‹ Recueil général des sotties (volume 2)Chapitre 64 sur 181 · FARCE NOUVELLE A CINQ PERSONNAGES · texte numérisé non relu

FARCE NOUVELLE A CINQ PERSONNAGES

[Vers 1540.]

Un édit donné à Paris le 23 mai 161 5 ordonna que les habitants des paroisses éliraient quatre femmes dans les villes capitales et deux dans les autres villes pour juger « sans appel de toutes causes non excédantes quatre livres à une fois payer, entre personnes de basse condition, et pour raison seulement de gages de servantes, ventes et achapts de noix, chanvres, laines, fil, filasses, beurres, graisses, cuirs, volailles, gibiers, poires, prunes, cildres, poix, febves et autres semblables légumes, fruicts et provisions de ménage ' ».

t , Pouuoir attribué aux femmes de cognoistre de causes légères. Plus la Deffence aux femmes de ne plus battre leurs maris sur

100 XXIII. • I.A Ml-:iŒ DE VILLE

Il est permis de penser que ce pouvoir attribué aux Icmmes n'était pas une chose absolument nouvelle, et que longtemps auparavant la solution de certains diiiérents, au moins certaines expertises, avaient été confiées à des femmes. Il en était peut-être ainsi à Rouen, car c'est à Rouen que nous reportent deux pièces tout à fait analogues par le sujet : La Mcrc de ville (n" xxni) et La Rc/ormeresse {n° xxv). Ici, le principal personnage qui n'est autre que Mère Sotte (v, 5), prétend exercer une juridiction sur ses suppôts qui sont représentés par trois personnages grotesques. Vient d'abord le Garde-nape, c'est-à-dire un sacristain, fort peu révérencieux pour le pape ei pour les évèques. Le second, le Garde-pot, personnifie le prêtre. C'est dans son rôle que se montrent les tendances nettement protestantes de la pièce. L'allusion à la « marmite » et au « marmiton » (v. 169-170) est particulièrement caractéristique. Quant au Garde-cul, qui vient le dernier, il paraît être le complaisant qui, moyennant finance, endosse les fautes commises par les curés et les chanoines.

Les vers qui terminent la pièce nous apprennent que la Mère de ville (en réalité l'auteur) avait eu déjà des démêlés avec la justice, mais qu'elle ne craint pas les poursuites (v. 337-343).

L'origine normande de la pièce n'est pas douteuse. Dès le second vers on y remarque une allusion au Dieppois Jehan Parmentier, qui s'était fait un nom à la fois comme navigateur et comme poète. On relève ensuite un certain nombre de formes ou de mots normands dont plusieurs ne figurent pas dans les glos-

peine d'encourir les peines cy après mentionnées. louxte l'exemplaire Imprimé, A Paris. Par Robert Tillon, demeurant au mont Saint Hilaire, à renseigne de le Pensée. i6i5. In-S» de 14 pp. et I f. blanc (Cat. Rothschild, II, n» 1839).

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