Dites moy donc, ne vous desplaise, Tout maintenant d'où vous venez.
Le Pèlerin.
Or par trop vous m'importunez.
Je vien d'un pays bien sauvage, Que l'on appelle Mariage. 100
La Pèlerine.
Sauvage ? De par le grand Dieu, Tant s'en faut, car c'est le vray lieu De passe-temps et de plaisance.
De bon temps et resjouyssance; Nous y allons tout promptement. io5
Le Pèlerin.
Ne vous hastez pas seulement; P. 128 Allez tout beau. Je vous asseure Que vous y serez de belle heure, Car souvent tel y va courant Que puis s'en retourne en plorant. iio
La Pèlerine.
En plorant doncques? Voire, voire.
Quelque sotte le pourroit croire, Mais, de moy, je ne le croy pas.
Mais, d'autant plus hastant mes pas, De brief y sera ma venue, 1 1 5
Car une chose défendue Se faict avec plus grant désir.
Comptez moy un peu a loisir De quel viande on y sert a table.
Le Pèlerin.
De quel viande ? De par le diable, 120
: i3 Mais est suppléé, — 119-îîo quelle
3j2 XXX. — lARCE nu PELERIN
Premièrement a dcsjcunc
L'on a le parfum embrcné
Du berceau d'un enfant qui pisse,
Kl d'une vesse de nourrisse
L'on boit tout son saoul puis après. i 2 5
La PELERINt:.
Aignant, voila de beaux apprests !
P. r2(j Et du disné, que s'y appreste ?
Le Pèlerin Quelque viande tresmal honneste, Car la chambrière, en l'apprestant, Se va toujours le cul grattant, i 3o
Laquelle, ayant prins une puce, La ou vous sçavez, par excuse, Lavant le verre promptement, Sans le rafraischir nullement, Le mary boit la résidence, i35
Sans en avoir la cognoissance.
Il a bien autre pensement.
Sa femme, tout premièrement, Luy apportera des nouvelles Qui ne sont ny bonnes ny belles'; 140
Tanstost Tune demande argent.
L'autre menasse du sergent; Tantost la femme est accouchée, Et encor plus tost relevée Avec un plein feu de petits, 145
Pour luy ostcr ses appétits, Lesquels l'on ne peut faire taire.
128 très est suppléé. — 141 d'argent— 144 encore
1. Ces vers sont une réminiscence du Débat des Trois Mors et des Trois Vifi :
Ça, nous vous apportons nouvelles Qui ne sont ne bonnes ne belles...
ET DE LA PELERINE 3l3
Pource qu'ils sont de divers pères P. i3o Tel souvent le père aymera
Et son héritier nommera i5o
Qui avra prins son origine
De quelque autre estrange racine
Ou le bon homme ne pensoit.
Il est a luy, quoy qu'il en soit.
Pour le regard de la déserte, i55
Quelque prune dure, bien verte,
Sans dire mot avallera,
Et puis la femme apportera
Des cardons et quelque noisette,
Tousjours en luy lavant la teste 1 60
De quelque vieux débat passé;
Ilvoudroit estre fricassé.
N'y allez pas, je vous en prie.
La Pèlerine.
Amy, moy et ma compagnie, Y allons sans plus arrester. i65
Le Pèlerin.
Ces enfans, qui devroient teter.
Veulent ils estre de la feste ?
La Pèlerine.
Vous voyez que chacun s'appreste P. i3i Pour en sçavoir le tu autem.
Le Pèlerin.
Le tu autem ? Ha ! je t'enten; 170
Tu dis que chacun s'y hazarde :
Enfans y vont a la moustarde ; Et je dy que ne valent rien Ceux qui, pour accroistreleur bien, Vont pratiquer le mariage ijS
Des enfans de si petit aage.
148 pères
3 14 XXX. FARCF nu PELERIN
Et ceux qui femmes riches vendent
Nous monstrent fort bien qu'ils entendent
Le moyen de prendre la bcste.
Je ne m'y rompray plus la teste; i8o
Retournez vous en, mes amis.
La Peli-:rine.
Puisqu'en chemin nous sommes mis, Nous poursuyvrons nostre voyage.
Le Pèlerin.
Je voy bien qu'avez bon courage ; Mais, pour tromperie éviter, i85
Au long vous veux admonester Et donner advertissement.
La Pèlerine.
P. i32 Nous le recevrons humblement.
Commencez, s'il vous plaist, a dire.
Le Pèlerin.
Gardez vous bien doncques de rire, 190
Et respondez bien a propos.
La Pèlerine.
Chantez doncques de cœur dispos.
Légende des Femmes.