XXI. — LES SOBRES SOTZ 7I
Le .V«. Sot.
On ne gaigne guère a nourir Ses gens la qui sont sy mutins.
Le Badin.
Ny Grectz, ny Ebreutz, ne Latins Ne me feront croyre au parler 345
Qu'i se faille laiser bruller.
Bren, bren, bren! y n'est que de vivre.
Avant Jehanne, trois autres femmes avaient été exécutées comme ses complices : Andrée Hugain, Pierrette Belliard, Thomyne Pongnard (V.-L. Bourrilly et N. Weiss, Jean Du Bellay, les Protestants et la Sorbonne, 1904, p, 75). Le parlement de Rouen avait poursuivi, en i53i, frère Geoffroy Du Coudray, dégradé en i535, Marguerite Hurier, ou Heurier, de Grainville-sur-Fleury, Pierre Le Vasseur, Nicolas Hermier, Pierre Le Duc, d'Annaville (Arch. de la Seine-Inférieure, G 282; Invent., p. 60); en i532, Thomas d'Aoust, prêtre, Alexandre Mainne, Isidore Le Monnier, Estienne Le Court, curé de Condé au diocèse de Sées [ibid., G 234; hivent., p. 60); en i533-i534, Laurent de Ruel, seigneur d"Osmonville, Pierre Du Pont, seigneur de Serville, Guillot Des Groiselliers, Jehan Servant, Guillaume Cordier, Jacqueline de La Haye, religieuse apostate, Antoine Le Comie, prêtre, Robert Le Sueur, alias Boileau, et plusieurs autres {ibid.. G 236, 238; Invent., p. 61). Le 11 décembre i533, Estienne — et non Guillaume — Le Court, curé de Condé, monta sur le bûcher (Farin, 1731, I, I, p. 182). Le 5 mai i535, un hérétique qui se disait « le promis de la Loi », fut brûlé à Rouen et fit preuve d'un courage extraordinaire (Farin, I, i, p, 182; A. Héron, Deux Chroniques de Rouen, p. 147; Bourrilly et Weiss, Jean Du Bellay, les Protestants et la Sorbonne, 1904. p. iio). L'attitude de ce martyr avait fait une grande impression sur la foule, et c'est lui peut-être qui avait prononcé les paroles rapportées dans la sottie. Dans le cours de la même année i535, des poursuites furent ordonnées contre Nicolas Boissel, curé d'Epiney (Arch. de la Seine-Inférieure, G 239; Invent., p. 61). Nous ne pouvons citer tous les noms qui nous sont connus. Comme le dit M. N. Weiss {La Cliambre ardente, 1889, p. xx), il existait à Rouen dès 1540, et peut-être avant, une église réformée secrète. Les prédications de deux Augustins novateurs, Hardier et Morelet, avaient alors un grand succès.
72 XXI. — I.FS SOBRi:S SOTZ
Lk prkmvkr Sot.
Or sus, sus! y nous lault poursuyvrc; C'est asds parler de lelz veaulx.
Lk Badin.
^ iault parler des los nouveaulx. 35o
Messieurs, n'en vistes vous jamais?
On en void tant en ce palais ', Qui les uns les aultres empeschent.
Les uns vont, les aultres despeschent ; Les uns escoustent ce qu'on dici; 35 5
Les aultres sont encore au lict Qui despeschent tousjours matierre Et par devant et par derrière, Et de cracher gloses et loix Ausi dru que mouches de boys : 36o
J'entens ceulx qui sont aprentys.
Incontinent qu'i son sortis Hors d'Orliens ou de Potiers % Gloser y vouldroyent volontiers.
Toutefoys y sont sy morveulx 365
Que de cent on n'en voyt pas deulx A qui ne faille baverete.
Le .11». Sot.
Cela leur sert d'une cornete Pour contrepeter l'avocat ^
364 Gloser est une correction proposée sous toute réserve. Le ms. porte : quoy y vouldroyent
1. Nous avons déjà dit que la pièce dut <2tre représentée au palais de justice de Rouen.
2. Les universités d'Orléans et de Poitiers étaient alors celles où allaient s'instruire la plupart des hommes de loi du royaume, puisque le Saint-Siège ne permettait pas que l'enseignement du droit civil fût donné à Paris. La vogue de l'université de Bourges ne commença guère que sous .Uciat et fut surtout grande sous Cujas.
3. La cornette était une étoffe attaché au chaperon; elle pouvait se confondre avec l'épitoge des avocats.
xxi. — les sobres sotz jz
Le Badin.
Chascun veult estre esperlucat Sjo
Pour estre estimé davantage.
Tout homme qui s'estime sage, Il doibt estre fol réputé.
Le .11^ Sot.
C'est asés des fos disputé, Fol. 363 Des fos et des badins ausy. 3/5
Le .IIP.
Il est temps de partyr d'icy; Ce badin nous faict arager.
Le Badin.
Par Dieu, j'oseroys bien gager Que la plus part de tous ses gens Qui nous sont venus veoir céans 38o
Pour escouter nos beaulx propos Sont sieurs d'ays, ou folz, ou sos ; Prenés lesquelz que vous vouldrés.
Le .IIIP. Sot.
Je croys bien, mais vous nous tiendrés Plus sages que badins ou fos 385
Ne ferez pas?
Le Badin.
Ouy. A propos, Je t'ay dict en d'aulcuns passages Que sos ne seroyent estre sages.
Mais badins le peuent bien estre.
Le .V^ Sot.
C'est abus; y sera le maistre, 390
Car il est par trop obstiné.
Le Premyer Sot.
A ! c'est un badin afiné, On le congnoist apertement.
74 xxi. — i.fs sobrfs sotz
Lk Radin. >' tault bien parler aulircment De nosire siage; a quant esse? 3q5
Lr. .1^. Sot.
A! tu nous estourdis sans cesse; Veulx tu poinct changer ton propos?
Le Badin.
Sycurs d'ays ne sont en repos, Syeurs d'ays sont en grand détresse,
Lk .III=. Sot.
A! tu nous estourdis sans cesse. 400
Liî Badin.
Y sont logés cheulx leur metresse Qui leur torche bien sur le dos.
Le .IIIP. Sot.
A! tu nous estourdis sans cesse; Veulx tu poinct changer ton propos?
Le Badin.
Nostrc procès n'est encor clos, 405
J'ay bien aultre chose a plaider, Car je veulx un petit larder v» Cinq ou sis qui sont cy presens.
Hz ont grand nombre de parens Logés chascun Jours cheulx leur maistre. 410
Le .V«. Sot.
Y vauldroict myeulx s'en aller paistre Qu'estre sy martir marié.
Quant un homme est sy harié, Il est bien fâché de sa vye.
Le Badin.
Mon amy, c'est une furye 4'^
Que de femmes, car il est dict Et en leurs grans livres escript