XXXI. — FARCE NOUVEI.LK
On fiapc d'cstoq et de taille, 95
Ainsy que malheur vient a coup,
Y ne fauldroict c'un méchant coup
De canon, qui trop pince et mort,
Pctouf ! voyela le pape mort,
Et Naudin tout ensemblement. 100
Ne m'en faictes plus parlement,
Gardés bien de m'y eschaufer.
Le .11*. Galant.
Quant tu serès armé de fer, Tu n'aroys garde, non, Naudin.
Fol.222 Le Badin.
J'ayme trop mieulx estre badin io5
Et vivre ainsy tout desarmé,
Que de mourir et estre armé,
Je vous le dis par mos exprès;
Mais ausy j'ey songé après
Un songe merveilleux.
Le .III'. Galant.
Dy nous. 1 10
Le Badin.
Que j'estoys.. .
Le premier Galant.
Quoy ? Mengé des loups?
Le Badin.
Nenin, c'estoyent bien plus beaulx dis : Que j'estoys Dieu en paradis.
Le .IP. Galant.
Sy tu l'estoys, que feroys tu?
Le Badin.
Que je feroys? Es tu testa! ii5
95 on y frape — 107 mourir y estre arme — 1 10 dy le nous — 1 12 nenin nenin
Le .IIP. Galant.
Dy le nous, et plus ne varye
Le Badin.
Ma femme : la vierge Marye, Et ma sœur : saincte Katherine.
Le premier Galant.
Comment cela?
Le Badin.
Or adevine.
Le .11^. Galant.
Et nous troys?
Le Badin.
Sainct Pierre et sainct Pol, 120 Sainct Berthelemy o long col.
Au moins, sy venoit a la porte Un fol pour entrer de main forte, Vous luy barrerés au vissage.
Le .111". Galant.
Nous en feron tresbien l'ussage; i25
Y n'y entreroit nulz sergens.
Le Badin.
V». Non, car pas trop sont diligens;
Il en pouroyent haper quelque un ;
On les mectrons tous en un run.
Les sergens, qui sont dangereulx, i3o
De tourmenter ne sont peureulx.
Tout cela iroyt en enfer
Plaider aveques Lucifer,
Pour acomplir tous leurs travaulx.
Le premier Galant.
Marchans de boys et de chevaulx i35
front y poinct en paradis ?
iig or a deuine — 120 et nos troys — 121 et sainct — 127 non car trop — 129 meterons nous tous
334 XXXI. — FARCK NOUVELLE
Le Badin.
Ncnin, car y sont uop niauldis,
Iniptiueux, trop incertains
Et tourmenient trop les humains.
Le .Ih. Galant.
Et gens de guerre?
Le Badin.
Encore moins. 140
Enfer seroyt leur propre lieu.
Y renient et maugrient Dieu Pour meins que rien, en tous cartiers.
Le .III®. Galant, Et ceux qui boivent voulonticrs Seront y poinct aveques vous? 145
Le Badin.
Asis auprès de moy trestous, Car j'ayme les bons pigourniers.
Le premier Galant, Les boulengers et les monnyers, Loger les fauldroyt sans trufer.
Le Badin.
Trestous en enfer, en enfer ! i5o
Boulengers font le petit pain ',
I. Depuis qu'il y a des boulangers, les acheteurs les ont accusés de ne pas donner le juste poids. Au xvr siècle, les poètes populaires ont souvent exposé les doléances du public. Voy. notamment La Plainte du Commun contre les boulengers et ces brouillons taverniers ou cabaretiers et autres, avec la Désespérance des usuriers {M.onlaïg\on, Recueil de Poésies françoises, II, p. 23o) et La Complainte du commun Peuple à rencontre des boulangiers qui font du petit pain et des taverniers qui brouillent le vin, lesquels seront damne:{ au grand diable s'il:{ ne s^amendent [ibid., V, p. 94). Cette seconde pièce, qui arrive à la môme conclusion que notre sottie, puisqu'elle voue à la damnation les boulangers et les taverniers malhonnêtes, ne nous est malheureusement connue que par le titre d'une réimpression incomplète.
Monniers desrobent le bon grain; Pourtant c'est leur droicte maison Qu'en enfer.
Le .IP. Galant.
Fol. 2 23 Vous avez raison.
Le .IIP, Galant.
Les povres laboureurs des champs i55
Qui a maulx sont tousjours marchans Et par la guerre désolés Ne seroyent il poinct consolés De vous par œuvre meritoyre?
Le Badin.
Je les metroys en purgatoyre i6o
Pour parfaire leur pénitence.
Le premyer Galant.
Menestrieurs, chantres de plaisance, Qui n'ont jamais le bon cœur vain Et ayment tant fort se bon vin, Seroyent ils point aveques vous? i65
Asis auprès de moy trestous, Car telz gens de joyeuseté Ont bien en leur temps mérité D'estre boutés en paradis.
Le .11^. Galant.
Et les joueurs, que je vous dis, 170
De morisques, qu'on dict baleurs, Ou, aultrement, les beaulx danseurs, Seront il poinct saulvés?
Le Badin.
Nenin.
170 et ainsi que ie vous dis — 172 Ou est suppléé.
33b XXXI. -- FARCK NOUVKI.I,!':
Lk .1 1 1'". Galant.
Dictes nous la raison, Naudin, Car ils sont tous de bonne sorte. lyS
Le Badin.
Je leur feroys fermer la porte A fine force, car de danser
Y me pouroyent bientost casser Le plancher de mon paradis.
Le premier Galant.
v" Je me rcsjouis a ses dis. i8o
Et ou seroyent il?
Le Badin.
Par sainct Pierre, Je les laiseroys sur la terre.
Au moins, quant danser il vouldroyent, Mon plancher poinct il ne romproyent;
Y danseroyent plus sûrement. i85
Le .II*. Galant.
Je vous demandes voyrement Ou seroyent les bons biberons, Qui du bon vin sont mouilerons Et des bons buveurs les afins.
Le Badin.
Asis auprès des chérubins, 190
Car y sont supos de Bacus.
Le .111*. Galant.
Et ceulx qui ont engins becus, Comme barbaudiers, barbaudieres?
Le Badin.
Y laveront bien les chauldieres
D'enfer, pour fere leur brasin. 195
174 menin nenin — 181 seroyent il donq — 184 il est suppléé. - 1 94 bien est suppléé.
DES TROIS GALANS SSy
Le premyer Galant.
Taverniers qui brouillent le vin, Meslant le viel o les nouveaulx, Ou seront?
Le Badin.
Avec deabloteaux.
Le .1^.
Tous les brouilleurs seroyent dannés '?
Le Badin, Voyre, et par moy condampnés; 200
Pas un seul n'en eschaperoyt.
Le .III*. Galant. Vostre bonté les sauveroyt Fol. 2 24 En quelque coing.
Le Badin.
Non feroyt, nom.
Je n'eroys que gens de renom, Comme patisiers, rotiseurs, 2o5
Chantres, menestreurs et farceurs.
Au moins, sy faisoys un banquet,
197 et mêlent le viel pariny les nouueaulx — ig8 ou seront ilz le badin aueq tous les deabloteaux — 199 les est suppléé.
I. Les taverniers qui mouillaient le vin ont été encore plus souvent attaqués que les boulangers. Il nous suffira de rappeler une ballade, souvent attribuée à Villon :
D'un gect de dart, d'une lance asseree... Refr. Les taverniers qui brouillent nostre vin.
On trouve cette pièce à la suite de La Chasse et le Départ d'amours d'Octavien de Saint-Gelais, lôog (fol. Qi'^)\ dans Le Catholicon des Maladvise:^ de Laurent Des Moulins (foi. Cij), dans Le Predesporr de l'Amant (voy. Catalogue Rothschild, I, n» 538); dans les Œuvres de Villon, éd. Jannet, p. 148, etc., etc.
Outre les poèmes satiriques cités dans la note précédente, Montaiglon et Rothschild en mentionnent plusieurs autres dirigés contre les taverniers {Recueil de Poésies françoises, XI, pp. 36 et suiv.).
338 XXXI. — lAKCK NOUVi;i.I.Ii
Les uns feroycni le saupiquci, Et les aulircs feroyent leur cas.
Lk .II*-". Galant.
N'oyre; mais on n'y mcngc pas 210
En paradis.
Le Badin.
Je feroys bis Qu'on mengeroyt en paradis Jambons, bonnes poules, bouilys, Et, aulx vendredys, samedys, De bons pouessons par advcnturc, 2i5
Pour soustenir ma créature.
Et, pour tout vous dire au certain, Muer feroys pierres en pain.
Le .111^ Galant.
Et maintenant, en briefves sommes, Puys qu'avons tant parlé des hommes, 220 Dictes nous, sans semer diffames.
S'en paradis yront les femmes.
Le Badin.
Y n'y entreroyt que les bonnes;
Mauvaises n'y entreroyent pas. 225
Le premier Galant.
Naudin, mais dictes nous le cas Pourquoy c'est qu'i n'y entreroyent.
Le Badin.
Et ! pour ce que, s'il y estoyent Toutes par troupeaulx assemblés, Avant qu'ilz fussent desemblés, 23o
209 feront — 211 et ie feroys — 2i5 pouesson — 217 tout est suppléé. — 218 venir feroys les pierres — 21g Les mots Et maintenant sont suppléés. — 224 // manque u>i vers rimant avec bonnes. — 225 les mauuaises
DES TROIS GALANS SSg
Y mainneroyent un tel sabas, v" Une si grand noise et débat,
Que moy, Dieu, les sainctes et saintz
De leur parler ne serions sainctz,
Car leur caquet, qui fort enteste, 235
Nous pouroyt bien caser la teste
Et engendrer grand maladye.
Le .II*. Galant.
Naudin, y fault bien c'un cas dye :
Que l'homme paser ne se peult De femme, au moins sy une veult. 240
Vous sçavés bien qu'homme vous estes.
Le Badin.
Je les feroys toutes muetes.
Sy tost qu'en paradis iroyent, A jamais il ne parleroyent Jusque a ce que leur fise signe. 246
Le .IIP. Galant.
Naudin en ce lieu nous asigne Pour nous resjouir de beaulx dis.
Le Badin.
Si j'estoys dieu de paradis, On ne mengeroyt que perdreaux, Becaces, faisans, lapereaulx 25o
Et ce qui viendroyt en mémoire.
Le premyer Galant.
Dea ! Naudin, tu laisses le boyre?
Y fault parler de telz matières.
Je feroys ja que les rivières. Sans en mentir poulce ny aune, 255
Seroyent du vin clairet de Byaune Et le reste du vin françoys.